Arrêtez de dissimuler la tentative d'assassinat de Trudeau!

Publiez toutes les enquêtes internes sur l'attentat de Rideau Hall en juillet dernier!

Par Roger Jordan
14 janvier 2021

Le Parti de l'égalité socialiste (Canada) invite les travailleurs et tous ceux qui sont engagés dans la défense des droits démocratiques à se joindre à nous pour exiger que le gouvernement libéral ordonne à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et aux Forces armées canadiennes (FAC) de rendre publique immédiatement et intégralement leur enquête sur la tentative d'assassinat du premier ministre canadien Justin Trudeau en juillet dernier par un réserviste de l'armée inspiré par des opinions d'extrême droite.

Au petit matin du 2 juillet 2020, le réserviste Corey Hurren de la CAF a foncé avec son camion – chargé d’armes automatiques – dans la grille de Rideau Hall, le site de la résidence temporaire de Trudeau. Après l'arrestation de Hurren, à la suite de négociations avec la police qui ont duré plus d'une heure, les médias bourgeois et l'establishment politique se sont mis au travail pour minimiser et couvrir l'incident. Aujourd'hui, plus de six mois plus tard, un reportage du 8 janvier de la CBC a révélé que la GRC a mené à bien au moins deux enquêtes internes sur la tentative d'assassinat, qui sont toutes deux cachées au public. Seules certaines parties des conclusions de la GRC ont été publiées dans un résumé, et uniquement à la suite d'une demande d'accès à l'information.

Selon les informations limitées mises à la disposition des médias, Hurren prévoyait «d'arrêter» Trudeau. Ceci marque un changement par rapport au récit officiel initial de l'incident. Il avait été affirmé que le réserviste basé au Manitoba, qui était en service lorsqu'il a lancé son attaque, voulait simplement «parler» à Trudeau. «Le rapport préliminaire de la GRC indique qu'il cherchait à faire arrêter le premier ministre pour ses politiques relatives aux restrictions sur les armes à feu et les réponses à la COVID», a noté le résumé de l'enquête fourni à la CBC.

Justin Trudeau (Credit: Twitter)

Interrogée sur le contenu de l'enquête, Stéphanie Dumoulin, porte-parole de la division nationale de la GRC, a déclaré: «Bien que l'examen soit maintenant terminé, ce document est destiné à être utilisé uniquement à des fins d’application de la loi et ses conclusions ne sont donc pas destinées au public».

Il faut s'opposer activement à une telle dissimulation. Pour la première fois dans l'histoire moderne du Canada, un premier ministre en exercice a été visé par un assassinat. La population a le droit de savoir ce que la GRC et d'autres organismes d'État ont découvert sur les motivations politiques de Hurren, s'il a bénéficié de l'aide ou du soutien de l'armée ou de groupes d'extrême droite, y compris ceux qui étaient visiblement présents à Ottawa à ce moment, et ce qui s'est réellement passé pendant les 90 minutes d'interaction qu'il a eues avec les agents de la GRC sur les prémisses de Rideau Hall.

Hurren a été accusé d'avoir proféré une menace de mort ou de blessure corporelle à l'encontre de Trudeau, et il est visé par plus de 20 accusations liées aux armes à feu. Cela doit signifier que l'accusation dispose de preuves, écrites ou verbales, que Hurren a directement menacé d'attaquer le premier ministre. Une lettre qui aurait été trouvée en sa possession, et qui aurait pu contenir la menace, n'a jamais été publiée. Au lieu de cela, seuls des résumés sélectifs du document ont été fournis aux médias par des fonctionnaires anonymes. Parmi ceux-ci, Hurren a affirmé que Trudeau supervisait la création d'une «dictature communiste» au Canada. Une telle rhétorique reflète les paroles des partisans fascistes de Trump qui ont participé la semaine dernière à la tentative de coup d'État à Washington et qui ont qualifié Nancy Pelosi et d'autres démocrates de droite de «marxistes» et de «socialistes».

Tout ce qui est connu du public au sujet de l'attentat du 2 juillet 2020 montre qu'il est urgent de donner au public un accès complet à ce que les organismes d'État ont découvert à ce sujet.

Hurren a conduit son camion sur plus de 1600 km depuis le Manitoba rural pour atteindre Ottawa, ce qui montre que sa tentative d'assassinat était une initiative bien planifiée et réfléchie. De plus, elle a eu lieu un jour après le soi-disant «rassemblement de la fête du Dominion», une manifestation sur la colline du Parlement organisée par des extrémistes de droite le jour de la fête du Canada. Parmi les pancartes présentes au rassemblement figurait une photo de Trudeau debout sur une potence, une autre demandant la réintroduction de la peine de mort pour le premier ministre, et d'autres soutenant la violente conspiration d'extrême droite QAnon. Plusieurs des organisateurs ont soulevé la demande «d'arrestation» de Trudeau.

On ne sait pas si Hurren a participé au rassemblement. Mais il était bien connu pour ses opinions de droite et d'extrême droite, notamment pour son soutien à QAnon. Au milieu des années 2000, il a créé un site web promouvant des contenus d'extrême droite, dont le site Infowars publié par l'agitateur fasciste Alex Jones. En 2015, Hurren a écrit un article dans lequel il vante les états de service militaire de sa famille et déclare son soutien à l'expression «Canadien de souche», une expression politiquement chargée utilisée par la droite et l'extrême droite pour désigner les Canadiens blancs, chrétiens, anglophones ou francophones dont les ancêtres vivaient dans le pays il y a plusieurs générations.

Des preuves considérables ont également été mises en lumière concernant le large soutien aux opinions de droite et d'extrême droite au sein de l'unité militaire dans laquelle Hurren a servi. Le quatrième groupe de Rangers canadiens est responsable des patrouilles rurales en Colombie-Britannique, dans le nord de l'Alberta, en Saskatchewan et au Manitoba. Une enquête de la CBC sur cette unité a révélé que deux de ses membres faisaient partie de la milice d'extrême droite III Percent. Bien qu'ils aient fait l'objet d'une enquête il y a quatre ans déjà par les services de renseignement militaire, le ministère de la Défense leur a permis de continuer à servir. L'un d'eux, Erik Myggland, a décrit Trudeau comme un «sale traître». Jim Shockey, l'ancien colonel honoraire de l'unité, a écrit un article fin 2018, en violation de la politique militaire interdisant les commentaires publics sur des questions controversées, dénonçant les restrictions prévues par le gouvernement libéral sur la possession d'armes à feu.

Ce qui est déjà clair, c'est que Hurren était un défenseur de longue date des opinions politiques d'extrême droite, opérant dans un environnement militaire où de telles positions étaient ouvertement tolérées, voire activement encouragées. Il s'est rendu à Ottawa en même temps que des centaines d'extrémistes de droite convergeaient vers la capitale pour une manifestation qui demandait explicitement que Trudeau soit tué, et a mené sa propre attaque quelques heures plus tard.

Ces faits à eux seuls justifient amplement la demande d'une enquête approfondie et la publication de tout ce que l'on sait sur Hurren, ses motivations et ses éventuels co-conspirateurs. Cette demande est d'autant plus urgente que la tentative de coup d'État fasciste à Washington, incitée par le président Donald Trump mercredi dernier, a bénéficié d'un soutien important de la part de certaines parties de l'appareil d'État et des forces de sécurité. Bien qu'il reste encore beaucoup à découvrir sur les putschistes et leurs objectifs, il est clair qu'en prenant d'assaut le bâtiment du Capitole, ils espéraient prendre en otage des membres du Congrès pour servir de monnaie d'échange dans les négociations visant à retarder ou à faire dérailler l’investiture du président élu Biden. Le Parti de l’égalité socialiste (États-Unis) fait campagne pour une enquête publique complète sur le coup d'État afin de dénoncer les conspirateurs, y compris leurs complices à la direction du Parti républicain et dans l'armée, dans le cadre de la lutte pour mobiliser la classe ouvrière afin d'empêcher un futur putsch antidémocratique.

De nombreux groupes d'extrême droite qui ont joué un rôle de premier plan dans la violente insurrection à Washington, notamment la milice III Percent et les Proud Boys, sont très présents au Canada. Selon le Journal de Montréal, le Parti action culturelle du Canada, une organisation d'extrême droite basée à Vancouver, a réagi à la tentative de coup d'État en jurant de lancer une insurrection similaire au Canada si Trudeau était élu pour un troisième mandat. Il est indéniable que d'autres groupes d'extrême droite au Canada tireront profit de l'insurrection fasciste de la semaine dernière.

Dans ces conditions, l'ensemble de l'establishment politique garde un silence criminel sur l'affaire Hurren. Pas une seule personnalité politique n'a pris la peine de répondre à la révélation de la CBC concernant l'intention de Hurren «d'arrêter» Trudeau et le fait que la GRC dissimule ses enquêtes au public. Cela correspond aux efforts de l'élite au pouvoir depuis la tentative d'assassinat de Trudeau par Hurren pour minimiser et banaliser l'événement, notamment en présentant le réserviste militaire comme mentalement instable. Ils s'opposent vigoureusement à un examen public de l'étendue du soutien de l'extrême droite au sein de l'armée, car cela irait à l'encontre de leurs affirmations de propagande sur les Forces armées canadiennes qui font la guerre pour défendre les «droits de l'homme» et la «démocratie» dans le monde.

En réalité, la tentative d'assassinat de Trudeau par Hurren exprime le fait que la menace de violence d'extrême droite et fasciste existe au Canada tout comme aux États-Unis. L'accroissement des inégalités sociales et la détermination de l'élite dirigeante à protéger les richesses des super-riches l'obligent à se tourner de plus en plus ouvertement vers des formes de gouvernement autoritaires, y compris la promotion de l'extrême droite. La preuve la plus flagrante en est la pandémie de coronavirus, où tous les partis de l'establishment ont soutenu la politique meurtrière consistant à maintenir ouverts de larges pans de l'économie et des écoles, permettant ainsi au virus de se propager pour ne pas mettre en péril les profits des sociétés.

S'il y a une telle réticence à demander une enquête publique sur l'attaque de Hurren de la part de ces milieux, c'est principalement parce que cela montrerait que beaucoup des idées politiques qu'il a adoptées sont promues par des sections de l'establishment politique canadien. Les conservateurs de l'opposition officielle ont des liens étroits avec le média d'extrême droite Rebel Media, qui est connu pour sa couverture positive de l'émeute fasciste pro-Trump à Charlottesville, en Virginie, en 2017. Au Québec, l'ensemble de l'élite politique, y compris la pseudo-gauche Québec solidaire, a créé un climat brutal d'islamophobie et de chauvinisme anti-immigrés au cours de la dernière décennie, qui a nourri les forces d'extrême droite et les forces fascistes, y compris le tireur d'extrême droite qui a tué six fidèles dans une mosquée de Québec en janvier 2017. Des voyous d'extrême droite aux vues similaires à celles de Hurren ont également été déployés par des employeurs pour intimider les travailleurs lors de conflits de travail, notamment lors du lock-out de FCL à Regina, en Saskatchewan.

Craignant une explosion massive de l'opposition sociale, surtout de la part de la classe ouvrière, la bourgeoisie canadienne cultive des forces d'extrême droite et carrément fascistes qu'elle utilise comme troupes de choc. La classe ouvrière doit dénoncer ces liens, qui ont déjà enhardi l'extrême droite, et les conspirations auxquelles ils donnent lieu. L'exigence de la divulgation complète de tout ce qui est connu sur l'attaque de Hurren et les activités des groupes d'extrême droite auxquels il était associé est essentielle pour alerter et mobiliser la population afin de contrer la menace croissante qui pèse sur ses droits démocratiques. La seule façon de se battre pour cette demande et de défendre les droits démocratiques au Canada et à l'échelle internationale est la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière, armée d'un programme socialiste.

(Article paru en anglais le 12 janvier 2021)

 

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