Les démocrates intensifient les appels à l’«unité» au lendemain de l’insurrection fasciste à Washington DC

Par Jacob Crosse
19 janvier 2021

Deux jours avant l’investiture, et moins de deux semaines après une insurrection fasciste déclenchée par le président Donald Trump à Washington DC, les démocrates intensifient leurs appels à «l’unité» et au «bipartisme» avec le Parti républicain.

Lors d’interviews accordées aux talk-shows du dimanche, les principaux porte-parole du président élu Joe Biden ont souligné que leur priorité était d’«aller de l’avant» en collaboration avec les co-conspirateurs du Parti républicain de Trump.

En particulier, le nouveau gouvernement Biden veut agir rapidement pour nommer les principaux responsables du cabinet essentiels aux intérêts économiques et géostratégiques de la classe dirigeante américaine. Cela inclut le général à la retraite Lloyd Austin, ancien commandant de la guerre en Irak et membre du conseil d’administration de Raytheon, en tant que secrétaire à la Défense ainsi que l’ancienne présidente de la Réserve fédérale Janet Yellen en tant que secrétaire au Trésor.

Les partisans du Trump se rassemblent devant le Capitole (Flickr.com/Tyler Merbler)

Dimanche, Ron Klain, le nouveau chef de cabinet de Biden a accordé une interview à l’émission «State of the Union» de CNN où il a clairement indiqué que tous ceux qui ont conspiré avec Trump pour renverser l’élection, y compris les sénateurs républicains Josh Hawley (Missouri) et Ted Cruz (Texas), seraient les bienvenus lors de l’investiture le 20 janvier.

Klain a déclaré à l’hôte Jake Tapper qu’il était «plus important» que ceux qui assistent à l’investiture écoutent le «message que Joe Biden aura pour le pays… Cela sera un message pour faire avancer ce pays. C’est un message d’unité. C’est un message d’action».

Klain a ajouté: «Il y a des gens dans les deux partis avec lesquels nous pouvons travailler pour faire avancer ce programme.» Il a dit que les républicains pourraient «être en désaccord avec nous sur beaucoup de choses, sur la politique fiscale, les soins de santé, etc. Mais nous allons essayer de travailler dur avec les gens des deux partis».

Klain lance son appel à l’unité tandis que de nouvelles révélations confirment la coordination de haut niveau entre la police du Capitole, le FBI et l’armée qui a facilité l’assaut du Capitole. Au cours du week-end, le Washington Post a fait état d’une fuite de 12 pages d’un rapport de renseignement de la police du Capitole, préparé le 3 janvier, qui décrivait en détail le scénario qui se déroulerait trois jours plus tard.

«Contrairement aux précédentes manifestations postélectorales,» note le rapport, «les cibles des partisans du Trump ne sont pas nécessairement les contre-manifestants comme c’était le cas auparavant, mais plutôt le Congrès lui-même qui est la cible le 6 janvier».

Le rapport note le danger unique présenté par le rassemblement du 6 janvier en raison de la taille de la foule, l’abondance d’armes mortelles et le soutien important dont il bénéficie au sein de l’État. Il note que les manifestations «Stop the Steal» ont été «promues par le président Trump lui-même» et qu’elles ont eu «plusieurs intervenants de haut niveau, y compris des membres du Congrès».

Le mémo conclut que «la propension de “Stop the Steal” à attirer les tenants de la suprématie blanche, les membres des milices et autres personnes qui promeuvent activement la violence, peut conduire à une situation très dangereuse pour les forces de l’ordre et le grand public».

Deux sources anonymes ont confirmé au Post que «le mémo avait été communiqué à tout le personnel de commandement de la police du Capitole par le directeur de l’unité de renseignement, Jack Donohue». Le retrait effectif de la police le jour du 6 janvier a rendu possible la prise d’assaut du Capitole par les fascistes, dans le but de prendre des otages.

Au moment où nous écrivons ces lignes, on a identifié quelque 32 officiers actifs de police de 17 États policiers comme des participants au rassemblement. À Washington, la police a arrêté au moins trois personnes accusées de port d’armes après qu’elles aient tenté de pénétrer dans la «zone verte» militarisée autour du Capitole. Des fascistes de droite armés, dont des éléments du Boogaloo, se sont rassemblés, bien qu’en petit nombre, dans les capitales du Midwest le dimanche, notamment à Lansing, dans le Michigan, et à Columbus, dans l’Ohio.

En justifiant ses appels au «bipartisme» et à «l’unité», Klain a fait référence aux résultats des élections de novembre. Même si Biden a remporté plus de voix que tout autre candidat à la présidence dans l’histoire des États-Unis, et que les démocrates ont conservé le contrôle de la Chambre des représentants et gagné celui du Sénat, Klain insiste sur le fait que les résultats montraient la nécessité de «trouver un moyen pour les démocrates et les républicains de faire avancer les choses».

Sur le même programme, le nouveau whip de la majorité au Sénat, Dick Durbin, de l’Illinois, a déclaré qu’il ne tenterait pas de faire pression sur ses collègues démocrates pour qu’ils condamnent Trump pour les accusations de mise en accusation votées à la Chambre. Il appartiendra aux «membres… de suivre leur propre conscience», a-t-il déclaré. Durbin a cité la préséance, notant qu’il n’avait pas non plus mobilisé le vote pour les procès de mise en accusation auxquels il avait participé. Toutefois, contrairement aux précédentes mises en accusation, l’objet n’était pas la tentative de renversement d’une élection présidentielle et, avec elle, des formes démocratiques de gouvernement.

En réponse à la question de Tapper de savoir si Durbin et les démocrates avaient l’intention de censurer ou d’expulser les conspirateurs de Trump à la Chambre et au Sénat, Durbin a déclaré qu’il n’avait pas «entendu cette suggestion». Durbin a estimé que l’affaire devrait être renvoyée au comité d’éthique du Sénat «et qu’ils devraient prendre les mesures nécessaires, compte tenu de la complicité de l’individu».

Dans une interview séparée sur la chaîne NBC «Meet The Press», l’ancien candidat démocrate à la présidence Cory Booker a également cherché à soutenir ses «collègues républicains», en disant à son interlocuteur qu’il y a «de bonnes personnes avec qui je travaille au Sénat des États-Unis» et que «nous avons trop tendance à diffamer les personnes qui ne sont pas dans notre parti politique dans ce pays».

Les démocrates, un parti de Wall Street et de l’armée, cherchent à dissimuler la complicité du Parti républicain dans la tentative de coup d’État dans le but de trouver un arrangement avec les co-conspirateurs de Trump afin de faire passer leur programme de classe commun et d’empêcher une explosion sociale massive de la base.

(Article paru en anglais le 18 janvier 2021)

 

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