Podemos obéit au parti fasciste espagnol Vox qui exige qu’il n’y ait pas de confinement à domicile

Par Alejandro López
21 janvier 2021

Après la tentative de coup d’État fasciste du 6 janvier par Donald Trump à Washington et dans un contexte de menaces publiques croissantes d’un coup d’État franquiste en Espagne, le parti fasciste Vox dicte de plus en plus ses conditions au gouvernement du Parti socialiste espagnol (PSOE)-Podemos.

Le COVID-19 se propage dans toute l’Europe. Les infections atteignent des nombres records et l’on compte plusieurs milliers de décès par jour. Pourtant, lorsque Vox s’est opposé à la nécessité d’une politique de confinement à domicile pour enrayer la pandémie, le gouvernement PSOE-Podemos a immédiatement accepté sa position.

Le premier ministre espagnol Pedro Sanchez (PSOE), deuxième à gauche, marche aux côtés du chef de Podemos, Pablo Iglesias, deuxième à droite, et de la première vice-première ministre Carmen Calvo, à gauche, au Palais de la Moncloa à Madrid, en Espagne, le mardi 14 janvier 2020. (Source: AP Photo/Manu Fernandez)

Vendredi, le chef de Vox, Santiago Abascal, est intervenu à Barcelone lors d’un événement appuyé par le parti intitulé «L’avenir du patriotisme aux États-Unis et en Espagne». Parmi les autres participants de l'extrême droite figuraient: Georgia Meloni, de Fratelli d’Italia, l’homme politique chilien d’extrême droite José Antonio Kas et les agents républicains américains Ted Bromund du groupe de réflexion Heritage Foundation et Grover Norquist. Ce dernier est le frère de David Norquist, nommé secrétaire à la Défense par intérim par le nouveau gouvernement Biden en signe d’«unité» entre le Parti démocrate et ses «collègues républicains» après la tentative de coup d’État de Trump.

Abascal a dénoncé Twitter pour avoir fermé le compte de Trump lors de sa tentative de coup d’État. Le chef de Vox a déclaré que c’était le résultat de la «haine», qui «montre la peur des mondialistes, de la gauche, qui perçoivent que l’avenir ne leur appartient pas, qu’il appartient aux patriotes». Il a conclu en appelant les fascistes et les radicaux de droite à travailler ensemble, «coordonnés et unis» contre la «gauche», c’est-à-dire contre la classe ouvrière.

Peu avant la réunion, Abascal a réagi publiquement à la nouvelle selon laquelle le Parti populaire (PP) conservateur espagnol pourrait modifier son opposition d’utiliser l’état d’urgence pour mettre en œuvre une politique de confinement à domicile. Il a clairement indiqué qu’en aucun cas ne pourrait-on tenter de changer la politique de santé: «L’Espagne doit se protéger, mais l’Espagne ne peut pas s’arrêter. Ils n’ont pas le droit de confiner les Espagnols chez eux, les condamnant à leur ruine. Pendant de nombreux mois, on les a empêchés de travailler, ou on a restreint leurs droits».

Quelques heures après l’intervention d’Abascal, Fernando Simón, directeur du Centre de coordination des alertes et des urgences sanitaires, a clairement indiqué, comme il le fait depuis plusieurs semaines déjà, que le gouvernement PSOE-Podemos ne reviendra pas sur le principe du confinement. Simón a déclaré «L’option du confinement à domicile, comme toujours, existe. Mais elle ne semble pas, pour l’instant, nécessaire. Nous verrons dans l’avenir. Les mesures de contrôle mises en œuvre sont très similaires à celles de la France ou de l’Allemagne».

Il a affirmé à tort que les mesures limitées adoptées par les gouvernements régionaux dans toute l’Espagne, comme la fermeture des bars et des restaurants tout en autorisant le travail non essentiel et le retour des enfants à l’école, «n’auront pas le nom de confinement, mais l’ensemble de ces mesures auront un effet très similaire».

Le lendemain matin, comme pour rassurer davantage les fascistes, le ministre de la Santé, Salvador Illa, a déclaré lors d’une conférence de presse: «Pour l’instant, nous n’envisageons pas de confinement à domicile. Nous avons dominé la deuxième vague sans confinement à domicile. Nous vaincrons cette troisième vague grâce à la cogouvernance et à l’état d’alerte actuel des couvre-feux, qui fonctionne». Il a ajouté: «Nous sommes dans la troisième vague, nous rapportons des chiffres très inquiétants, mais nous voulons rappeler à tous que nous avons les connaissances, l’expérience et que nous savons comment aplatir cette courbe».

Le gouvernement espagnol du PSOE-Podemos ment. On ne peut pas définir l’état actuel de la pandémie comme une troisième vague alors que la deuxième – qui n’était elle-même que la résurgence du virus après la fin prématurée des mesures de confinement au printemps – n’a jamais été maitrisée. Le virus sévit dans toute l’Espagne, et les unités de soins intensifs de tout le pays sont débordées.

Lundi dernier, l’Espagne a signalé 61.422 nouveaux cas de coronavirus, le chiffre le plus élevé durant un week-end jusqu’à présent. Au milieu de la semaine, mercredi, le nombre de nouvelles infections à coronavirus signalées était de 38.869 en 24 heures. C’est le pire résultat de la pandémie jusqu’à vendredi, où l’Espagne a signalé 40.197 nouvelles infections. Le nombre de «décès en excès» par rapport à la norme historique – une meilleure indication des décès causés par la pandémie – s’élève maintenant à plus de 84.000.

La réaction du gouvernement confirme l’avertissement selon lequel il ne représente pas une fraction «progressiste» de l’establishment capitaliste. La classe ouvrière ne peut pas «faire pression» sur les «populistes de gauche» de Podemos et les syndicats pour obtenir une politique moins dure et moins répressive, ou une approche scientifiquement fondée pour combattre le virus. Ces forces deviennent le principal instrument par lequel la classe dirigeante de plus en plus fasciste met en œuvre sa politique.

Cela confirme les avertissements du Comité international de la Quatrième Internationale: si la gestion du virus est laissée entre les mains des gouvernements capitalistes en Europe, le résultat sera des centaines de milliers de morts supplémentaires inutiles. Les élites capitalistes, pays après pays, ont rejeté toute réponse à la pandémie qui serait en contradiction avec les intérêts de profit des sociétés et la recherche de l’accumulation de richesses privées.

Le plan de sauvetage de l’UE, géré conjointement avec Podemos et les représentants des syndicats et qui transfère 140 milliards d’euros aux sociétés et aux banques, est remboursé par les milliers d’infections et de décès causés par la politique d’immunité collective, les réformes des retraites et du travail, ainsi que la répression autoritaire brutale dirigée contre l’opposition sociale.

Pendant ce temps, Podemos intervient pour dissimuler les plans de coup d’État avancés de Vox et de certaines sections de l’armée. Pendant plus d’un an, ces forces ont comploté pour imposer une dictature sous le couvert d’un gouvernement d’unité nationale PSOE-PP-Vox.

Les attaques de Vox contre le PP pour avoir envisagé une politique de confinement révèlent les intérêts de classe qui sous-tendent cette politique. Quelques jours à peine après que le lieutenant général à la retraite, Emilio Pérez Alamán, ait écrit au ministre de la Défense, le jour même où Trump lançait son coup d’État, lui demandant de «changer le cap» du gouvernement, un débat interne au PP a émergé sur la question de savoir s’il fallait s’aligner sur la campagne fasciste.

Aussi, le fait que Vox intervienne non pas pour changer la politique du PSOE social-démocrate et de Podemos populiste de «gauche», mais pour s’assurer qu’il n’y ait pas de changement dans les politiques meurtrières qu’ils mettent déjà en œuvre, vient démasquer ces partis et leurs alliés à travers l’Europe.

Le débat a lieu alors que la classe ouvrière s’oppose de plus en plus à la politique d’«immunité collective» du gouvernement PSOE-Podemos et qu’un fossé de plus en plus profond se creuse entre les travailleurs et la classe capitaliste. Près de 60 pour cent des Espagnols pensent que le gouvernement aurait dû prendre des mesures plus strictes pour maitriser le virus, selon une enquête menée début décembre par le Centre de recherche sociologique (CIS) financé par l’État.

Cela reflète un fossé entre la politique de la mort et du profit et la politique qui sauve des vies et la transformation vers le socialisme. La politique capitaliste doit être contrée par la lutte unifiée de la classe ouvrière à travers l’Europe. Les écoles et les lieux de travail non essentiels doivent être fermés, avec des salaires décents pour tous et une compensation complète pour les petites entreprises.

En opposition à la politique sans issue qui consiste à faire pression sur les syndicats, le Comité international de la Quatrième Internationale et ses sections du Parti de l’égalité socialiste appellent à la formation de comités de la base indépendants dans les écoles et les lieux de travail et à l’organisation d’une grève générale pour imposer une réponse scientifique à la pandémie.

(Article paru en anglais le 18 janvier 2021)

 

Commenting is enabled but will only be shown on the live site.