Le Collège électoral confirme la victoire du Parti démocrate

Biden titube vers la Maison-Blanche

Par Patrick Martin et Joseph Kishore
16 décembre 2020

Le président-élu Joe Biden a prononcé lundi soir un discours télévisé au niveau national de 15 minutes pour marquer l’occasion de sa victoire officielle au Collège électoral.

Il est sans précédent pour un président-élu de faire un discours à une telle occasion. Pour la plus grande partie de l’histoire américaine moderne, le vote au Collège électoral – composé des électeurs désignés par le vote populaire dans les différents États – a été tout-à-fait routinier. Cela a commencé à changer avec l’élection de 2000, lorsque George W. Bush a perdu le vote populaire au profit d’Al Gore. Il aurait également perdu le vote au Collège électoral si la Cour suprême n’était pas intervenue pour arrêter le recompte des voix en Floride. Lors des élections de 2016, Trump a perdu le vote populaire de près de trois millions de voix, mais a pu obtenir une victoire au Collège électoral grâce à la répartition de son vote dans les États.

Joe Biden

La situation actuelle va bien au-delà de ce qui s’est passé en 2000. A présent, Trump, qui a été massivement battu au vote populaire et au Collège électoral, est engagé dans un effort continu pour annuler l’élection et renverser les résultats.

Biden a commencé son intervention en saluant le vote du Collège électoral comme un aboutissement du processus électoral et une victoire majeure pour la démocratie. «La volonté du peuple a prévalu», a-t-il déclaré. «La démocratie a été poussée, mise à l’épreuve, menacée, elle s’est révélée résistante, vraie et forte».

Biden avait peut-être l’intention de réaffirmer la confiance dans la démocratie américaine, mais son comportement, et aussi ses paroles, prouvaient le contraire.

Tout d'abord, son discours était caractérisé par son caractère extrêmement défensif. Si la démocratie américaine est si forte, pourquoi le candidat qui a remporté l'élection par sept millions de voix doit-il faire un discours pour défendre la légitimité de sa victoire et de sa future administration ?

Deuxièmement, le propre récit de Biden sur le processus ayant conduit au vote du Collège électoral a souligné non pas la force et la résilience, mais au contraire l’extrême fragilité de ce qui reste de formes démocratiques de gouvernement.

Biden a fait remarquer que la campagne Trump avait cherché à intimider les responsables et les travailleurs électoraux ordinaires dans tout le pays. «C’était vraiment remarquable parce que tant de ces Américains patriotes ont été soumis à d’énormes pressions politiques, à des insultes, voire à des menaces de violence physique», a-t-il déclaré. «Nous avons une dette de gratitude envers ces fonctionnaires», a-t-il déclaré. «Notre démocratie a survécu grâce à eux».

L'implication de cela est que, sans une poignée de responsables électoraux, l'effort de Trump pour renverser l’élection aurait été couronné de succès.

Biden a ensuite évoqué l’effort sans précédent de Trump pour renverser le résultat de l’élection par le biais de contestations judiciaires, entendues par plus de 80 juges au niveau des États et au niveau fédéral, y compris par la Cour suprême. Le résultat, a-t-il dit, a prouvé «l’intégrité de notre système judiciaire».

Mais si Trump s'en est remis à la Cour suprême comme arbitre final de l'élection, c'est en raison de son rôle dans l’attribution de l’élection à Bush en 2000. En effet, Trump s'est appuyé sur les arguments avancés à l'époque par le juge de la Cour suprême Antonin Scalia – à savoir que la population n'avait pas le droit de voter pour le président – dans ses propres efforts pour renverser le résultat deux décennies plus tard.

La critique de Biden à l’égard de Trump était elle-même timide et évasive. Il a fait remarquer que Trump s’était efforcé d’«effacer les votes de plus de 20 millions d’Américains» et que cette position était «si extrême que nous ne l’avions jamais vue auparavant, une position qui refusait de respecter la volonté du peuple, l’État de droit, et d’honorer la Constitution».

Comportement typique de la culture politique bourgeoise américaine, Biden a évité de dire franchement ce qui est évident: que le président des États-Unis s’est lancé dans une conspiration fasciste permanente visant à établir une dictature personnaliste.

Biden ne s’est pas non plus attardé sur le fait que le parti républicain a été complice de tout cela. Tout en évoquant la décision «stupéfiante» de 17 procureurs généraux républicains et 126 membres républicains du Congrès de soutenir un procès du Texas demandant à la Cour suprême des États-Unis d’annuler l’élection, Biden a déclaré qu’il était «satisfait» du «nombre de mes anciens collègues républicains au Sénat qui ont déjà reconnu les résultats du Collège électoral».

«Je suis convaincu» a-t-il déclaré, «que nous pouvons travailler ensemble pour le bien de la nation sur de nombreux sujets». Il fallait, a-t-il ajouté, «faire baisser la température». C’est-à-dire, qu’un futur gouvernement Biden collaborera étroitement avec le parti qui s’est trouvé impliqué dans une conspiration visant à annuler sa propre victoire électorale.

Si Biden a affirmé que sa victoire au Collège électoral convaincrait les républicains du Congrès de reconnaître le résultat du vote, Trump lui, ses plus proches collaborateurs et une grande partie des responsables républicains, refusent toujours de céder. Trump a déclaré avant même la fin de la journée que son combat pour rester au pouvoir n'était pas terminé. Son principal assistant fasciste à la Maison Blanche, Stephen Miller, a proposé de nommer des "électeurs alternatifs" dans les États ‘champ de bataille’, qui voteraient pour le président de manière totalement illégale.

Biden a conclu son discours en évoquant brièvement la pandémie de coronavirus, qui a tué plus de 300.000 personnes aux États-Unis. «Je suis de tout cœur avec chacun d’entre vous», a-t-il déclaré, «qui avez traversé des moments difficiles sans que ce soit votre faute». Il n’a toutefois pas laissé entendre qu’il fallait faire quelque chose face à une catastrophe qui s’étend dans tout le pays. Tout serait résolu grâce à sa version remaniée du catéchisme catholique: «Là où existe la discorde, l’union; là où existe le doute, la foi; là où existent les ténèbres, la lumière».

Alors que Biden prêche l’«unité», la réalité est que les tensions sociales ont atteint un tel point aux États-Unis qu’elles font sauter les fusibles de la démocratie. Une partie importante de la classe dirigeante américaine se tourne vers la dictature.

Les causes ne résident chez Trump en tant que tel. Il n’est qu’un instrument et l’expression d’une maladie plus profonde. Même si Trump n’a pas encore réussi, le précédent a été créé. Trump élabore une théorie du «coup de poignard dans le dos» selon laquelle on lui a volé l’élection. Cette théorie sert de base à la mobilisation des forces fascistes comme troupes de choc de l’oligarchie financière.

Suivant les commentaires de Biden, les ‘têtes parlantes’ des médias ont conseillé aux républicains de «faire ce qui est juste» et d’accepter la défaite, comme s’il s’agissait d’un jeu d’enfants et non d’une tentative de renverser les formes démocratiques du pouvoir.

Quant à Biden, avec sa respiration sifflante et sa toux tout au long de ses propos, il semblait être le symbole approprié de la crise qu’il cherchait désespérément à cacher. Il est en train de mettre en place un gouvernement droitier, composé de défenseurs avérés de l’appareil militaire et de renseignement et de la classe dirigeante. Ce serait le comble de la folie que d’attendre d’un tel parti et d’un tel gouvernement qu’ils défendent les droits démocratiques contre le danger fasciste représenté par Trump.

La principale préoccupation des démocrates est la montée de l’opposition au système de profit, à l’aggravation des inégalités économiques et sociales, et à la campagne meurtrière de retour au travail et à l’école menée par tout l’establishment politique et par les deux partis de la bourgeoisie américaine.

La démocratie américaine n’est pas «vraie et forte», elle est sur son lit de mort. La défense des droits démocratiques est inextricablement liée à la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière contre le capitalisme et contre tout l’édifice en décomposition du pouvoir bourgeois.

(Article paru d’abord en anglais le 15 decembre 2020)

 

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