Comment le Parti de gauche allemand promeut l'immunité collective

Par Peter Schwarz
16 janvier 2021

De son propre aveu, le premier ministre du Land de Thuringe, Bodo Ramelow (Parti de gauche), est un chrétien déclaré. En tant que tel, il est familier avec la figure du pécheur repentant, dont il est dit dans l'Évangile de Luc qu'il y aura «plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour plus de 99 justes qui n'ont pas besoin de changer d’attitude». Ramelow sait comment utiliser sa Bible en matière de politique. Un aveu de remords ne coûte rien et ne l'engage à rien. Cela peut cependant s'avérer politiquement utile dans une situation difficile.

Dans un certain nombre d'entretiens le 8 janvier, Ramelow a avoué les «erreurs» qu'il avait commises concernant la pandémie de coronavirus.

Bodo Ramelow (Source: Steffen Prößdorf / CC BY-SA 4.0)

Il avait mal jugé la menace posée par le virus, a-t-il déclaré au journal télévisé régional MDR aktuell. Lorsque la chancelière allemande Angela Merkel (Union chrétienne-démocrate, CDU) avait prédit une forte augmentation des taux d'infection dès octobre, il a déclaré: «La chancelière avait raison, et j'avais tort.» Il a admis que pendant trop longtemps, il pensait qu'il y avait des moyens plus faciles de s'attaquer au problème. Désormais, a-t-il dit, il ne voit plus d'alternative à un confinement économique pour faire reculer de nouvelles infections. Jusqu'à présent, a-t-il déclaré, les restaurateurs, les détaillants, les travailleurs du secteur culturel et les enfants ont supporté la charge de la crise. Ce qui était nécessaire, cependant, était un confinement de l'ensemble de l'économie.

Ramelow a déclaré au Frankfurter Allgemeine Zeitung: «Personnellement, je suis fâché aujourd'hui qu'en novembre je n'étais pas prêt à dire: nous utiliserons décembre avec ses nombreuses vacances, pour mettre en place un large confinement. Tout ce qui n'est pas vital ou ne peut pas être arrêté systématiquement aurait dû être fermé pendant quatre semaines.»

Dans le ZDF-heute journal, il a déclaré: «Je me rends compte que la maison brûle en Thuringe en ce moment. Aujourd'hui est une mauvaise journée pour moi car nous avons dépassé le taux d'incidence de 300 [de cas hebdomadaires pour 100.000 habitants] dans toute la Thuringe, avec chaque région et ville au-dessus de 200. Il n'y a plus de place pour les mesures de relâchement ou tout le débat sur un relâchement après un autre.»

Quelle farce! Ramelow ne s'était pas trompé, il a simplement menti. Pleinement conscient des études scientifiques et de l'expérience internationale qui avaient prouvé que le virus était mortel, Ramelow a joué un rôle de premier plan au cours de l'année écoulée en minimisant la pandémie et en sapant les mesures de protection pour la combattre. Comme ce fut le cas avec le gouvernement fédéral de Berlin et tous les autres gouvernements des Länder, les profits prirent le pas sur les vies humaines aux yeux du seul premier ministre de Land du Parti de gauche. En fait, quand il s’agissait de la politique relative aux coronavirus, Ramelow a joué un rôle dirigeant.

À la fin du mois de mai, Ramelow a été le premier à lever les restrictions les plus minimales, telles que le maintien de la distanciation sociale et le port de masques. Auparavant, son gouvernement avait ordonné aux régions et aux villes de décider elles-mêmes d'ouvrir les restaurants, les spas, les cinémas, les gymnases, les installations sportives en salle, les bars, les studios de danse, les parcs d'attractions et les bordels. Il a ainsi promu un développement désastreux qui a coûté la vie à plus de 40.000 personnes dans toute l'Allemagne.

Fin octobre, alors que la courbe d'infection augmentait à nouveau fortement, Ramelow fit l'éloge du «modèle suédois» dans l'émission télévisée «Maybrit Illner». La Suède a suivi une politique d'«immunité collective» qui a été rejetée par tous les scientifiques sérieux et a conduit au désastre. Sur les 10 millions d'habitants du pays, un demi-million ont maintenant été infectés, près de 10.000 sont décédés et l'incidence de 515 sur sept jours est l'une des plus élevées au monde.

Ses politiques ont également eu des conséquences désastreuses pour le Land de Thuringe. Sur sa population d'un peu plus de deux millions d'habitants, plus de 50.000 ont été confirmés infectés et plus de 1350 sont morts du COVID-19. Au cours de la semaine dernière, en moyenne 324 pour 100.000 habitants ont été infectés. C'est le deuxième taux d'incidence le plus élevé d'Allemagne après la Saxe, et plus de six fois le chiffre donné par l'Institut Robert Koch, ce qui permet un traçage efficace des chaînes d'infection. En d'autres termes, la pandémie est complètement hors de contrôle.

L’admission de Ramelow selon laquelle il a «mal jugé» le danger n’est rien de plus qu’une tentative minable pour limiter les dégâts, une tentative de détourner l’indignation croissante face à une politique qui sacrifie des vies humaines pour des profits. C'est précisément ainsi que les médias ont traité la question. La Süddeutsche Zeitung, par exemple, a déclaré que «l’admission très inhabituelle» de Ramelow avait contribué à raccommoder les «fissures dans la société». Elle montre «une sortie de la confrontation, d’une compétition au sein de la droite dont personne n'a besoin et qui a déjà causé pas mal de dégâts».

Cependant, son aveu ne changera absolument rien à sa politique. Ses partenaires de coalition en Thuringe, le Parti social-démocrate et les Verts plus la CDU (dont le vote est essentiel pour la survie de son gouvernement minoritaire), ainsi que les associations professionnelles de Land, y veilleront. Ils ont tous protesté contre un nouveau confinement et Ramelow a toujours réalisé leurs souhaits. Quant au Parti de gauche lui-même, où qu'il soit ou ait été au gouvernement, il met en œuvre des politiques au détriment de l'ensemble de la population tout aussi impitoyablement que n'importe quel autre parti.

Le 5 janvier, le cabinet gouvernemental de Thuringe, comme tous les autres Länder allemands, a décidé de prolonger jusqu'au 31 janvier les mesures pandémiques totalement inadéquates décidées en décembre et de les resserrer légèrement, notamment en ce qui concerne les contacts privés. Les entreprises resteront cependant ouvertes. Le cabinet ne fait que «les solliciter» pour limiter la production et, si possible, permettre le télétravail. Les écoles et les garderies doivent rouvrir le 1er février et offrent déjà des soins d'urgence, afin que les parents puissent aller travailler et être disponibles pour maintenir l'économie en marche.

Les récentes remarques sur la pandémie par l'ancienne cheffe du Parti de gauche et personnalité médiatique Sahra Wagenknecht démontrent à quel point le Parti de gauche est vraiment de droite. Dans sa chronique régulière pour le magazine Focus, Wagenknecht plaide, à l'instar de l'Alternative pour l'Allemagne d’extrême droite (AfD), contre les mesures de protection déjà en place et prône sous une forme à peine voilée une politique d'immunité collective.

Un confinement est «tout simplement le mauvais médicament» contre la pandémie, affirme-t-elle. Les restrictions en place depuis novembre et leur resserrement en décembre ont «apporté peu de soulagement dans les hôpitaux». Le commentaire selon lequel «sans ces mesures, les choses seraient certainement bien pires» est purement «spéculatif», a-t-elle déclaré. Au bout du compte, «il ne reste qu'un seul bilan: le confinement, comme il a été décidé, se révèle largement inefficace contre l'infection, mais a des conséquences dévastatrices pour l'économie et l'emploi, les centres-villes et la vie culturelle.»

Wagenknecht admet qu'«en dehors de la sphère privée, les transmissions les plus importantes ont lieu sur le lieu de travail et sur le chemin du travail». Mais elle rejette fermement la fermeture d'entreprises pour empêcher «des millions de personnes de se croiser chaque jour dans les bus et les trains et sur leurs lieux de travail [ …] Une telle voie réduirait certainement les chiffres d'infection, mais pour la situation économique et sociale de notre pays, ce serait encore plus problématique que la voie que nous avons suivie jusqu'à présent».

Comme tous les défenseurs de l'immunité collective, Wagenknecht suggère qu'au lieu de protéger l'ensemble de la population, seules les personnes âgées des maisons de retraite médicalisées devraient être protégées du virus – une mesure qui s'est avérée depuis longtemps irréalisable dans la pratique – permettant ainsi au reste de la population d'être infecté.

Elle critique même l'accent mis sur le développement de vaccins, déclarant: «Enfin, une stratégie alternative sensée consiste à ne plus se concentrer unilatéralement sur la promotion des vaccins quand on ne sait pas si la protection dure plus de six mois et s'il y a des effets secondaires inconnus pour l’instant qui sont particulièrement néfastes à long terme pour les jeunes.»

Au lieu de cela, a déclaré Wagenknecht, «des efforts beaucoup plus importants et beaucoup plus d'argent public auraient dû être investis dans le développement de médicaments qui préviennent les cas graves de coronavirus et limitent les dommages ultérieurs possibles».

Donc, sa proposition est la suivante: que la population tombe malade, tout en soulageant certains des symptômes et prenant des mesures symboliques pour protéger les personnes âgées. Cette même politique a coûté la vie à des dizaines de milliers de personnes en Suède, en Grande-Bretagne, aux États-Unis et dans d'autres pays. Mais Wagenknecht est convaincue que l'économie et le profit doivent primer sur la vie des gens. C'est l’essentiel de la politique de coronavirus du Parti de gauche.

(Article paru en anglais le 15 janvier 2021)

 

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