L’extension du virus au Royaume-Uni et en Irlande nourri par la nouvelle variante du COVID-19

Par Robert Stevens
13 janvier 2021

Le médecin en chef du Royaume-Uni, Chris Whitty, a fait cette déclaration effrayante lundi: «Les prochaines semaines vont être les pires semaines de cette pandémie en termes de nombre d’admissions au NHS [Service national de santé]».

Whitty s’est exprimé deux jours après que le Royaume-Uni ait franchi le triste cap des 80.000 décès dus à la COVID-19, alors que les cas confirmés en laboratoire atteignaient plus de trois millions. Les 1.035 décès de samedi ont porté le total à 80.868, selon l’estimation du gouvernement des personnes mortes dans les 28 jours suivant un test Covid positif.

Au cours des trois dernières semaines, le Royaume-Uni et l’Irlande ont dépassé le nombre de nouveaux cas quotidiens par habitant aux États-Unis, alimenté par la nouvelle variante de COVID-19 connue sous le nom de B.1.1.7.

Les scientifiques aux États-Unis et dans le monde entier ont averti que cette augmentation était un signal d’alarme pour le reste du monde. «Je n’ai jamais vu une courbe de pandémie comme celle-ci», a déclaré l’ancien directeur du CDC (Centre de contrôle des maladies), le Dr Tom Frieden. «La variante B.1.1.7 se répand comme une traînée de poudre au Royaume-Uni et en Irlande. Si elle se répand ici, elle aggravera encore une situation déjà mauvaise».

Le nombre réel de décès dus à la COVID s’élève au Royaume-Uni à près de 100.000. Les chiffres publiés samedi par les agences de statistiques en Angleterre, au Pays de Galles, en Écosse et en Irlande du Nord pour les décès où figure le Covid-19 sur le certificat de décès – y compris les données sur les décès de ces derniers jours – montrent qu’il y a eu 95.000 décès impliquant le Covid-19 en Grande-Bretagne.

Les 529 décès de lundi ont porté le nouveau bilan officiel à 81.960 morts et le chiffre réel à plus de 96.000 ; cette semaine, le Royaume-Uni dépassera les 100.000 morts. On a signalé lundi 46.169 autres cas positifs, malgré l’accalmie du week-end, ce qui porte le nombre total de cas à 3.118.518.

Londres et le sud-est de l’Angleterre sont l’épicentre de la pandémie, mais celle-ci fait rage dans tout le pays. Lundi, le responsable du NHS en Angleterre, Sir Simon Stevens, a déclaré qu’un quart des admissions pour coronavirus à l’hôpital concernaient des personnes de moins de 55 ans. Témoignant devant la Commission des comptes publics au Parlement, il a déclaré: «À Londres, une personne sur 30 est peut-être atteinte du coronavirus, dans certaines parties de Londres, ce chiffre pourrait être le double. Si vous regardez dans d’autres régions d’Angleterre, le problème est que le coronavirus est à nouveau en hausse. Dans le Merseyside, la semaine dernière, le nombre d’hospitalisations dues au Covid a encore augmenté de 50 pour cent».

Personnes faisant la queue pour recevoir un vaccin Covid-19 dans les locaux NHS Nightingale au Centre Excel, Londres, lundi 11 janvier 2021. (Jeremy Selwyn/Pool via AP)

S’exprimant à l’émission de radio Today de la BBC, Whitty a souligné que la nouvelle souche de coronavirus, détectée pour la première fois dans le Kent (sud-est de l’Angleterre), est désormais dominante. La « nouvelle variante est transmise exactement de la même manière que l’ancienne mais la probabilité de transmission en cas d’interaction quelconque a augmenté avec cette nouvelle variante qui est maintenant dominante dans une grande partie du pays ».

«Cette nouvelle variante exacerbe vraiment les choses d’une manière dont l’ancienne, qui était déjà très grave, était incapable. Nous avons donc un problème très important… c’est un problème sérieux et il s’aggrave dans toutes les régions d’Angleterre».

Le confinement national mis en place la semaine dernière est bien plus limité que celui qu’on avait appliqué pendant les quelques mois qui ont suivi le 23 mars dernier, et il entraîne une recrudescence des infections.

Environ 10 millions de personnes sont classées comme «travailleurs-clés» et travaillent comme d’habitude. Mais le gouvernement insiste également pour que des millions d’autres travailleurs, qui sont parents d’élèves de maternelle, aillent également travailler. Les écoles primaires et secondaires ont adopté l’enseignement à distance pour la plupart des élèves, mais les entreprises nationales insistent pour que les parents continuent de se présenter au travail.

Vendredi dernier, le Guardian a publié une étude réalisée par Teacher Tapp, qui a révélé qu’«une école primaire sur six en Angleterre avait déclaré que 30 pour cent ou plus de ses élèves étaient effectivement présent en classe cette semaine. Bien plus que la première semaine de fermeture du mois de mars». Cette étude cite les commentaires de directeurs d’école selon lesquels les écoles étaient «remplies» d’élèves. Elle note qu’«au niveau national, les chiffres équivaudraient à plus de 2.500 écoles primaires en Angleterre ayant un tiers ou plus de leurs élèves dans leurs salles de classe. Plus de 300 de ces écoles ont déclaré qu’au moins la moitié de leurs élèves les fréquentaient en présentiel».

Le gouvernement et les médias ont déversé un flot de propagande accusant la population d’enfreindre les règlements de confinement et de provoquer la propagation du virus.

Même alors qu’il mettait en garde contre la nouvelle propagation d’une maladie mortelle, signalant qu’actuellement plus de 30.000 personnes étaient hospitalisées avec le COVID-19, presque le double du pic de 18.000 en avril, Whitty déclara : «ce sont les choix individuels qui comptent plus que les règles à ce stade du jeu».

C’est là une diffamation de la population visant à blanchir la politique d’immunité collective meurtrière suivie par le gouvernement de Boris Johnson depuis le début de la pandémie. Ses affirmations sont démenties par les images des nœuds de transport, comme les principales gares de Londres, vides la plupart du temps, les travailleurs n’utilisant les transports que pour l’aller et retour au travail.

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Légende: La gare de Liverpool Street désertée à Londres le dimanche soir alors qu’elle devrait normalement grouiller de passagers (crédit: WSWS média)

Les seules mesures jamais mises en place par le gouvernement pour restreindre la transmission – y compris son confinement de mars dernier – le furent parce qu’il y avait été contraint par des millions de travailleurs. Les dernières fermetures d’écoles ont eu lieu uniquement parce que les enseignants et le personnel auraient sinon quitté le travail en masse.

Les crèches et les écoles spécialisées restent entièrement ouvertes pendant le confinement actuel afin de garantir que les parents d’enfants dans ces établissements puissent continuer à faire des profits pour les entreprises. Ces enfants, principalement issus de familles pauvres, ne pouvant pas apprendre à distance parce qu’ils n’ont pas de dispositifs électroniques, de connexion wifi ou d’espace pour étudier, sont obligés de suivre les cours en présentiel.

Whitty a même admis que voir les parents au travail et non à la maison pour s’occuper des enfants, était la principale raison. «Je pense que la raison pour ouvrir les écoles maternelles est de permettre aux personnes ayant besoin d’aller travailler ou d’effectuer des activités particulières, de le faire. Nous savons tous que les enfants ont un très, très faible risque avec ce virus par rapport aux autres âges… Le fait que les écoles maternelles soient ouvertes, n’est pas un risque pour les enfants». Les commentaires de Whitty selon lesquels les crèches étaient sûres sont un mensonge, Johnson ayant admis la semaine dernière que les écoles étaient des vecteurs de transmission du virus.

Les hôpitaux nationaux sont débordés par un afflux massif de patients atteints de Covid. Le Financial Times notait lundi que «les hôpitaux britanniques [étaient] parmi les plus remplis d’Europe avec des patients atteints de Covid-19…». Cette situation s’aggrave avec l’armée croissante de travailleurs de la santé frappés par le virus ou devant s’isoler lorsque des membres de leur famille sont testés positifs. Le président de l’Association médicale britannique, Chaand Nagpaul, a écrit la semaine dernière: «Plus de 46.000 membres du personnel hospitalier sont malades à cause du Covid-19» ; cela «exerçait une pression supplémentaire sur une main-d’œuvre déjà surchargée qui lutte pour ne serait-ce que pour gérer la demande actuelle de soins critiques».

Le Guardian a rapporté samedi que «dans tout le pays, les hôpitaux, les cabinets des généralistes et les maisons de soins rapportent des niveaux anormalement élevés d’absences du personnel. Dans le Kent, l’une des régions les plus durement touchées du sud-est de l’Angleterre, environ 25 pour cent du personnel clinique et administratif serait absent. John Allingham, directeur médical du comité médical, qui représente les médecins généralistes du comté, a déclaré que dans certains cabinets, jusqu’à la moitié du personnel était absent, ce qui avait un impact sur les vaccinations».

Le gouvernement annonce en fanfare l’ouverture de sept centres de vaccination de masse cette semaine, même s’il admet que tous les adultes n’auront pas reçu de vaccin avant l’automne – une affirmation que personne ne devrait croire. L’un des sept centres est situé à l’hippodrome d’Epsom Downs dans le Surrey. Pourtant, à un peu plus de huit kilomètres de là, à Leatherhead, 170 corps sont conservés dans la morgue temporaire de Headley Court.

Le Forum local de résilience du Surrey, rapporte le Guardian, a déclaré que la moitié des personnes gardées là sont mortes du Covid-19. On y stocke les corps car «les morgues des hôpitaux du comté ont la capacité de stocker 600 corps, mais sont actuellement pleines, alors que l’installation temporaire a de la place pour 800».

Le gouvernement refuse toujours de mettre en œuvre des mesures sérieuses de confinement. Lundi, Hancock a donné une conférence de presse où il a exhorté les gens à «suivre les règles». Il a demandé aux supermarchés d’insister sur le port du masque par les clients et a fait une vague déclaration comme quoi le gouvernement n’avait «pas peur» de renforcer les règles. Stephen Powis, directeur médical national du NHS en Angleterre, a admis que la «pression significative et soutenue» sur les hôpitaux avait lieu alors qu’on «n’avait pas encore vu» l’impact du relâchement des restrictions à Noël.

(Article paru d’abord en anglais le 12 janvier 2021)

 

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