Le gouvernement Biden: Illusion et réalité

Par Niles Niemuth
22 janvier 2021

Les médias alignés sur le Parti démocrate s’efforcent de présenter l’assermentation du président Joe Biden et de la vice-présidente Kamala Harris comme un tournant fondamental de la politique américaine.

Il ne fait aucun doute qu’un immense soulagement a lieu parmi les millions de personnes aux États-Unis et dans le monde entier de voir le fasciste Trump quitter Washington, deux semaines seulement après avoir déclenché une insurrection qui visait à mettre fin à la certification de la victoire de Biden par le Congrès.

Mais avec le transfert de la Maison-Blanche des républicains aux démocrates, il est nécessaire de contrer les illusions sur ce que ce gouvernement va faire ou même peut faire. Ses actions se seront déterminées par les intérêts de la classe dirigeante dans les conditions d’une crise sociale, économique et mondiale sans précédent. Cependant, des efforts sont en cours pour chloroformer le public sur les réalités de la politique procapitaliste et impérialiste du gouvernement Biden et sur les conditions économiques et sociales catastrophiques dans lesquelles il débute.

Jesse Wegman, membre du comité de rédaction du New York Times, a déclaré que «Biden peut guérir ce que Trump a brisé» dans un article d’opinion publié mercredi. «L’Amérique est maintenant dirigée par un fonctionnaire décent et expérimenté qui se soucie d’améliorer la vie de ses électeurs», a proclamé Wegman.

Dans un article publié dans le Guardian, le sénateur Bernie Sanders a déclaré qu’une occasion s’offrait désormais à Biden et aux démocrates de «mettre fin au statu quo» et de s’attaquer à l’ensemble des problèmes auxquels le pays est confronté, de la réponse désastreuse du gouvernement Trump à la pandémie à l’inégalité des richesses.

Avec la direction de la Maison-Blanche, et du Sénat et de la Chambre, a déclaré Sanders, les démocrates «doivent rassembler le courage nécessaire pour montrer au peuple américain que le gouvernement peut répondre efficacement et rapidement à sa douleur et à son anxiété». Sanders a juré que, en tant que nouveau président de la commission budgétaire du Sénat, il allait donner l’exemple à Biden et à ses collègues du Congrès.

C’est loin d’être la première fois que les États-Unis se retrouvent dans cette situation. En 1993, lorsque l’«homme de l’espoir», Bill Clinton, est entré en fonction, on a proclamé que c’était la fin de l’ère de droite Reagan/Bush. Au pays, Clinton a mis fin à l’aide sociale «telle que nous la connaissons», tandis qu’à l’étranger, il a mené la guerre dans les Balkans et largué des bombes sur l’Irak. Obama, le candidat de «l’espoir et du changement», a développé les guerres commencées par George W. Bush, tout en canalisant des billions de dollars vers Wall Street. Obama a supervisé ce qui était à l’époque le plus grand transfert de richesse de la base vers le sommet de la société.

Il ne s’agit pas, bien entendu, d’un phénomène purement américain. On doit seulement se pencher sur les expériences les plus récentes de Syriza en Grèce, de Podemos en Espagne et de Jeremy Corbyn et du Parti travailliste au Royaume-Uni, dont les promesses de changement radical, bien au-delà de tout ce que Bidon a promis, ont rapidement été abandonnées une fois arrivés au pouvoir ou à la tête du parti, dans le cas de Corbyn.

On a beaucoup parlé de la vague de décrets signés par Biden dès les premiers jours de son mandat – notamment les décrets qui arrêtent la construction du mur frontalier de Trump, annulant l’interdiction de voyager pour les musulmans et rejoignant l’accord de Paris sur le climat – comme représentant des changements politiques profonds et transformationnels. En y regardant de plus près, cependant, on constate que ce ne sont que des mesures limitées qui ne font rien pour modifier fondamentalement les conditions de vie de larges masses de la population. L’extension du moratoire national sur les expulsions ne s’applique pas à la plupart des prêts et n’annule pas les loyers impayés. Cela en va de même pour l’extension de la «pause» sur le paiement des intérêts des prêts étudiants qui ne fait rien pour alléger le fardeau des 1700 milliards de dollars de dettes encore dues par des dizaines de millions de personnes.

Le plan de lutte contre la pandémie de Biden consiste en un mandat limité de masques et en la promesse d’une distribution plus rapide des vaccins pour administrer 100 millions de doses dans les 100 premiers jours. Les conseillers de Biden ont déjà reconnu qu’il faudra encore des mois avant que la plupart des gens puissent se faire vacciner, même s’ils atteignent leurs objectifs. Biden a exclu l’arrêt de la production non essentielle pour maîtriser la propagation du virus et a déclaré que toutes les écoles de la maternelle à la huitième année seront rouvertes dans les trois mois, et ce, dans des conditions où plus de 3000 personnes meurent chaque jour, et où les hôpitaux débordent de patients atteints de COVID-19.

Le gouvernement Biden met déjà du temps à tenir ses maigres promesses d’aide à la lutte contre la pandémie, qui s’élèvent à 1900 milliards de dollars. Malgré le contrôle exercé par les démocrates sur le Congrès, Biden maintient que le projet de loi doive bénéficier du soutien des républicains, ce qui signifie qu’il sera encore plus réduit lors des négociations. Tandis que 900.000 Américains de plus déposaient une demande d’allocation chômage la semaine dernière, CBS News a rapporté qu’il est probable que cela allait prendre des mois pour que les chèques d’aide de 1400 dollars – qui avaient été présentés comme des paiements immédiats de 2000 dollars par Biden et les démocrates lors des courses au Sénat de Géorgie – soient adoptés et envoyés aux Américains..

Tout ce que fera le gouvernement s’inscrira dans le cadre 1) de ce que Wall Street et l’oligarchie financière trouvent acceptable et 2) des exigences des intérêts géostratégiques mondiaux de l’impérialisme américain. Les démocrates indiquent clairement qu’en ce qui concerne la pandémie, ils continueront à poursuivre la politique meurtrière d’«immunité collective» suivie par Trump, qui fait le bonheur des marchés.

En ce qui concerne la politique étrangère, les auditions de confirmation par le Sénat des candidats du cabinet Biden ont clairement montré que celui-ci poursuivra la politique de Trump à bien des égards, tout en accentuant les tensions avec la Russie. La question centrale sur laquelle les démocrates ont fait valoir leur opposition à Trump était celle des relations entre les États-Unis et la Russie. Le gouvernement Biden se compose progressivement d’anciens membres du gouvernement Obama qui ont incité à la guerre contre la Libye, alimenté la guerre civile en Syrie et largement étendu les opérations de drones américains.

Interrogé par le sénateur de Caroline du Sud Lindsay Graham, le candidat au poste de secrétaire d’État Anthony Blinken a déclaré que l’Iran était un «État qui soutient le terrorisme». Il a rejeté l’affirmation selon laquelle Israël est une nation raciste. Il s’est opposé au retrait immédiat des troupes américaines d’Afghanistan et a dit aux Centraméricains qui fuient la pauvreté et la violence de ne pas venir aux États-Unis. Mercredi, Avril Haines, qui a été rapidement assermentée comme directrice du renseignement national a déclaré qu’elle soutenait la «position agressive» envers la Chine poursuivie par Trump.

L’orientation du gouvernement Biden est pour «l’unité», c’est-à-dire l’unité avec le Parti républicain sur la base d’une politique de droite, pro-impérialiste.

Biden est une créature de l’État, ayant travaillé dans la politique nationale pendant près d’un demi-siècle. Comme nous l’avons noté, il vit dans cet univers. Sa principale préoccupation est de remettre à neuf l’appareil d’État et, en particulier, le Parti républicain, afin d’établir ce qui est en fait un gouvernement d’unité nationale qui se prépare à un affrontement avec la classe ouvrière. Le cadre de la politique officielle ne se déplace pas vers la gauche, mais vers la droite, et les forces fascistes cultivées par Trump seront davantage intégrées dans la structure de l’État lui-même.

Un an après la confirmation du premier cas dans le pays, la pandémie COVID-19 a dévasté la société américaine. Elle a provoqué une forte augmentation du chômage, de la faim et du nombre de sans-abri. Plus de 418.000 personnes sont mortes et 25 millions ont contracté le virus. Des dizaines de milliers de petites entreprises ont fermé définitivement, tandis que les riches ont vu leur richesse augmenter de façon spectaculaire en même temps que la bourse.

Les conditions sont mûres pour une éruption massive de conflits de classe. La grève de plus de 1400 travailleurs du Hunts Point Produce Market cette semaine dans le Bronx n’est qu’un premier signe d’une colère sociale beaucoup plus large. Celle-ci doit être développée en opposition au capitalisme.

Aucun des problèmes auxquels la classe ouvrière fait face, de la réponse désastreuse à la pandémie aux niveaux croissants d’inégalité économique et sociale, ne peut être résolu sans briser l’emprise de l’oligarchie financière sur tous les aspects de la société. Les travailleurs doivent tirer les leçons de leurs expériences avec le Parti démocrate: une voie socialiste indépendante et révolutionnaire doit être forgée pour sauver des vies et mettre fin aux inégalités et à la guerre. Tous ceux qui cherchent à réorganiser la société pour répondre aux besoins humains et non aux exigences de Wall Street devraient prendre la décision de rejoindre le Parti de l’égalité socialiste dès aujourd’hui.

(Article paru en anglais le 22 janvier 2021)

 

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