Elon Musk devient la personne la plus riche du monde tandis que le nombre de décès dus à la pandémie bat des records

Par Jessica Goldstein et Tom Hall
13 janvier 2021

La semaine dernière, Elon Musk, fondateur et PDG de Tesla et SpaceX, a dépassé Jeff Bezos, PDG d'Amazon, pour devenir l'homme le plus riche de la planète, avec une valeur nette de 189 milliards de dollars.

Bezos et Musk sont devenus les porte-étendards de l'enrichissement massif des milliardaires du monde entier au cours de la pandémie. Depuis le début de l'année dernière, les 500 personnes les plus riches du monde ont augmenté leur richesse de 1,8 billion de dollars, et les milliardaires du monde possèdent maintenant plus de 10 billions de dollars de richesse pour la première fois dans l'histoire.

Elon Musk à son usine de Tesla à Fremont, en Californie (Source: Wikimedia Commons)

Bezos et Musk représentent à eux seuls une part importante de cette augmentation. Depuis mars 2020, Jeff Bezos a augmenté sa richesse d'environ 72 milliards de dollars, selon Forbes. Cependant, la richesse de Musk a augmenté de 165 milliards de dollars au cours d'une année qui a été marquée par des niveaux extraordinaires de souffrances et de morts en masse aux États-Unis et dans le monde entier.

Le jour même où Musk est devenu la personne la plus riche du monde, 4245 personnes sont mortes des suites de la COVID-19 aux États-Unis, selon Worldometer. À la fin de l'année, selon le ministère américain du Travail, 10,7 millions de travailleurs américains étaient toujours officiellement au chômage, et selon l'analyse des données du recensement par l'Economic Policy Institute, 50 millions d'Américains, dont 17 millions d'enfants, avaient souffert de la faim en raison des effets de la pandémie sur l'économie.

Il convient de noter, avant d'aller plus loin, que la réaction de l'homme nouvellement couronné le plus riche du monde à la tentative de coup d'État sans précédent de la semaine dernière par le président Donald Trump a été de publier une série de mèmes stupides et incohérents sur Twitter. Musk a traité l'événement, qui impliquait une participation de haut niveau de l'État et qui aurait visé à kidnapper et même à assassiner des démocrates de haut rang, comme l'occasion de plaisanteries sournoises.

La meilleure interprétation possible est que Musk, qui possède aujourd'hui une richesse supérieure au PIB annuel de l'Irak, est un ignorant inculte. Cela est certainement vrai. Mais étant donné la relation étroite entre Musk et l'administration Trump – il a siégé au conseil consultatif du président sur les affaires en 2017 et a loué le soutien de Trump à ses entreprises commerciales lors des élections de 2020 – cela pourrait bien indiquer son soutien à la tentative de renversement violent de la Constitution américaine, ou du moins une attitude «attentiste».

De plus, le tweet de Musk, au début de l'année dernière, qui s'en prenait maladroitement à Karl Marx, est une indication de la nervosité intense, tant de Musk que de l'oligarchie financière et patronale dans son ensemble, que les niveaux d'inégalité sans précédent dans la société américaine et mondiale produiront inévitablement une réaction révolutionnaire de la classe ouvrière. Trump lui-même s'est présenté pendant des années comme le seul rempart entre les États-Unis et le socialisme.

Mais quels que soient les calculs immédiats de Musk, la poussée vers le fascisme est le résultat inévitable des niveaux d'inégalité stupéfiants qui existent aux États-Unis et dans le monde entier, ce qui est incompatible avec les formes de gouvernement démocratiques. La réponse des deux partis à la pandémie, qui a consisté à canaliser des billions de dollars vers Wall Street tout en forçant les travailleurs à retourner sur des lieux de travail dangereux, peut se résumer à sacrifier des centaines de milliers de vies humaines aux profits de Wall Street.

Musk n'est pas seulement un bénéficiaire de ces politiques, mais il a joué un rôle de premier plan dans leur mise en œuvre. En mai dernier, Musk a violé les ordres de confinements et a maintenu l'usine d'assemblage de Tesla à Fremont, en Californie, en pleine activité.

À l'époque, Musk ne possédait «que» 40,1 milliards de dollars et était la 22e personne la plus riche du monde. Malgré cette effrontée violation de la loi, les démocrates californiens n'ont rien fait. Trump a tweeté en soutien, «La Californie devrait laisser Tesla & @elonmusk ouvrir l'usine, MAINTENANT. Cela peut être fait rapidement et en toute sécurité!» Il s'agissait d'une étape majeure dans la réouverture de l'industrie automobile américaine, après sa fermeture pendant des mois à la suite d'une vague de grèves sauvages à la mi-mars.

Peut-être plus que quiconque, Musk personnifie le caractère parasitaire de l'oligarchie financière et patronale qui domine la société.

La richesse de Musk est presque uniquement le produit de la bulle boursière. Les activités commerciales réelles de Musk sont relativement insignifiantes. La principale source de sa richesse est ses parts dans Tesla, une société de véhicules électriques qui compte pour moins d'un pour cent du marché automobile mondial. Tesla a livré 499.550 voitures en 2020, soit moins que son objectif annuel de 500.000 véhicules, selon le site Internet Motley Fool.

En revanche, Toyota a produit 8,8 millions de véhicules dans le monde au cours de l'année fiscale 2019-2020, les ventes en gros de véhicules Ford ont atteint 1,18 million d'unités individuelles au troisième trimestre de l'année dernière et General Motors a vendu 2,5 millions de véhicules au total dans le monde en 2020.

Néanmoins, les actions de Tesla, le constructeur de voitures électriques basé en Californie, ont clôturé à 816,04 dollars jeudi, une augmentation de 8 % par rapport à la veille et de 20 % dans l'ensemble au cours de la première semaine de 2021. Au cours de l'année dernière, le cours de l'action a grimpé de plus de 720 %. La société elle-même a atteint une valeur de marché de plus de 760 milliards de dollars, selon BBC News: «plus que la valeur totale du marché des constructeurs automobiles Toyota, Volkswagen, Hyundai, [General Motors] et Ford réunis».

De plus, Tesla n'est même pas particulièrement rentable. Le mois dernier, Musk a envoyé un courriel désespéré à la direction pour demander à Tesla de trouver des moyens de réduire les coûts de toutes les manières possibles. «Lorsque l'on regarde notre rentabilité réelle, elle est très faible, autour de 1% pour l'année écoulée. Les investisseurs nous accordent beaucoup de crédit pour la rentabilité future, mais si, à un moment donné, ils concluent que cela ne se produira pas, notre action sera immédiatement écrasée comme un soufflé sous une masse!»

La hausse des actions de Tesla hors de toute proportion avec ses activités productives réelles est tellement irréelle que le correspondant technologique de la BBC, Rory Cellan-Jones, l'a dit sans ambages: «Croire que la valeur du constructeur de voitures électriques puisse augmenter aussi rapidement en seulement 12 mois est l'exemple ultime d'une exubérance irrationnelle.»

Cependant, et cela joue sans doute un rôle important dans l'adhésion de Wall Street à Tesla, ses 48.000 travailleurs sont parmi les plus exploités de l'industrie. Les ouvriers de son usine principale de Fremont, en Californie, gagnent entre 14 et 23 dollars de l'heure, selon Glassdoor.com, ce qui suffit à peine à payer le loyer mensuel d'un appartement de deux chambres à coucher dans la ville de la Bay Area. Ils travaillent jusqu'à 12 heures par jour, dans des conditions qui ont conduit à un taux de blessures si élevé pour les travailleurs que l'usine de Musk a été documentée comme l'un des endroits les plus dangereux pour travailler aux États-Unis par le Conseil national pour la santé et la sécurité au travail.

Quant à la société de fusées SpaceX, elle est le forum dans lequel Musk donne libre cours aux illusions aristocratiques de posséder un jour personnellement la planète Mars tout entière. Le jour même où il devenait la personne la plus riche du monde, Musk a proposé de vendre la plupart de ses biens, à l'exception de toutes ses actions, afin de construire une ville coloniale sur Mars par le biais de SpaceX. Les conditions de service des services Internet à large bande par satellite de SpaceX contiendraient des dispositions – de légalité douteuse – exigeant que les abonnés reconnaissent que Mars est une planète «libre» et «autonome».

Musk a également proposé une servitude sous contrat comme moyen pour les futurs colons de réserver un passage pour la planète rouge, déclarant dans une interview avec Axel Springer qu'il prévoyait d'envoyer des gens sur Mars avec des «prêts disponibles pour ceux qui n'ont pas d'argent» pour les voyages dans l'espace et des emplois pour faire disparaitre les immenses dettes. Le programme spatial habité des États-Unis, quant à lui, a été largement réduit à une entreprise de marketing et de profits pour Musk et d'autres.

L'essor rapide de Musk est l'incarnation d'un ordre social et économique, le capitalisme, qui s'est tellement éloigné des besoins de la société qu'il «doit provoquer une protestation sociale et une opposition politique sans compromis», comme l'a déclaré le World Socialist Web Site dans sa déclaration du Nouvel An. La société ne peut plus tolérer l'accumulation d'une telle quantité de richesses, qui trouve sa source dans l'exploitation de la classe ouvrière, dans les mains de si peu de gens.

La réponse de la classe ouvrière doit être de développer un mouvement politique indépendant pour exproprier ces richesses et les utiliser dans l'intérêt de la société, au lieu des intérêts égoïstes de la classe dominante. Tel est le programme du socialisme.

(Article paru en anglais le 11 janvier 2021)

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30 juillet 2020

 

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