Des B-52 survolent le golfe Persique alors que Washington intensifie la menace d’une guerre contre l'Iran

Par Bill Van Auken
4 janvier 2021

Pour la troisième fois en un peu plus d'un mois, le Pentagone a envoyé une paire de bombardiers lourds à longue portée B-52 «Stratofortress» dans le golfe Persique, dans une menace de guerre contre l'Iran. Cette menace s'intensifie régulièrement sur ordre du président américain Donald Trump, qui continue à exiger l'annulation des résultats de l'élection présidentielle américaine de novembre.

Les avions de guerre, qui sont capables de lancer des armes nucléaires et conventionnelles, ont survolé le Golfe à basse altitude après un ravitaillement en vol au-dessus de la Méditerranée orientale au cours d'un vol aller-retour de 30 heures depuis leur base du Dakota du Nord. Ils étaient escortés par un escadron d'avions de chasse F-16.

A U.S. Air Force B-52H “Stratofortress” from Minot Air Force Base, N.D., is refueled by a KC-135 “Stratotanker” over the Persian Gulf. (Senior Airman Roslyn Ward/U.S. Air Force via AP)

Sans citer nommément l'Iran, le chef du Commandement central américain (CENTCOM), qui supervise les opérations militaires américaines dans tout le Moyen-Orient, n'a laissé aucun doute quant à la cible du déploiement provocateur du bombardier.

«Les États-Unis continuent à déployer des capacités prêtes au combat dans la zone de responsabilité du Commandement central américain afin de dissuader tout adversaire potentiel et de montrer clairement que nous sommes prêts et capables de répondre à toute agression dirigée contre les Américains ou nos intérêts», a déclaré le commandant du CENTCOM, le général Frank McKenzie, en annonçant le survol du Golfe. «Nous ne cherchons pas le conflit, mais personne ne doit sous-estimer notre capacité à défendre nos forces ou à agir de manière décisive en réponse à toute attaque.»

Les vols de B-52 ne sont qu'une partie de l'inquiétante préparation militaire américaine dans la région. La semaine dernière, la marine a envoyé le sous-marin nucléaire USS Georgia, armé de missiles de croisière, avec les navires de guerre qui l'accompagnent, dans le golfe Persique, rejoignant ainsi le groupe de frappe du porte-avion USS Nimitz déjà déployé dans cette région.

Les médias israéliens et d'autres médias du Moyen-Orient ont également révélé qu'Israël a envoyé son propre sous-marin par le canal de Suez dans une approche apparente du golfe Persique. Le sous-marin de la classe Dolphin est capable de tirer des missiles de croisière nucléaires.

Pendant ce temps, Israël a poursuivi ses frappes aériennes contre des cibles liées à l'Iran en Syrie, en bombardant la région de Nabi Habil près de Damas mercredi.

Tant Washington que Tel-Aviv ont tenté de présenter ces menaces extraordinaires contre l'Iran comme des mesures défensives en réponse à un supposé danger d'attaque iranienne.

S'exprimant sous le couvert de l'anonymat, un «officier supérieur de l'armée américaine» a déclaré à l'Associated Press que le Pentagone avait «relevé des signes» selon lesquels l'Iran pourrait «planifier de possibles attaques à la roquette contre les intérêts américains en Irak» en liaison avec le premier anniversaire de l'assassinat criminel par un drone américain du haut dirigeant iranien Qassem Suleimani, le 3 janvier 2020, après son arrivée à l'aéroport international de Bagdad pour une visite officielle.

L'«officier supérieur» a déclaré que l'Iran «pourrait envisager» des attaques plus larges contre des cibles américaines au Moyen-Orient, où quelque 50.000 soldats américains sont déployés, ou «pourrait avoir les yeux rivés sur des cibles économiques», invoquant l'attaque de septembre 2019 contre des installations saoudiennes de traitement du pétrole, pour laquelle les rebelles houthis du Yémen ont revendiqué la responsabilité.

Le langage de l'officier – «peut-être ... pourrait ... possible» - indique clairement qu'il n'y a aucune preuve substantielle que Téhéran prépare une quelconque attaque, mais que toute provocation dans la région peut être utilisée comme prétexte pour une guerre d'agression américaine contre l'Iran.

Les déclarations du Pentagone font suite au tweet de Trump du 23 décembre accusant l'Iran, sans aucune preuve, pour les roquettes qui sont tombées sur le complexe tentaculaire de l'ambassade américaine dans la zone verte de Bagdad, sans causer de blessures ni de dommages importants.

«Nous entendons maintenant parler de nouvelles attaques contre les Américains en Irak», a tweeté le président américain. «Quelques conseils de santé amicaux à l'Iran: si un Américain est tué, je tiendrai l'Iran pour responsable. Réfléchissez bien.»

Après avoir assassiné Suleimani, et sans doute aidé et encouragé l'assassinat israélien du principal scientifique nucléaire iranien Mohsen Fakhrizadeh le mois dernier, tout en soumettant la population iranienne à une campagne de «pression maximale» de sanctions draconiennes qui a coûté plusieurs milliers de vies et en encerclant le pays avec des bases militaires, des bombardiers et des navires de guerre américains, Washington ne cesse de présenter l'Iran comme l'agresseur.

Trump a clairement exprimé son désir d'attaquer l'Iran lors d'une réunion de la Maison-Blanche avec son cabinet de sécurité le mois dernier, au cours de laquelle il a proposé de bombarder Natanz, la principale installation nucléaire de l'Iran, un crime de guerre qui pourrait tuer des milliers de personnes et en empoisonner beaucoup d'autres. Alors que des collaborateurs de haut niveau l'auraient dissuadé d'une telle attaque, l'escalade militaire contre l'Iran se poursuit sans relâche.

Depuis lors, la Maison-Blanche a limogé le secrétaire à la Défense par intérim, Mark Esper, pour le remplacer par l'ancien colonel des forces spéciales Christopher Miller, tout en procédant à une purge générale des hauts dirigeants civils du Pentagone, en installant des loyalistes fanatiquement anti-iraniens à des postes clés.

La semaine dernière, diverses sources médiatiques proches du Pentagone ont fait état d'une inquiétude croissante au sein du commandement militaire en uniforme, qui craint que Trump ne lance une guerre contre l'Iran dans le cadre de sa tentative continue de rester au pouvoir et de consolider une dictature présidentielle.

Le chroniqueur du Washington Post David Ignatius, qui entretient des liens étroits avec l'appareil militaire et de renseignement américain, a cité les menaces contre l'Iran, avertissant que «les troubles intérieurs et étrangers potentiels pourraient donner au président Trump une excuse pour s'accrocher au pouvoir.»

CNN a cité des entrevues d'une douzaine de commandants militaires américains et d'officiers proches du haut commandement en faisant état d'une «anxiété croissante» dans ces milieux sur la possibilité que Trump «ordonne une action militaire inattendue, telle qu'une frappe sur l'Iran, ou ... implique d'une manière ou d'une autre l’armée dans ses efforts pour renverser les résultats des élections.»

La menace que Trump lance une guerre d'agression contre l'Iran, sous quelque prétexte que ce soit, dans les derniers jours de ce qui est censé être sa «présidence provisoire» est bien réelle. Une telle guerre – et des pertes potentiellement importantes parmi les forces américaines dans la région – pourrait lui fournir le prétexte pour l'imposition de la loi martiale, une perspective qu'il a évoquée lors d'une réunion à la Maison-Blanche le 18 décembre, et la suspension à la fois du transfert de pouvoir et des droits constitutionnels.

Face à ces menaces, le président élu Joe Biden et les démocrates n'ont exprimé aucune opposition à la montée en puissance de la guerre contre l'Iran, et encore moins mis en garde le peuple américain contre les complots qui se dessinent à la Maison-Blanche et au Pentagone.

Ignorant studieusement le refus de Trump de concéder l'élection et ses menaces d'action extra-constitutionnelle, Biden a soulevé de vives objections à ce que son équipe de transition soit bloquée au Pentagone. Ce n'est pas parce que la cabale fasciste installée par Trump là-bas est engagée dans une conspiration visant à plonger le peuple américain dans une autre guerre catastrophique et à ouvrir la voie à la dictature. Au contraire, comme il l'a déclaré dans un discours lundi, son souci est qu'il n'y ait pas d’intervalle entre les politiques militaristes des deux administrations «que nos adversaires puissent essayer d'exploiter.»

(Article paru en anglais le 30 décembre 2020)

 

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