Le plan de «  relance  » de Biden ne parviendra pas à soulager la misère sociale ni à empêcher les morts de la COVID-19

Par Jacob Crosse
18 janvier 2021

Le 14 janvier, le président élu Joe Biden a dévoilé son projet de loi à presque deux mille milliards de dollars pour lutter contre le coronavirus. Baptisé « La loi de sauvetage américain » (American Rescue Act), et il a exhorté le Congrès à l'adopter dans les jours qui suivront son investiture le 20 janvier. Ce projet de loi a été suivi le lendemain d’un discours dans lequel Biden a exposé son plan de vaccination, qui prévoit l’administration de cent millions de vaccins contre le coronavirus dans les 100 premiers jours de son mandat, bien que la vitesse des vaccinations actuelles soit bien inférieur.

Biden prend la parole au «Queen Theatre», le jeudi 14 janvier 2021, à Wilmington, Del. [Crédit: AP Photo/Matt Slocum]

La deuxième annonce était surtout importante pour ce qui n’y figurait pas. Biden s’est entièrement concentré sur le vaccin, à l’exclusion des efforts qui visaient à empêcher la propagation de l’infection. Leur absence tuera des centaines de milliers d’autres personnes avant qu’elles ne puissent être vaccinées. Surtout, on n’y trouve pas la moindre suggestion de la seule mesure sérieuse pour contenir la pandémie : un confinement complet de l’économie, y compris la fermeture des entreprises et des écoles non essentielles. En même temps, on doit fournir de revenus aux travailleurs et un enseignement à distance doté de toutes les ressources nécessaires pour les enfants jusqu’à ce que chacun puisse reprendre une vie normale en toute sécurité.

En annonçant ce plan, Biden s’est prononcé du bout des lèvres sur l’inégalité croissante des revenus, en faisant remarquer « les quelques personnes au sommet qui s’en sortent plutôt bien dans cette économie ». Il a souligné à juste titre que la richesse du un pour cent les plus riches a augmenté « d’environ 1500 milliards de dollars depuis la fin de l’année dernière, soit quatre fois plus que celle de l’ensemble des 50 pour cent des salariés américains les plus pauvres. »

« La loi de sauvetage américain » ne vise pas à inverser cette tendance par des impôts sévères sur les « profiteurs de la pandémie » tels que Jeff Bezos ou ElonMusk. Ce dernier est récemment devenu l’homme le plus riche du monde après avoir « gagné » quelques 165 milliards de dollars l’année dernière en se basant presque entièrement sur la hausse fulgurante du cours des actions de Tesla. Tout au contraire, aucune augmentation d’impôts n’est prévue pour les riches, Biden leur permettant de conserver leurs gains mal acquis tandis que le gouvernement fédéral emprunte l’argent — à ces mêmes milliardaires, à un prix élevé en termes de paiement d’intérêts — pour payer la facture.

Bien qu’une majorité de républicains de la Chambre et de sénateurs comme Ted Cruz (Texas) et Josh Hawley (Missouri) aient cherché à renverser sa victoire électorale la semaine dernière, même après l’échec de la tentative de coup d’État fasciste du président Donald Trump, Biden a plaidé pour « l’unité » avec ses « collègues républicains ». Il s’est également félicité de leur contribution à la modification de la législation. Ce processus a déjà commencé puisque le coût de cette enveloppe de presque deux mille milliards de dollars est inférieur de plus de mille milliards de dollars à la loi HEROES (Loi omnibus sur les solutions d’urgence pour la santé et la relance économique) que la Chambre, contrôlée par les démocrates, a adoptée en mai dernier, en grande partie selon les lignes de parti.

En fait, le coût total de la loi d'aide de 900 milliards de dollars et de cette dernière proposition de presque deux mille milliards de dollars est encore inférieur à celui de la loi HEROES. L'effet de la prise de contrôle par le parti démocrate des deux chambres du Congrès et de la Maison Blanche est donc un ensemble de mesures de “secours” moins important que celui proposé par Pelosi l'année dernière, lorsque les républicains contrôlaient encore le Sénat et que Trump était à la Maison Blanche - dans des conditions où le besoin de millions de personnes est bien plus important qu'il ne l'était il y a environ 10 mois.

L’enveloppe comprend environ 415 milliards de dollars de mesures de santé publique, dont 170 milliards de dollars sont destinés aux écoles afin de les rouvrir et de permettre aux parents de retourner au travail, ce qui produira une plus-value pour la classe dirigeante. Afin de faciliter ces mesures, Biden a promis « davantage de tests et de transports, des services de nettoyage et d’assainissement supplémentaires dans ces écoles » ainsi que « des équipements de protection et des systèmes de ventilations. »

Quelque 50 milliards de dollars sont alloués aux tests COVID-19 et 20 milliards de dollars supplémentaires à un programme national de vaccination. Dans son discours de vendredi, qui détaille les cinq étapes que le gouvernement Biden prévoit de mettre en œuvre pour vacciner la population, Biden a assimilé les enseignants aux travailleurs des services de santé et des épiceries en tant que « travailleurs essentiels » et a donc donné la priorité à l’administration du vaccin.

En particulier, Biden n’a pas dit que chaque enseignant devrait se faire vacciner pour pouvoir retourner à l’école. Contrairement aux épiceries et aux hôpitaux, qui sont essentiels pour la préservation et la poursuite de la vie humaine, les écoles ne le sont pas. Elles peuvent être fermées temporairement ou gérées à distance. Cela souligne le fait que les milliards alloués à la « réouverture des écoles en toute sécurité » ne sont pas un exemple du prétendu gouvernement « suivant la science » de Biden, mais plutôt suivant les diktats de l’oligarchie financière, qui sont bien représentés dans son gouvernement.

Dans une autre retraite depuis la loi HEROES, seulement 350 milliards de dollars sont alloués à l’aide des gouvernements des États, des collectivités locales et des tribus, soit environ un tiers des mille milliards de dollars prévu par la loi HEROES.

Le projet de loi prévoit également 15 milliards de dollars de subventions aux petites entreprises et 35 milliards de dollars pour les gouvernements des États et les collectivités locales afin d’administrer des prêts à faible taux d’intérêt. Ces petites sommes sont une invitation pour les républicains à faire une contre-offre qui augmenterait les subventions et inclurait les grandes entreprises et les banques, comme la loi CARES.

Parmi les autres propositions, qui ont peu de chances d'être incluses dans un projet de loi bipartite, on peut citer :

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Augmenter de 100 à 400 dollars par semaine l’allocation de chômage fédérale et la prolonger jusqu’en septembre 2021. Les 400 dollars par semaine restent inférieurs de 200 dollars par semaine à ce qui était prévu dans la loi CARES.

Augmenter le salaire minimum fédéral de 7,25 dollars à 15 dollars, ce qui reste un salaire de misère. La proposition n’a pas établi de calendrier précis, ce qui signifie qu’il pourrait s’écouler des années avant qu’elle ne soit effectivement mise en œuvre, si elle est même acceptée par un nombre suffisant de républicains.

L’augmentation du crédit d’impôt pour enfants à 3000 dollars par enfant et à 3600 dollars pour les moins de 6 ans.

Une augmentation de 15 pour cent du programme d’assistance nutritionnelle supplémentaire (SNAP) jusqu’en septembre et 3 milliards de dollars supplémentaires pour le programme « Femmes, nourrissons et enfants » (WIC).

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Attirant la colère de millions de gens, le plan de Biden pour les paiements directs en liquidités serait fixé à 1400 dollars, au lieu des 2000 dollars que beaucoup pensaient venir après que Biden ait vanté les « chèques de 2.000 dollars » tout en faisant campagne pour les candidats démocrates lors du second tour des élections spéciales en Géorgie.

« Si vous envoyez Jon [Ossoff] et le révérend [Raphael Warnock] à Washington, ces chèques de 2.000 dollars sortiront par la porte », a déclaré Biden lors d’un rassemblement. C’était un mensonge délibéré à l’époque, puisque la proposition de décembre, à laquelle Biden, la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi et le chef de la minorité au Sénat Chuck Schumer ont donné leur accord, était d’augmenter le paiement de 600 dollars à 2.000 dollars, soit une augmentation de 1.400 dollars.

Le fait est que ni 1400 ni 2000 dollars ne suffisent pour les millions de chômeurs et les millions d’autres qui se sont encore endettés. Une étude récente sur l’endettement des ménages américains par carte de crédit, menée par le site web Nerdwallet, a révélé que la dette moyenne par carte de crédit d’un ménage américain était de 7.027 dollars. Dans l’ensemble, 42 pour cent des personnes interrogées ont déclaré que la situation financière de leur ménage s’était détériorée depuis le début de la pandémie, 51 pour cent d’entre elles déclarant une diminution de leurs revenus et 22 pour cent une perte d’emploi.

Près de 11 millions d’emplois sont toujours perdus depuis mars 2020 et on a déposé environ 1 million de demandes de chômage supplémentaires la semaine dernière. Le rapport mensuel sur l’emploi du ministère du Travail de la semaine dernière a révélé pour la première fois depuis mars une croissance négative de l’emploi, avec 140.000 emplois perdus en décembre. Les chiffres du ministère du Commerce publiés vendredi ont montré que les ventes au détail américaines, qui constituent l’épine dorsale de l’activité économique américaine, ont diminué de 0,7 pour cent en décembre, après avoir chuté de 1,4 pour cent en novembre. Dans le même temps, les enseignants et les travailleurs étant victimes de chantage dans les écoles et sur les lieux de travail, le coronavirus et ses nouvelles variantes se sont répandus dans tout le pays, entraînant un bilan de quelque 400.000 morts aux États-Unis, le plus élevé au monde.

C’est dans ces conditions que la proposition de Biden, comme il le reconnaît, ne fera pas grand-chose pour empêcher cette catastrophe continue et évitable, le président élu entonnant une fois de plus avec gravité qu’un « hiver très sombre » se profile encore à l’horizon. Comme l’a déjà fait remarquer la WSWS, la mort en masse n’est ni prédestinée ni inévitable, mais, c’est la politique délibérée de la classe dirigeante qui subordonne tous les aspects de la société à un enrichissement ultérieur d’elle-même.

Les ressources et les moyens matériels existent pour fournir à chacun un abri et des moyens de subsistance jusqu’à ce que les travailleurs essentiels puissent recevoir des vaccins. La tâche urgente reste d’organiser les travailleurs selon un programme et une perspective socialistes internationalistes afin d’exproprier les richesses mal acquises des « profiteurs de la pandémie » et de les utiliser pour préserver la vie.

(Article paru d’abord en anglais le 16 janvier 2021)

 

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