Les éducateurs canadiens doivent mener une lutte politique pour s'opposer à la réouverture des écoles et sauver des vies

Par Omar Ali
21 janvier 2021

Alors même que la pandémie de COVID-19 fait rage dans tout le pays, faisant crouler les systèmes de santé sous la demande, l'élite dirigeante est déterminée à rouvrir les écoles pour un enseignement en classe aussi vite que possible. Ce faisant, leur principale préoccupation est de libérer les parents de leurs responsabilités en matière de garde d'enfants afin qu'ils puissent retourner au travail et réaliser des bénéfices pour les grandes entreprises.

Des écoles ont rouvert au Québec, en Alberta et dans le nord de l'Ontario le 11 janvier. D'autres régions de l'Ontario rouvriront le 25 janvier, tandis que les écoles de Toronto, de la région de Peel, de Hamilton et de Windsor-Essex resteront fermées pour l'apprentissage en personne jusqu'au 10 février. En Colombie-Britannique, le gouvernement du Nouveau Parti démocratique (NPD) a commencé à rouvrir les écoles le 4 janvier face à une large opposition publique, qui s’est exprimée notamment par une pétition qui a obtenu plus de 40.000 signatures demandant un prolongement de la durée des vacances d'hiver.

Une enseignante d'école primaire vérifie l'espacement des chaises dans sa classe (Source: AP/Jon Super)

Quels que soient les calendriers spécifiques des différents gouvernements provinciaux, il est clair qu'ils sont tous déterminés à forcer les éducateurs, les étudiants et le personnel de soutien à retourner dans les bâtiments scolaires dangereux dès que possible. Dans des conditions de transmission communautaire généralisée du coronavirus hautement infectieux, l'arrivée de nouvelles souches plus infectieuses du virus et de froid hivernal obligeant tout le monde à rester à l'intérieur, la réouverture des écoles entraînera inévitablement une nouvelle explosion de cas de COVID-19 et de décès. C'est ce qui s'est passé aux États-Unis et en Europe, où les élites dirigeantes mènent la même politique désastreuse.

Pour éviter cette issue, tout dépend de la lutte politique des enseignants pour fermer toutes les écoles jusqu'à ce que la pandémie soit maîtrisée. Ce combat est inséparable de la lutte pour mobiliser l'ensemble de la classe ouvrière afin de fermer toute production non essentielle avec une compensation financière complète pour tous les travailleurs. Une telle lutte doit intégrer les leçons essentielles apprises au cours de l'année écoulée en s'opposant à la politique criminelle de l'élite au pouvoir, qui a permis au virus de se propager sans contrôle dans la population tout en préservant la richesse de l'élite patronale et financière.

À ce stade, la science entourant la nécessité d'arrêter l'apprentissage en personne pour combattre le nouveau coronavirus est claire et incontestée. L'enseignement en salle, dans des lieux clos, avec des porteurs potentiellement asymptomatiques, présente un risque élevé de propagation du virus. Selon un recensement des cas dans les écoles, près de 7000 écoles au Canada ont signalé des cas en date du 5 janvier 2021. Les récents tests effectués sur des élèves asymptomatiques dans une école primaire de Toronto, qui ont révélé plus de deux douzaines d'infections, démontrent la quasi-certitude que ce décompte national sous-estime le taux de positivité réel.

Les fermetures d'écoles se sont avérées être parmi les mesures les plus efficaces pour réduire la transmission. Des études montrent que les fermetures d'écoles du printemps dernier ont, selon les estimations, réduit de plus de 60 % le nombre de décès dus au COVID-19 aux États-Unis, et que les enfants et les adolescents sont plus susceptibles de propager la maladie que les autres groupes d'âge.

Il faut ajouter que les premières fermetures par les gouvernements du monde entier ont été motivées non pas par le souci de leurs citoyens, mais plutôt par la nécessité de prévenir une éruption d'une opposition populaire incontrôlable parmi les travailleurs, qui avaient déjà commencé à prendre les choses en main en débrayant dans les grandes installations de production. Un arrêt de travail des travailleurs de l'usine d'assemblage de Fiat Chrysler à Windsor a déclenché une vague de protestations similaires dans toute l'Amérique du Nord, qui a forcé l'arrêt temporaire de la production automobile et les gouvernements à imposer des mesures de confinement.

En collaboration avec les grandes banques et les lobbies industriels, le premier ministre libéral Justin Trudeau a saisi l'occasion pour orchestrer le transfert de plus de 650 milliards de dollars de fonds publics dans les coffres de l'élite patronale en réponse à cette situation. Pour ce faire, il a reçu le soutien de tous les partis de l'establishment, des conservateurs au NPD et aux Verts, et surtout de la direction syndicale.

La perspective que des températures plus fraîches forceraient les gens à rester à l'intérieur en automne et en hiver et contribueraient à une résurgence de la pandémie était anticipée par les épidémiologistes. Mais la cause principale de la «deuxième vague», et la raison primordiale pour laquelle elle est devenue beaucoup plus importante et s'avérera encore plus meurtrière que la première est la ruée de l'élite au pouvoir pour rouvrir les lieux de travail, et depuis septembre, les écoles. Prétendant que «le remède ne doit pas être pire que le mal», les grandes entreprises, leurs porte-parole politiques et leurs complices syndicaux ont exigé, dès le mois d'avril dernier, la réouverture de l'économie.

Les responsables gouvernementaux ont tenté de justifier leur volonté de rouvrir les écoles en se disant préoccupés par le bien-être psychologique et éducatif des élèves, et en soulignant les nombreux avantages de la scolarisation en personne. Il s'agit d'une imposture, venant de gouvernements qui ont réduit les dépenses sociales pour les soins de santé et l'éducation pendant des décennies, et qui ont démontré avec leur volonté de rouvrir des entreprises non essentielles qu'ils donnent la priorité à l’accumulation des profits des sociétés sur la santé et la vie des travailleurs.

Le premier ministre du Québec, François Legault, et le directeur de la santé publique de la province, le Dr Horacio Arruda, ont été parmi les plus directs à soutenir que les infections scolaires sont un prix qui vaut la peine d'être payé pour maintenir l'économie «ouverte». «Si nous voulons que les écoles fonctionnent, le virus va circuler», a déclaré Arruda.

Les données gouvernementales montrent un lien étroit entre le début de la «deuxième vague» à la fin du mois d'août et la réouverture des écoles et l'augmentation de l'emploi sur les lieux de travail non essentiels. Bien que les taux d'activité aient de nouveau baissé en novembre et décembre, ils n'ont pas approché les totaux du printemps dernier. Les récentes fermetures partielles visant à court-circuiter la propagation du virus ont délibérément laissé de côté de nombreuses entreprises non essentielles, notamment dans les secteurs de l'industrie, de la construction et des ressources naturelles. Malgré les appels des épidémiologistes et autres experts de la santé, les suspensions temporaires de la scolarité en classe ont invariablement été reportées au début prévu des vacances de Noël.

Comme l'a expliqué le médecin-chef de l'unité de santé publique de Windsor-Essex en décembre, «ce n'est pas vraiment un confinement. Lors de la première vague de la pandémie, presque tout était fermé et il y avait peu de gens sur les routes».

Conscientes de l'opposition généralisée à l'apprentissage en personne dans le cadre de la pandémie, les provinces ont régulièrement modifié les exigences en matière de tests et les directives d'isolement dans le double but de créer une confusion générale et de minimiser l'étendue réelle de la propagation de la COVID-19. En Colombie-Britannique, le gouvernement néo-démocrate a tenté de dissimuler l'étendue des cas dans les écoles en divulguant les lieux où une épidémie se produisait, mais pas le nombre d'élèves et de membres du personnel qui avaient été déclarés positifs. En Alberta, le gouvernement a mis fin en décembre à l'exigence selon laquelle les personnes se trouvant dans une classe avec une personne dont le test est positif devaient être mises en quarantaine pendant deux semaines. Le gouvernement de l'Ontario a assoupli les exigences en matière de tests, car les retards dans le traitement des échantillons de test ont augmenté.

La mort, la maladie et la misère sociale en masse ne sont pas des préoccupations majeures pour l'élite dirigeante qui s’est incroyablement enrichie au cours des dix derniers mois. En plus de l'aide directe du gouvernement et de l'assouplissement quantitatif, ils ont profité du programme de subventions salariales pour s'enrichir et enrichir leurs actionnaires, alors que les sociétés accumulent des bénéfices records malgré le chômage de masse. Cela a produit une manne pour les milliardaires du pays qui ont empilé 50 milliards de dollars de plus sur leur indécente montagne de richesses pendant la pandémie. Pendant ce temps, leurs laquais de la fonction publique séjournent dans des stations tropicales loin des ravages de la maladie.

Comment les syndicats d'enseignants ont-ils réagi à cette calamité? Les syndicats de l'Ontario ont constaté que la campagne de rentrée des classes violait la loi sur la santé et la sécurité au travail de la province, mais ils ont seulement demandé à rencontrer le même gouvernement de droite qui a imposé l'austérité sur les budgets de l'éducation et qui est déterminé à mettre la vie des enseignants en danger. Le chef de la Fédération des enseignants des écoles secondaires de l'Ontario (OSSTF), Harvey Bischof, a rejeté les questions concernant l'organisation de grèves par le syndicat pour empêcher la réouverture d'écoles dangereuses en disant: «La réponse est un non catégorique».

Au lieu de cela, la FEESO et les trois autres syndicats d'enseignants de l'Ontario se sont soumis à la longue procédure bureaucratique de dépôt d'une plainte auprès de la Commission des relations de travail de l'Ontario propatronale. La Commission a répondu en rejetant sans cérémonie les objections des syndicats sur un point technique un mois plus tard, sans même examiner leur contenu. Entre-temps, les enseignants étaient retournés en classe pendant des semaines sur ordre de leurs syndicats, aidant ainsi les écoles à devenir l'une des plus importantes sources d'infection de COVID-19 dans la province en septembre et octobre.

En Colombie-Britannique, la British Columbia Teacher's Federation (BCTF) a également exclu les grèves contre la réouverture des écoles comme étant «illégales».

Les enseignants ont défié le gouvernement et les bureaucrates syndicaux en débrayant dans plusieurs écoles de l'Ontario lorsque des épidémies ont été détectées. Les syndicats, cependant, se sont efforcés d'isoler ces grèves en leur mettant une camisole de force dans le cadre du processus de «refus de travailler» du gouvernement provincial. Aucun effort n'est fait pour obtenir le soutien des enseignants d'autres écoles, et encore moins de la classe ouvrière dans son ensemble, à l'égard de ces débrayages. Au lieu de cela, la poignée d'employés courageux qui prennent l'initiative de refuser le travail se fait dire de rester assis et de ne rien faire jusqu'à ce que les fonctionnaires du ministère du Travail arrivent et déterminent invariablement que toutes les précautions de sécurité ont été respectées et qu'aucune grève n'est nécessaire.

Le Parti de l'égalité socialiste rejette le caractère inévitable des décès en masse cet hiver et demande l'arrêt immédiat de l'enseignement en personne pendant toute la durée de la pandémie. Pour assurer la sécurité des étudiants, des enseignants et des communautés dans lesquelles ils travaillent, la transmission doit être stoppée parle recours à l'apprentissage en ligne. Le financement nécessaire doit être réquisitionné des riches et des super-riches afin de fournir à tous les élèves les ressources adéquates pour garantir un environnement d'apprentissage sain, de verser aux parents un salaire vital pour qu'ils puissent rester à la maison avec leurs enfants et de permettre aux enseignants de travailler en toute sécurité depuis leur domicile jusqu'à ce que l'urgence de santé publique soit passée. Les vaccins étant désormais disponibles et en voie d’être administrés, il est inacceptable que davantage de Canadiens soient sacrifiés sur l'autel du profit alors même qu'une résolution de la crise reste à portée de main.

Nous avons écrit dans une déclaration en février dernier, alors que les enseignants se mobilisaient pour une grève à l'échelle de la province contre le programme d'austérité du gouvernement conservateur de l'Ontario :

«Les enseignants doivent reconnaître que leur lutte est au fond une lutte politique, et ce, pour deux raisons. Premièrement, la lutte pour défendre l'éducation publique est une lutte sur la manière dont les ressources de la société doivent être distribuées. L'affirmation selon laquelle il n'y a "pas d'argent" pour les services publics essentiels est un mensonge. Mais pour mobiliser les ressources nécessaires, il faut s'attaquer systématiquement à la richesse de l'élite capitaliste et réorganiser la vie socio-économique afin de faire de la satisfaction des besoins sociaux, et non du profit privé, le principe directeur. Deuxièmement, les grandes entreprises appliquent leur programme de lutte des classes par le biais de leurs employés au sein du gouvernement, des tribunaux et de la police».

La pandémie a mis ces dynamiques en évidence de façon encore plus nette. Les enseignants doivent faire une rupture politique et organisationnelle nette avec les appareils syndicaux procapitalistes en formant des comités de sécurité de la base. En soutenant le NPD, en vantant la réponse du gouvernement à la pandémie et en s'opposant à la grève, les bureaucrates syndicaux ont torpillé les efforts visant à remettre en cause la volonté d'ouvrir les écoles. Les comités de la base des éducateurs doivent combiner la demande de la fin de l'apprentissage en personne avec l'appel à l'arrêt de toute production non essentielle avec un salaire complet pour tous les travailleurs jusqu'à ce que la propagation du virus soit contenue et que la population ait été vaccinée. Nous demandons instamment à tous les éducateurs et travailleurs qui sont d'accord avec cette perspective de contacter le WSWS et le SEP dès aujourd'hui.

(Article paru en anglais le 17 janvier 2021)

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