Biden nomme une équipe de sécurité nationale composée de militaristes de droite

Par Patrick Martin
26 novembre 2020

Le président élu Joe Biden a envoyé un message clair au monde et au peuple américain avec la première annonce des principaux responsables nommés au sein de son cabinet et du personnel de la Maison-Blanche: la priorité numéro un du nouveau gouvernement démocrate est de construire un front de puissances impérialistes dirigé par les États-Unis en préparation d’une pression militaire accrue et d’une guerre totale contre la Russie et la Chine.

Les six nominations annoncées lundi dans des communiqués de presse — les candidats eux-mêmes seront présentés au public plus tard dans la journée — concernent la politique étrangère et la sécurité nationale. Tous sont des vétérans du gouvernement Obama-Biden, et nombre d’entre eux se sont fait confirmer dans ces postes antérieurs par un Sénat contrôlé par les républicains et dirigé par Mitch McConnell, ce qui démontre que Biden a l’intention de former un gouvernement tout à fait acceptable pour la droite républicaine.

L’ancien secrétaire d’État adjoint américain Tony Blinken s’exprime lors d’une conférence de presse à Kiev, en Ukraine, le vendredi 6 mars 2015. (AP Photo/Sergei Chuzavkov)

Les six fonctionnaires nommés lundi sont :

Antony Blinken, secrétaire d’État: Blinken est un assistant de longue date de Biden pour la sécurité nationale, tant au Sénat américain que pendant la vice-présidence de Biden, et il a été secrétaire d’État adjoint en 2015-2016.

Jake Sullivan, conseiller à la sécurité nationale: Sullivan a succédé à Blinken en tant que conseiller à la sécurité nationale auprès du vice-président Biden, ainsi qu’en tant que chef de cabinet de la secrétaire d’État Hillary Clinton.

Avril Haines, directrice du renseignement national: Avril Haines a fait partie du personnel de Biden à la commission sénatoriale des relations étrangères. Ensuite elle était au Conseil national de sécurité Obama-Biden, avant d’être directrice adjointe de la CIA pendant deux ans, en 2015-2016.

Alexander Mayorkas, secrétaire à la sécurité intérieure: fils d’immigrants né à Cuba, Mayorkas est un fonctionnaire de carrière de la sécurité intérieure qui a été secrétaire adjoint du département de la sécurité intérieure (DHS) au sein du gouvernement Obama, qui a expulsé plus d’immigrants que tout autre gouvernement précédent.

Linda Thomas-Greenfield, ambassadrice aux Nations unies: elle est l’Afro-Américaine de plus haut rang comme fonctionnaire de carrière, George W. Bush a nommé Linda Thomas-Greenfield comme ambassadrice au Liberia, alors chef du personnel du département d’État sous Obama et plus tard secrétaire adjointe aux affaires africaines. Trump l’a chassée en 2017 et elle est devenue conseillère au sein du groupe Albright-Stonebridge, un groupe de réflexion sur la politique étrangère pour les démocrates dirigé par l’ancienne secrétaire d’État Madeleine Albright.

John Kerry, envoyé spécial présidentiel pour le climat: l’ancien sénateur, candidat à la présidence et secrétaire d’État, aujourd’hui âgé de 76 ans, a coprésidé le groupe de travail de Biden sur le changement climatique avec la représentante Alexandria Ocasio-Cortez. Il sera à la tête d’une initiative américaine qui vise à réintégrer l’accord de Paris sur le climat.

Le premier et le plus évident fait concernant les six candidats est qu’ils sont des défenseurs dévoués de l’impérialisme américain et des intérêts de Wall Street. Plusieurs d’entre eux sont multimillionnaires, tandis que tous se trouvent confortablement installés dans le peloton de tête sur le plan financier. Blinken, par exemple, est le fils du fondateur de la banque d’investissement Warburg Pincus, Donald Blinken, qui a été pendant 12 ans président du conseil d’administration de l’Université d’État de New York.

Pour tous les hosannas des médias sur la « diversité » de ces premiers nommés — un Afro-Américain, un Hispanique, deux femmes — ces facettes de leur identité sont totalement hors de propos. Pour la victime de torture dans une prison secrète de la CIA, peu importe que le tortionnaire (ou son patron à Washington) soit une femme. Pour les enfants réfugiés séparés de leurs parents par des agents de l’immigration, le fait que le secrétaire du DHS soit hispanique n’a aucune importance. Peu importe pour les victimes de l’agression militaire américaine que le diplomate qui défend cette violence devant le monde soit noir.

L’accent mis sur la diversité sert à détourner l’attention du caractère réactionnaire de l’orientation de la politique étrangère du nouveau gouvernement Biden. Ses apologistes cherchent à déguiser en utilisant la couleur de peau, le sexe et l’origine nationale du personnel qui la mettra en œuvre.

Les médias n’ont guère parlé de l’importance du choix de Biden, lequel, au milieu d’une catastrophe sanitaire nationale et mondiale qui a déjà coûté la vie à un quart de million d’Américains, a annoncé en premier lieu son équipe de politique étrangère. Si la victoire sur le coronavirus était la priorité numéro un, comme l’a affirmé Biden lors de la campagne d’automne. Pourquoi ne pas annoncer les noms des personnes qui dirigeront le ministère de la santé et des services sociaux et les autres agences qui ont la responsabilité principale de la lutte contre la pandémie ?

C’est un signal que le véritable point de différence entre les démocrates et Trump n’est pas sa performance catastrophique par rapport à COVID-19. Alors que Trump adopte désormais ouvertement l’«immunité collective» et rejette le bilan des décès comme étant sans conséquence, les démocrates poursuivront essentiellement la même politique, et Biden a catégoriquement rejeté tout nouveau blocage de l’économie américaine.

Depuis que Trump a pris ses fonctions, l’opposition du parti démocrate s’est concentrée sur la politique étrangère, en particulier sur la ligne prétendument «molle» de Trump sur la Russie et sur son retrait, bien que largement rhétorique, des engagements américains en Syrie, en Irak et en Afghanistan. Maintenant que Biden s’attend à contrôler la politique étrangère américaine dans moins de 60 jours, il démontre que ce sera le premier objectif des changements politiques.

Les deux principaux journaux du Parti démocrate l’ont souligné dans leur couverture du déploiement de l’équipe Biden. Le Washington Post a écrit : «Biden prévoit de faire de la politique étrangère un pilier majeur de son gouvernement, avec la promesse de rassembler des alliances mondiales et d’insérer les États-Unis dans une position plus importante sur la scène mondiale. »

Le New York Times a été encore plus direct, identifiant la Chine comme la principale cible du nouveau gouvernement. En première page, le Times a décrit Blinken comme «un défenseur des alliances mondiales» et a déclaré qu’il «essaiera de rassembler des partenaires internationaux sceptiques dans une nouvelle compétition avec la Chine ». Il a identifié le commerce dans la région indo-pacifique, les investissements technologiques et l’Afrique comme des domaines dans lesquels les États-Unis seraient « en concurrence avec la Chine ».

D’autres profils ont noté que Blinken et Biden étaient généralement alignés sur les questions de politique étrangère pendant le gouvernement Obama, sauf à deux occasions — l’attaque américaine sur la Libye, et la politique américaine envers la Syrie — où Blinken était favorable à une intervention américaine plus agressive et Biden était plus prudent.

Les deux étaient complètement en phase par rapport à l’Ukraine, où Blinken a joué un rôle public clé en transformant la sécession de la Crimée et la réunification avec la Russie en une crise internationale majeure. Blinken a été le principal porte-parole américain à préconiser de lourdes sanctions contre la Russie, afin de punir non seulement le gouvernement Poutine, mais aussi la population du pays dans son ensemble. Dans un discours prononcé à l’époque, il a déclaré que des sanctions étaient nécessaires pour « montrer au peuple russe qu’une amende très lourde existe pour soutenir des criminels internationaux comme » Poutine.

Parmi les autres personnes nommées, Avril Haines est également une proche collaboratrice de Biden. Elle a fait partie du personnel de la commission sénatoriale des relations étrangères lorsqu’il en était le président. Puis a rejoint le Conseil national de sécurité à la Maison-Blanche avant de passer deux ans à la CIA. Après avoir quitté le gouvernement à l’arrivée de Trump, Haines a rejoint Blinken au sein du nouveau groupe de réflexion sur la sécurité nationale WestExec Partners, qui conseille les entreprises américaines. Un autre partenaire était Michele Fluornoy, l’ancienne fonctionnaire du Pentagone sous Obama qui devrait être le choix de Biden comme secrétaire à la défense.

Lundi dernier, après la mise en place du groupe que Biden a qualifié de « noyau dur » de son équipe de sécurité nationale. La transition de Biden a révélé que son prochain grand choix de cabinet serait l’ancienne présidente de la Réserve fédérale, Janet Yellen, qui occupera le poste de secrétaire au Trésor. Cela souligne l’absolue soumission du nouveau gouvernement à Wall Street. Puisqu’on identifie Yellen à la politique de la Réserve fédérale d’ouverture sans restriction des robinetteries financières pour soutenir les marchés financiers lors du crash de Wall Street en 2008-2009.

Yellen a été un haut fonctionnaire de la Réserve fédérale à partir de 2004, travaillant avec le président de l’époque, Ben Bernanke. Elle est devenue vice-présidente en 2009 et Obama l’a nommée pour succéder à Bernanke en 2013. Trump a refusé de la reconduire dans ses fonctions pour un second mandat en 2017.

(Article paru d’abord en anglais le 24 novembre 2020)

 

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