Le gouvernement français résolu à garder les écoles ouvertes alors que le virus se propage

Par Samuel Tissot
28 janvier 2021

Alors que la propagation de variantes plus infectieuses et dangereuses de coronavirus met sous tension les hôpitaux français, le gouvernement Macron redouble d'efforts pour maintenir les écoles ouvertes. Sa politique est guidée par les intérêts de la classe capitaliste, qui exige que les écoles restent ouvertes comme garderies pour les enfants afin que leurs parents puissent continuer à travailler.

Lundi soir, le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, a accordé une interview à LCI dans le but de gagner du soutien pour la politique du gouvernement. Malgré sa responsabilité dans l’attaque du financement des écoles par sa réforme du lycée de 2018, et la suppression en 2019 de 2650 postes dans l’enseignement public, il a feint de s'inquiéter des conséquences des fermetures d'écoles pour la santé mentale des enfants.

"Les écoles doivent-elles rester ouvertes ? C'est ma conviction profonde a-t-il dit. "Être privé d'école, c'est très grave sur le plan éducatif, social, psychologique et même sanitaire». Il s’est vanté de ce que « depuis le début de cette crise sanitaire, nous avons réussi à ce que la France a été le pays qui a connu le plus de jours d’école en 2020. C’est une victoire pour nos enfants."

Une famille regarde le discours télévisé du président Macron le lundi 13 avril 2020 à Lyon (AP Photo/Laurent Cipriani)

Blanquer a déclaré, “Je ne suis pas convaincu à ce stade que cette solution pourrait permettre d’atténuer les contaminations. » C’est là un mensonge éhonté qui contredit les études scientifiques internationales qui démontrent le rôle des écoles comme vecteur du virus. Plus tôt lundi, Eric Caumes, le chef du service des maladies infectieuses de l’hôpital Pitié-Salpêtrière à Paris a déclaré sur RMC, « il n’y a pas de raison que la France soit le seul pays du monde où ça ne circule pas dans les écoles […] Il y a un coût que l’on va devoir payer".

Plus tard dans l’interview de Blanquer, il a tenté de détourner l’attention de la politique meurtrière « d’immunité collective » de son gouvernement en pointant du doigt les élèves et leurs parents. Rejetant les suggestions de prolonger les vacances de février, il a affirmé que «les vacances peuvent être plus contaminantes que les périodes scolaires».

Mardi, 3041 personnes étaient en cours de traitement pour le COVID-19 dans les unités de soins intensifs des hôpitaux en France. Ce chiffre a augmenté de plus de 1 000 rien qu’au cours des deux derniers jours. C'est la première fois que le taux d'occupation des unités de soins intensifs dépasse les 3 000 depuis novembre. Lundi, 445 autres personnes sont décédées du virus et la moyenne sur sept jours des nouvelles infections a atteint un pic de 20 447 en deux semaines. Depuis la réouverture prématurée des écoles en septembre, plus de 40.000 personnes sont décédées du virus en France.

Les informations indiquent que les variantes britanniques et sud-africaines peuvent présenter des risques encore plus grands pour les enfants et les jeunes que les souches précédemment dominantes. Le mois dernier, la virologue de l'Imperial College de Londres Wendy Barclay a suggéré que cela pourrait «mettre les enfants sur un pied d'égalité». En Israël, 40 pour cent des cas positifs de la variante britannique concernent des enfants d'âge scolaire. La semaine dernière, l'hôpital Hadassah de Jérusalem a ouvert une unité de soins intensifs pédiatriques COVID-19 pour traiter les enfants «très malades». Dans une interview lundi, un agent de santé sud-africain a déclaré à LCI: «Elle [la variante sud-africaine] est grave. Beaucoup de gens meurent. Même les enfants meurent maintenant. »

Les deux variantes sont présentes en France et s’y répandent. Un rapport du National Health and Medical Research Institute la semaine dernière a déclaré que la variante britannique pourrait devenir «dominante» en France entre «la fin février et la mi-mars». Des variantes identifiées pour la première fois en Californie et au Brésil, dont les effets sont actuellement inconnus, ont également été détectées en France. Lundi, le président du Conseil scientifique du gouvernement, Jean-François Delfraissy, a averti que «ces variantes sont l'équivalent d'une deuxième pandémie. Et je pèse mes mots. »

La fermeture immédiate des écoles et de tous les lieux de travail non essentiels est une question de vie ou de mort pour des dizaines de milliers de personnes. Le gouvernement Macron poursuit une politique qui a entraîné un nombre de décès massif et dont il sait qu'elle continuera de le faire. Un article de RTL du 22 janvier citait les déclarations du Premier ministre Jean Castex et du ministre de la Santé Olivier Véran affirmant qu’« Il n’y a aucune raison qu’on échappe au variant anglais et à sa fulgurante contagion ». Pourtant, le gouvernement a refusé toute mesure sérieuse pour arrêter sa propagation.

Les mensonges de Blanquer ne sont qu'une extension des tactiques criminelles du gouvernement pour dissimuler la véritable ampleur de l'épidémie dans les écoles. Les enseignants et les parents des écoles de tout le pays ont révélé des cas où des écoles sont restées ouvertes malgré des flambées du coronavirus.

Le 18 janvier, une école dans l'Oise est restée ouverte malgré l'enregistrement de 26 cas positifs suite à une épidémie chez les élèves. Le 25 janvier, une école de Roise - en- Brie a reçu 12 résultats de tests positifs mais est néanmoins restée ouverte. Dans un épisode grotesque, la crèche Jean- Zay à Cherbourg-en-Contentin a vu l'ensemble de son personnel infecté mais a été rouverte le 18 janvier avec une équipe complète de remplaçants. Cette nouvelle équipe a immédiatement contracté le virus, probablement de cinq enfants en bas âge qui ont ensuite été testés positifs, obligeant la crèche à fermer à nouveau.

Mardi, le gouvernement a indiqué que Macron, qui devait annoncer mercredi soir certaines restrictions accrues, ne s'exprimera pas avant samedi au plus tôt. La politique du gouvernement va à l'encontre du sentiment populaire. Le 13 janvier, une enquête de BFMTV a révélé que 75 pour cent des interrogés étaient en faveur d'un nouveau confinement.

Malgré la colère de masse envers la politique d'immunité collective de Macron et son refus de prendre des mesures significatives pour endiguer la propagation meurtrière du virus, les syndicats et les partis politiques de «gauche» ont refusé de mobiliser les enseignants et les travailleurs contre la politique «d'immunité collective» du gouvernement. Mardi, les syndicats de l'éducation ont appelé à une journée de grève pour le financement de l'éducation, ne faisant aucune mention de la nécessité de fermer les écoles en réponse au virus.

Pour éviter que des milliers de vies ne soient sacrifiées à cause de la politique du gouvernement Macron, une action massive des enseignants et de la classe ouvrière au sens large est nécessaire. Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement britannique a été contraint de fermer des écoles uniquement en raison de l’abstention massive des enseignants et des parents le 4 janvier. L'action a eu lieu à l'initiative d'enseignants de la base et de parents, et non des appareils syndicaux.

Des comités de la base indépendants des syndicats doivent être formés dans chaque école et lieu de travail. Ceux-ci serviraient de base à l'organisation d'une grève générale en France et dans toute l'Europe, pour la fermeture complète des écoles et des lieux de travail non essentiels. Il faut fournir un revenu complet à l'ensemble de la population tout au long de la crise ainsi qu’une indemnisation adéquate pour les petites entreprises.

(Article paru en anglais le 27 janvier 2021)