Mobilisons les travailleurs contre la conspiration de Trump! Préparez une grève générale politique!

Par le Parti de l’égalité socialiste (USA)
12 janvier 2021

Près d'une semaine après l'insurrection fasciste du 6 janvier à Washington, des menaces de violences fascistes pèsent sur les États-Unis, en particulier le jour de l'inauguration, le 20 janvier.

L'État déclare que la menace est sérieuse. Le chef du Bureau de la Garde nationale a annoncé lundi qu'entre 10 et 15.000 soldats seraient mobilisés à Washington le week-end prochain, avant l'inauguration.

Selon un mémo interne du FBI publié hier par ABC News, des manifestations armées sont prévues dans les capitales des cinquante États et à Washington D.C., par des groupes d'extrême-droite. «Le FBI a reçu des informations sur un groupe armé identifié qui a l'intention de se rendre à Washington D.C. le 16 janvier», indique ce mémo. «Il a averti que si le Congrès tentait de retirer POTUS [Trump] via le 25ème amendement, un énorme soulèvement aurait lieu.»

Un autre mémo du FBI, obtenu par Yahoo News, identifie de tels plans dans l’État du Michigan, au Minnesota et ailleurs pour le 17 janvier. Au Michigan, des militants d'extrême-droite «Boogaloo» auraient « discuté de l'utilisation d'un dispositif à base d'essence avec un fil déclencheur » pour « faire diversion pendant que d'autres personnes "prennent" la capitale ». Le Michigan a été le centre d'une conspiration fasciste visant à kidnapper et assassiner la gouverneure de l'État et qui a été révélé en octobre dernier.

La classe ouvrière, les jeunes et toutes les forces progressistes doivent prendre ces menaces très au sérieux.

Pittsburgh rally to protest the death of George Floyd. (AP Photo/Gene J. Puskar)

La classe ouvrière doit réagir par une grève générale aux tentatives de l'extrême droite, incitées par le criminel politique Donald Trump et ses complices parmi les sénateurs Républicains du Congrès, de menacer la vie des élus et de saisir des bâtiments gouvernementaux et d’autres sites stratégiques à Washington D.C. ou dans les capitales des États de tout le pays.

La menace de violence le jour de l'investiture survient sur fond d’indications que l'insurrection du 6 janvier bénéficie d'un soutien de haut niveau au sein du Parti républicain et de sections de l'appareil militaro-policier. Le siège du Capitole a été facilité par le retrait effectif de la police du Capitole et les retards, sur ordre des partisans de Trump au Pentagone, dans l’envoi de la Garde nationale.

Le représentant démocrate Jason Crow, membre de la Commission des armées à la Chambre, a fait état d'un entretien avec le secrétaire de l'Armée Ryan McCarthy dimanche. McCarthy a dit à Crow que «des armes d'épaule, des cocktails Molotov, des explosifs et des menottes avaient été récupérés [après le raid sur le Capitole], une catastrophe plus importante a été évitée de justesse.»

Crow a ajouté qu'il «a exprimé de graves inquiétudes concernant les informations selon lesquelles des militaires d'active et de réserve étaient impliqués dans l'insurrection», et qu’il voulait s’assurer que les «les troupes déployées pour l'inauguration ... ne sont pas favorables aux terroristes nationaux.»

Les tendances de pseudo-gauche qui disent qu’il ne faut pas exagérer la gravité des événements à Washington et qu'il est faux de parler de coup d'État, sont dangereusement complaisantes. Le magazine Jacobin, lié aux Socialistes Démocrates d'Amérique (DSA), critique les «publications des réseaux sociaux et des magazines libéraux de référence [qui] ont immédiatement qualifié le déchaînement de coup d'État.»

Jacobin affirme que le danger de violence fasciste est minime, car la classe dirigeante soutiendrait la démocratie: «La prise du Capitole a mis en évidence le manque de soutien à l'autoritarisme d'extrême droite, tant parmi les élites des entreprises qu'au sein des institutions de l'État. Le capital, semble-t-il, est toujours attaché à la démocratie libérale, qui a servi à sauvegarder ses intérêts tout au long de l'histoire américaine.»

De tels commentaires reflètent à la fois la stupidité politique et la complaisance qui caractérise les couches privilégiées de la classe moyenne supérieure que représente Jacobin. L’action autoritaire de Trump est déconnectée, selon Jacobin, des intérêts de classe de l'oligarchie financière et des inégalités sociales massives qui ont sapé la base objective de la démocratie. La polarisation sociale est parvenue au point d’explosion suite à la pandémie, qui a fait plus de 385.000 morts aux États-Unis.

Un autre aspect de la sous-estimation complaisante de la crise politique et des dangers posés par la tentative de coup d'État de Trump a été la réaction à la fermeture du compte Twitter de Trump ce week-end. Considérer cette action comme la principale menace pour les droits démocratiques, dans les circonstances actuelles, exprime une sous-estimation totale des événements.

Trump n'est pas un simple individu, et encore moins le représentant d'un mouvement dissident progressiste et de gauche. Il est commandant en chef des forces armées des États-Unis et dispose de pouvoirs énormes, y compris celui de lancer une guerre nucléaire, en tant que président. Il est politiquement irresponsable, voire insensé d’insister sur son accès illimité à Twitter – pour qu'il puisse mobiliser et inciter ses partisans fascistes dans tout le pays – comme s'il s'agissait d'une question essentielle de liberté d'expression. Et s'il est inadmissible de fermer son compte Twitter, il doit être doublement inadmissible d'exiger son éloignement immédiat de la Maison Blanche et sa mise en arrestation! Les cyniques réactionnaires de pseudo-gauche devraient être moins préoccupés par les droits de Trump, et plus par la défense des droits démocratiques de la classe ouvrière.

Il est sans doute vrai que l'administration Biden sera un gouvernement droitier de Wall Street, du renseignement et de l'armée. Mais la tâche de combattre un gouvernement bourgeois réactionnaire incombe à la classe ouvrière, et non pas à un dictateur de droite mobilisant des forces fascistes.

La classe ouvrière doit intervenir dans la crise de manière indépendante, en menant une lutte contre le fascisme avec ses propres méthodes et avec son propre programme.

On ne peut faire confiance à une quelconque partie de la classe dominante pour défendre les droits démocratiques. Les opposants de Trump au sein de la classe dirigeante sont parfaitement conscients que l'incitation par Trump de violences fascistes risque de déclencher une guerre civile. Mais ils s’inquiètent bien plus d’étouffer l'opposition à Trump, qui menace de se développer dans ce qu'ils craignent le plus: un mouvement de la classe ouvrière contre le capitalisme.

C'est pour cela que les démocrates veulent séparer la question du rôle de Trump dans l'incitation au coup d'État fasciste du contexte politique plus large. Biden en particulier, en tant que chef du Parti démocrate, fait tout ce qu'il peut pour défendre le rôle institutionnel du Parti républicain, dont les dirigeants ont fourni une couverture politique au complot, en légitimant les affirmations de Trump que l'élection aurait été volée.

Dans ses seules déclarations publiques depuis le coup d'État, Biden a dit son attachement à un Parti républicain «fort». Il a salué le chef de la majorité Républicaine au Sénat, Mitch McConnell, en disant qu'il était «très fier» des déclarations de McConnell le jour du coup d'État, quand il a appelé le Congrès à reconnaître la victoire de Biden.

L'initiative Démocrate de lancer une procédure de destitution contre Trump à la Chambre des représentants, qui pourraient avoir lieu dès demain, fait elle-même partie de cet effort. La procédure inclut diverses réserves visant à garantir que cette mise en accusation n'aura aucun effet pratique. Des dirigeants démocrates, menés par un proche allié de Biden, James Clyburn, demandent à la Chambre d'attendre plusieurs mois avant d'envoyer la procédure de destitution au Sénat. Ceci signifie qu'elle n'aurait aucun impact sur les jours restants du mandat de Trump.

Si la Chambre envoie immédiatement le texte de la procédure au Sénat, McConnell – l’homme de main de Trump, salué par Biden – a déclaré qu'il ne convoquerait pas de procès avant le 19 janvier, la veille de l'investiture.

Malgré l’importance indubitable du rôle personnel de Trump, il fait partie d'une conspiration politique bien plus large, impliquant des responsables nationaux et locaux du Parti républicain et de l'appareil militaro-policier. Biden a explicitement rejeté les appels à la démission des sénateurs Ted Cruz et Josh Hawley, et donc aussi les appels à leur arrestation immédiate, pour complicité politique dans le coup d'État. Aucun appel n’a été lancé à l'arrestation immédiate de Rudolf Giuliani, des fils et des avocats de Trump, ou de ceux ayant immédiatement incité à la tentative de coup d’État.

Le coup d'État fasciste du 6 janvier marque une nouvelle étape dans la crise de la démocratie américaine. Il faut en tirer les leçons. C’est l'expression d'un effondrement complet de la société capitaliste américaine. On ne peut combattre la menace du fascisme sans reconnaître qu'il s'agit d'un mouvement social qui naît sur la base d'une crise profonde de l'ordre économique existant. Par le biais du fascisme, les élites dirigeantes tentent de canaliser le mécontentement social vers un mouvement réactionnaire dirigé contre la classe ouvrière.

L'antidote politique au fascisme est le développement d'un mouvement politique de masse de la classe ouvrière pour le socialisme. De plus, dans la mesure où la classe ouvrière se déclare dans ce combat, elle sera considérablement renforcée par une lutte contre le Parti démocrate et l’administration Biden.

Le Parti de l’égalité socialiste appelle les travailleurs à répondre à la violence fasciste avant et durant le 20 janvier par la préparation d'une grève générale. Il faut développer un réseau de comités de base dans les usines et les lieux de travail, et dans chaque quartier et ville, afin de mobiliser et d’unifier toutes les sections de la classe ouvrière.

Les travailleurs doivent rejeter tout effort visant à injecter dans cette crise politique la lutte et la division raciales, notamment les affirmations des démocrates que le coup d'État fasciste est une manifestation de la «blancheur» et non pas des intérêts de l'oligarchie financière. Ce récit ne fait qu’apporter de l’eau au moulin des fascistes. Aux États-Unis, les travailleurs de toutes les races et ethnies travaillent côte à côte. Ils sont confrontés à une crise sociale et économique commune et à des ennemis communs dans l'élite dirigeante capitaliste.

Il faut lier l'opposition populaire à la tentative de destruction des droits démocratiques par la classe dirigeante à la revendication d'une enquête complète, ouverte et publique sur le coup d'État du 6 janvier. Tous ceux qui ont participé à l'organisation de cette opération et lui ont donné une couverture politique doivent être démis de leurs fonctions, arrêtés et poursuivis.

Même si Biden, sous la garde de milliers de soldats et de policiers armés, prête le serment d'entrée en fonction le 20 janvier et se rend à la Maison Blanche, la crise ne sera pas passée. La démocratie américaine est à l’agonie.

Il n’y aura aucune issue progressive à cette crise en dehors de la construction d'un puissant mouvement de la classe ouvrière, en alliance avec la classe ouvrière du monde entier, pour le socialisme.

Tous ceux qui reconnaissent l'urgence de construire ce mouvement devraient rejoindre le Parti de l'égalité socialiste.

 

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