La pandémie et la tentative de coup d’État de Trump

Par André Damon
16 janvier 2021

Mercredi, 4.100 personnes sont mortes de COVID-19 aux USA, le 5e jour où le nombre de décès a dépassé les 4.000. Il y a plus de 200.000 nouveaux cas quotidiens est passé depuis le début de 2021.

Les deux premières semaines de 2021, plus de 43.000 personnes sont mortes de COVID-19 aux USA. Selon les Centers for Disease Control and Prevention (CDC), 90.000 personnes pourraient mourir en trois semaines.

Army volunteers carry groceries to cars at a food bank distribution by the Greater Cleveland Food Bank, Thursday, Jan. 7, 2021, in Cleveland. (AP Photo/Tony Dejak)

Au niveau mondial, deux millions de personnes sont mortes. Cependant, les statistiques officielles n'offrent qu'une expression partielle de la réalité; une analyse récente montre que la «surmortalité» dans le monde est 30 pour cent plus élevé que le nombre officiel de décès dus au coronavirus.

Les experts avertissent à présents que les nouvelles variantes plus infectieuses de COVID-19 entraîneront une augmentation supplémentaire du nombre de décès. Selon un article de la revue médicale Stat, «Aussi horrible que l'épidémie américaine de COVID-19 puisse paraître en ce moment, elle est presque certainement sur le point de s'aggraver.»

L’article poursuit: «Ils ont traversé l'Afrique du Sud, le Royaume-Uni et, de plus en plus, d'autres pays; à présent, de nouvelles variantes plus infectieuses du coronavirus ont pris pied aux États-Unis. Si elles flambent ici – ce qui, avec leurs avantages en matière de transmission, se produira, à moins que les Américains ne freinent rapidement leur propagation – cela fera exploser une bombe dans le trou déjà très profond dont le pays doit sortir pour mettre fin à la crise.»

Cette catastrophe sanitaire est directement liée à la crise politique sans précédent déclenchée par l'insurrection fasciste du 6 janvier incitée par Donald Trump, et les menaces de violence fasciste dans tout le pays avant et le jour de l'inauguration de Biden, le 20 janvier.

Dans les médias, personne ne tente de relier l’effort de Trump pour renverser la Constitution à l’élément central de la politique de son gouvernement au courant de l’année passée: l'insistance qu'il ne faut prendre aucune mesure pour arrêter la propagation du virus.

La principale exigence programmatique des organisations fascistes cultivées par Trump au cours de l'année écoulée a été la suppression de toutes les restrictions à l'activité économique visant à sauver des vies. C'était le mot d’ordre des rassemblements organisés en avril et mai, alors que l’État négociait des plans de relance pour les banques. C'est ce qui a motivé la conspiration fasciste dans le Michigan pour kidnapper et assassiner la gouverneure de l'État, Gretchen Whitmer.

Dans son premier discours après l'élection de novembre, Trump a souligné sa politique sur la pandémie et insisté auprès de la classe dirigeante qu'il devait rester au pouvoir. Alors que le nombre de morts augmentait, il a déclaré que «cette administration ne va pas fermer ses portes». «Le temps nous dira» qui sera au pouvoir le 20 janvier, a-t-il déclaré avant de répéter que «le remède ne peut pas être ... pire que le problème lui-même.»

Mettant en évidence les intérêts de la classe qui motivent cette politique homicide, Trump a salué la hausse des cours de la bourse, qui était «prête à battre tous les records.»

La politique de la classe dirigeante en réponse à la pandémie est directement reliée à l'effondrement de la démocratie. Comme l'a écrit le WSWS en octobre, «La politique d’homicide de la classe dirigeante en réponse à la pandémie est au centre de la crise politique sans précédent aux États-Unis. Pour mettre en œuvre cette politique, l’élite dirigeante a recours à des formes de pouvoir de plus en plus violentes et dictatoriales.»

La réalité de la pandémie sous-tend également la réponse des Démocrates au coup d'État. Depuis le 6 janvier, les Démocrates, dirigés par le président élu Joe Biden, font tout leur possible pour dissimuler l'ampleur de la conspiration. Biden a insisté sur la nécessité d'un Parti républicain «fort» et a salué ses «collègues républicains» – en clair, les complices de Trump – à «l’unité», notamment sur la politique à suivre sur la pandémie.

En tant que parti de Wall Street, le Parti démocrate craint surtout l'émergence d'un mouvement dans la classe ouvrière contre la tentative de coup d'État de Trump, qui se transformera en conflit avec l'ensemble de la classe dirigeante et du système capitaliste. Pour eux, il faut poursuivre la politique de l'oligarchie, et «regarder vers l'avant, pas vers l'arrière.»

Un PDG de banque cité par Politico («Le 1er souhait de Wall Street: Parlons d’autre chose») résume l’attitude de la classe dirigeante. Sur le coup fasciste, il a dit: «Je comprends toutes les émotions et la force des sentiments là-dessus. Je ne minimise pas du tout. Mais les gens de Joe Biden seraient d’accord avec moi que juste maintenant, il faut qu’on aille de l’avant.»

«Aller de l’avant» signifie continuer la politique d’«immunité collective». Loin de réagir à la vague de morts de la COVID-19 en appelant à sauver des vies, l’élite dirigeante réclame une nouvelle réouverture de l'économie, visant à protéger les profits des grandes entreprises au détriment des vies humaines.

La maire démocrate de Chicago, Lori Lightfoot, a déclaré jeudi qu'elle souhaitait que les bars et restaurants de la ville rouvrent leurs portes pour un service en salle «dès que possible». Mercredi, Whitmer a elle-même annoncé la reprise des cours de fitness en groupe; le Michigan prévoit de rouvrir les restaurants d’ici deux semaines.

Le gouverneur démocrate du New York, Andrew Cuomo a fourni l’argument le plus explicite en faveur de la réouverture des entreprises: «Nous ne pouvons tout simplement pas rester fermés tant que le vaccin n'aura pas atteint la masse critique. Le coût est trop élevé. Nous n'aurons plus rien à ouvrir. Nous devons rouvrir l'économie.»

Cuomo préside un État où se trouve la ville de New York, l'endroit le plus inégalitaire du monde, où vivent 113 milliardaires.

Presque sans exception, les milliardaires américains sont aujourd'hui beaucoup plus riches qu'avant la pandémie. On trouve d’abord Elon Musk, PDG de Tesla et SpaceX, devenu l'homme le plus riche du monde, avec un patrimoine de 201 milliards de dollars. En 2020, il a réalisé une choquante augmentation de son patrimoine, de 170 milliards de dollars, alors que près de 400.000 Américains sont morts de la pandémie et que 10 millions d'emplois ont été détruits.

Il est absurde de prétendre que la société n’a pas les ressources pour sauver des vies humaines, alors qu'elle verse en un an 170 milliards de dollars à un seul homme.

Au centre de la politique sanitaire menée contre la COVID-19 est la garantie de la disponibilité d'une main d'œuvre bon marché, permettant l’exploitation ininterrompue des travailleurs. Cette semaine, Brian Deese, le nouveau directeur du Conseil économique national de Biden, a déclaré: «Nous devons ouvrir les écoles afin que les parents ... puissent retourner au travail.»

En clair, il faut sacrifier la vie des enseignants et des étudiants pour assurer la disponibilité des travailleurs en pleine pandémie.

Sur fond de morts en masse et de l’effondrement de la démocratie américaine, les marchés financiers ont évolué en forte hausse cette semaine. Dans son article «Pourquoi la bourse ne s’inquiète pas de l’émeute au Capitole», le Washington Post a cité un trader à Wall Street: «Le marché est agnostique en ce qui concerne la politique. … Nous aimons penser que la démocratie est meilleure. Mais en fin de compte, les investisseurs ne s’en soucient pas trop.»

La défense des droits démocratiques, tout comme la préservation des vies contre la pandémie, ne peut être confiée à aucune faction de la classe dirigeante. Pour contenir la pandémie, la classe ouvrière doit intervenir pour exiger la fermeture immédiate des entreprises non essentielles et des billions de dollars pour les tests, le traçage des contacts, les zones de confinement sûres et les vaccins. Nous appelons les travailleurs de chaque usine, lieu de travail et quartier à créer des comités de base pour lutter pour ces demandes et à rejoindre le Parti de l'égalité socialiste.

 

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