Les trafics d’armes néonazis se multiplient à travers l’Europe

Par Anthony Torres
19 janvier 2021

Dans les semaines juste avant et après le coup fasciste tenté par Donald Trump le 6 janvier au Capitole à Washington, les milieux néonazis européens ont trafiqué d’énormes quantités d’armes. Ces stocks d’armes, saisis par la police, donnent une idée de l’intense activité paramilitaire que mènent les forces d’extrême-droite à l’échelle européenne. Certaines sont directement liées à des hauts responsables encore en exercice.

Mercredi 13 janvier, la Brigade de répression du banditisme de Paris a fait l’une des plus importantes saisies d'armes d'envergure nationale jamais réalisée en France, impliquant des militaires en activité et à la retraite. Ils auraient fourni des armes à des milieux fascistes ou néonazis. Un stock qualifié de «hors norme» abritant pistolets, revolvers, fusils d'assaut, pistolets-mitrailleurs mais aussi des munitions et de la poudre a été saisi en perquisition. L’inventaire est toujours en cours, mais les sources proches du dossier évoquent plus d'une tonne de matériel.

D’après Le Figaro, des expertises balistiques devraient en outre être menées afin de déterminer si des armes ont été impliquées dans des règlements de comptes ayant éclaté sur fond de trafics de stupéfiants. Le journal ajoute: «Le réseau est soupçonné d'avoir fourni des armes à des trafiquants de drogue mais aussi à sympathisants d'ultradroite, ont indiqué des sources proches du dossier.»

La police judiciaire de Paris a procédé à l'interpellation de dix personnes en d’Île-de-France mais aussi dans le Grand Est ainsi dans le Sud de l'Hexagone parmi lesquelles deux militaires, l’un actuellement en poste au ministère de la Défense, et l’autre en ce moment positionné sur une base située dans l’est de la France. Il y avait aussi un passionné d’armes sympathisant de l’extrême-droite et un autre «fiché S» en raison de ses liens fascisants. Ont également été arrêtés trois militaires retraités partis travailler dans le privé, dont un haut gradé, ainsi qu’un ancien adjoint de sécurité.

Or, les saisies d’armes «hors normes» de ce genre, impliquant des milieux néonazis, se multiplient à travers l’Europe.

Mi-décembre, 100.000 cartouches, 100 armes à feu, des explosifs dont des grenades à main, des stupéfiants et de l'argent liquide, et objets de la Wehrmacht (l’armée du régime nazi) ont été saisis en Autriche. Ce stock était destiné à «mettre sur pied un réseau d'extrême droite» en Allemagne, a précisé le ministre autrichien de l'Intérieur, Karl Nehammer, lors d'une conférence de presse à Vienne.

En Espagne le 29 décembre, la Garde civile de Malaga agissant dans le cadre de l'opération Nongreta a démantelé un réseau international qui se livrait au trafic d’armes. 160 armes à feu au total ont été saisies dont 121 étaient des armes courtes, avec 22 fusils d'assaut et 8 mitraillettes. Près de 10.000 cartouches ont également été trouvées pour différents calibres, huit silencieux d'armes, 273 chargeurs et même une grenade d'un kilo et demi d'explosif militaire.

Deux des personnes interpellées étaient d'origine allemande, connues pour leurs liens aux mouvements néonazis; l'autre était d'origine britannique.

Le fait qu’un responsable au ministère de la Défense français ait été impliqué dans ces trafics ne fait que souligner les liens étroits entre les réseaux armés néonazis et les forces armées ou paramilitaires des différents États européens.

En Allemagne, selon un rapport de la Bundeswehr publié en août 2020, au moins 60.000 cartouches auraient été perdues depuis 2010. De plus, le ministère de la Défense a rapporté que la localisation de 48.000 cartouches et de 62 kilogrammes d'explosifs appartenant aux forces spéciales allemandes KSK est inconnue. Cette unité est connue pour ses liens avec les réseaux de l’extrême-droite, qui ont pénétré l’unité afin d’y recruter des membres d’un réseau, mené par un ex-KSK nommé André S, qui prépare des listes de personnalités politiques à assassiner à l’intérieur de Allemagne.

Interrogé là-dessus, Tobias Lindner, le porte-parole vert de Politique de sécurité au Bundestag a dû avouer: «En tant que tel, il ne devrait pas y avoir de pertes de munitions si tout le monde dans la Bundeswehr respectait les réglementations existantes. Nous avons vraisemblablement affaire à un mélange de négligence et d'énergies parfois criminelles.»

Le Monde s’est interrogé benoîtement sur les buts auxquels les armes saisies en France auraient pu être destinées: «Les faits doivent encore être consolidés par les gardes à vue en cours, mais pour certains des interpellés, la question se pose de savoir si ces armes auraient pu servir à nourrir, dans des délais encore à établir, un projet d’action violente.»

Il n’est pas crédible d’affirmer que ces saisies «hors normes» de stocks d’armes néonazis en Europe, à quelques semaines du premier tentative de coup fasciste dans l’histoire américaine, est une coïncidence. Il est clair qu’à travers l’Europe, des réseaux fascistes avec des accointances au sommet de l’État sont en train de se développer et de chercher à consolider de vastes stocks d’armes. Il faut supposer que si certaines de ces armes sont saisies par la police, d’autres lui échappent. Celles-ci peuvent servir à des assassinats ou à des provocations politiques de toutes sortes.

Face à la crise du capitalisme mondial, l’appareil répressif légal de la bourgeoisie est de plus en plus débordé par l’opposition à sa politique d’immunité collective et d’austérité. Des éléments de l’appareil d’État commencent à armer des bandes fascistes violemment hostiles à la classe ouvrière. Ces quantités «hors normes» d’armes à présent disponibles à l’extrême-droite soulignent que des événements comme le coup d’État tenté par Trump pourraient aussi se dérouler en Europe.

La tentative du coup d’état fasciste manqué aux États-Unis le 6 janvier impliquait des sections de l’armée, la police, le parti Républicain et le président Trump qui voulaient empêcher que le vote validant la victoire de Biden au Capitole ne se tienne. On a retrouvé sur les émeutiers néonazis des armes, menottes pour attacher des otages parmi les députés. Cette tentative de putsch a été accueillie avec enthousiasme par les milieux fascistes européens, tels que le parti fasciste espagnol Vox et ses soutiens parmi les officiers d’armée espagnols.

En France après que Macron ait salué le dictateur fasciste Pétain comme «grand soldat» au début du mouvement des «gilets jaunes», l’ancien général Pierre de Villiers agite pour un régime militaire. En Espagne des officiers à la retraite ou en exercice ont écrit au roi pour lui demander de les soutenir contre le gouvernement PSOE-Podemos. Ils appellent au meurtre de «26 millions de personnes», le nombre d’électeurs de gauche, selon eux, en Espagne.

En Allemagne, les réseaux néonazis ont dressé des listes de politiciens à faire exécuter par des escadrons de la mort. En 2019, l’homme politique conservateur Walter Lübcke a été assassiné par un forcené néonazi suite à des menaces de mort prononcées sur des réseaux d’extrême-droite parce que Lübcke soutenait les migrants. Les complices du meurtrier, Stephan Ernst, ont été relâchés.

Aux États-Unis un réseau d’extrême-droite lié à l’administration Trump prévoyait de kidnapper plusieurs gouverneurs et de les exécuter. Toujours dans ce pays, le FBI a fait des notes faisant état que des groupes armées seraient susceptibles de passer à l’acte dans 50 Etats américains demain, lors de l’investiture de Biden.

Comme la tentative de coup d’État à Washington, les événements en Europe constituent un avertissement que la démocratie en Europe pourrit sur pied. La seule façon de la défendre, et de mettre fin aux politiques d’austérité et d’immunité collective, est de construire un puissant mouvement international dans la classe ouvrière pour le socialisme, et contre le capitalisme, le nationalisme et le fascisme.

 

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