Une agence fédérale lève le blocage de la transition à Biden mais Trump promet de poursuivre son coup d’état électoral

Par Barry Grey
25 novembre 2020

Lundi soir, l’administratrice de la GSA (Administration des services généraux), Emily Murphy, a officiellement reconnu Joe Biden comme le «gagnant apparent» de l’élection présidentielle, initiant ainsi officiellement le processus de transition entre le gouvernement de Donald Trump et celui de son adversaire démocrate.

Murphy a envoyé une lettre annonçant la décision à l’équipe de transition de Joe Biden, et la GSA a informé les ministères fédéraux. Dans sa lettre, elle a noté que la décision libérait plus de 7 millions de dollars de financement fédéral pour l’équipe de transition. Elle exige également que les responsables du gouvernement Trump commencent à rencontrer l’équipe Biden et permette à Biden de recevoir des informations confidentielles.

L’extraordinaire retard dans la désignation du vainqueur par la GSA, normalement une formalité, mais survenant cette fois plus de deux semaines après l’élection, est le produit des efforts de Trump pour renverser le résultat de l’élection en écartant les bulletins de vote de millions d’électeurs de Biden. Ce coup d’État électoral anti-constitutionnel se poursuit, malgré le début officiel du processus de transition.

Le bâtiment de l’Administration des services généraux à Washington. (Crédit: AP Photo/Jacquelyn Martin)

Quelques minutes après l’annonce de la lettre de Murphy, Trump a posté un tweet revendiquant le mérite de la démarche de la GSA. Il a en même temps réaffirmé sa détermination à poursuivre ses procès sans fondement et ses tentatives de bloquer la certification de la victoire de Biden dans des États-clés contestés qu’il avait gagnés en 2016 mais perdus cette année. Il s’agit notamment du Michigan, de la Pennsylvanie, du Wisconsin, de la Géorgie et de l’Arizona.

La victoire de Biden a été décisive. Il a devancé Trump de quelque six millions de bulletins dans le vote populaire et a gagné le Collège électoral par 306 contre 232; ce qui est bien au-dessus des 270 électeurs requis et obtenus par Trump dans sa victoire sur Hillary Clinton au Collège électoral en 2016.

Trump a écrit: «Notre cause se poursuit AVEC FORCE, nous continuerons le bon combat, et je crois que nous l’emporterons!» Il a ajouté: «Néanmoins, dans le meilleur intérêt de notre pays, je recommande à Emily et à son équipe de faire ce qui doit être fait en ce qui concerne les protocoles initiaux, et j’ai dit à mon équipe de faire de même».

Murphy a réfuté la déclaration de Trump selon laquelle il lui aurait demandé de prendre sa décision, en écrivant: «J’ai pris ma décision de manière indépendante, en me basant sur la loi et les faits disponibles ».

Dans sa lettre, Murphy a déclaré qu’elle avait pris sa décision lundi à la lumière des «récents développements concernant les contestations judiciaires et les certifications des résultats des élections». Elle a envoyé la lettre dans les heures qui ont suivi le vote du Michigan Board of State Canvassers certifiant le décompte officiel des suffrages des 83 comtés de l’État et donnant à Biden l’État et ses 16 voix électorales avec une marge de plus de 154.000 bulletins.

Cette certification fait suite à la certification officielle vendredi de la Géorgie, avec ses 16 votes électoraux, en faveur de Biden. La Pennsylvanie, avec 20 votes électoraux, a certifié la victoire de Biden hier.

Le revers de Trump dans le Michigan est survenu malgré une tentative extraordinaire et sans doute illégale de suborner personnellement et directement les législateurs républicains de l’État, et les responsables électoraux de l’État et au plan local, de renverser les résultats de l’élection ou retarder leur certification. Cela dans le but de permettre au parlement de l’État dirigé par les républicains de rejeter la liste des électeurs de Biden et de choisir sa propre liste d’électeurs pro-Trump.

Mardi dernier, Trump a téléphoné à la co-présidente républicaine du Comité électoral du comté de Wayne (Michigan) après qu’elle et son collègue républicain aient annulé leur vote précédent refusant la certification du total des voix dans ce comté fortement démocrate, rendant ainsi officiel le vote pro-Biden. Le lendemain, ces deux républicains faisaient des déclarations sous serment demandant, sans succès, d’inverser une fois de plus leur vote vers un «non», ce qui aurait bloqué la certification.

Vendredi, Trump a convoqué à la Maison-Blanche sept grands législateurs républicains, dont le président de la Chambre et le leader de la majorité au Sénat, pour des discussions à huis clos. Apparemment, il n’a pas réussi à les convaincre de suivre son plan visant à rejeter le vote populaire dans le Michigan.

Au cours du week-end, le Comité national républicain et le Parti républicain du Michigan ont appelé les deux membres républicains du Board of State Canvassers du Michigan à refuser de certifier les résultats officiels présentés par les 83 comtés de l’État. Ils ont demandé que la certification soit reportée au 7 décembre, un jour avant la date limite de confirmation des électeurs de l’État avant le vote officiel du 14 décembre au Collège électoral qui élit le président et le vice-président.

Lors du vote de lundi par le collège de quatre membres, un républicain, Norm Shinkle, partisan de Trump ayant publiquement fait campagne pour la réélection du président, a refusé de certifier l’élection. Si l’autre républicain avait voté pour s’abstenir ou rejeter les recommandations des responsables électoraux des comtés et des États, la motion de certification aurait échoué. Cependant, il a voté pour la certification, notant qu’il n’y avait pas de base légale pour que le panel fasse autrement, puisque son mandat légal était simplement de ratifier les résultats officiels soumis et certifiés par les comtés.

Le revers de Trump dans le Michigan faisait suite à une décision cinglante d’un juge fédéral en Pennsylvanie, samedi. Celui-ci a rejeté une plainte de la campagne présidentielle visant à disqualifier l’élection dans cet État où Biden a dépassé Trump de 73.000 voix. L’équipe juridique de Trump a perdu la quasi-totalité de la bonne trentaine de procès qu’elle a intentés dans plusieurs États sur la base d’allégations fabriquées de toutes pièces concernant des irrégularités de vote massives.

Le juge Matthew Brann, membre républicain de la Société fédéraliste, de droite, a écrit: «On a saisi cette Cour d’arguments juridiques forcés sans fondement et d’accusations spéculatives, non étayés dans la plainte... et ne reposant sur aucune preuve».

Dans la foulée de cette décision, un certain nombre de législateurs et de politiciens républicains qui avaient auparavant refusé de s’opposer à la prise de pouvoir dictatoriale de Trump ont demandé au président de concéder l’élection, notamment l’ancien gouverneur républicain Chris Christie, le sénateur de Pennsylvanie Pat Toomey et la présidente de la Conférence républicaine de la Chambre des représentants Liz Cheney. Lundi, ils ont été rejoints par le sénateur de l’Ohio Rob Portman et le sénateur de Virginie occidentale Shelley Moore Capito.

Toujours lundi, Stephen Schwarzman, le PDG milliardaire du Blackstone Group, la plus grande société de capital-investissement du monde, a reconnu Biden comme président élu et a exhorté Trump à céder. Schwarzman a été conseiller de Trump pour le commerce avec la Chine. Le 6 novembre, lors d’un appel téléphonique avec ses collègues PDG, Schwarzman avait défendu le vœu de Trump de contester les résultats des élections.

Dans une déclaration fournie à CNN, Schwarzman a déclaré «Le résultat est très certain aujourd’hui et le pays devrait aller de l’avant. Comme de nombreux membres de la communauté des affaires, je suis prêt à aider le président élu Biden et son équipe à relever les défis importants de la reconstruction de notre économie post-COVID».

Plus tard dans la journée de lundi, 164 dirigeants d’entreprise ont signé et publié une lettre dont plusieurs grands donateurs du Parti républicain, exhortant Trump à accepter le résultat des élections et à céder la place à Biden. Parmi les signataires figuraient le directeur général de Mastercard, Ajay Banga, le PDG de Goldman Sachs, David Solomon, et le PDG de Condé Nast, Roger Lynch.

L’érosion du soutien à Trump au sein de l’oligarchie financière et industrielle est due à la crainte que le vol de l’élection ne provoque une explosion d’opposition populaire qui pourrait menacer la stabilité du système capitaliste. C’est aussi la reconnaissance du fait que Biden est en train de mettre en place un gouvernement militariste droitier qui défendra agressivement les intérêts des grandes entreprises tant dans le pays qu’à l’étranger, tout en intensifiant l’attaque des conditions sociales et des droits démocratiques de la classe ouvrière.

Dans une autre lettre publique, plus de 100 anciens responsables républicains de la sécurité nationale ont appelé les républicains du Congrès à exiger que Trump concède l’élection et permette à la transition de commencer. La lettre mettait l’accent sur les «risques pour notre sécurité nationale» découlant du discrédit de l’élection par Trump et parlait également de sa «dangereuse» tentative d’«empêcher un vote du Collège électoral».

Parmi les signataires figurait toute une bande de criminels de guerre, dont l’ancien directeur de la NSA et de la CIA Michael Hayden, l’ancien directeur du renseignement national John Negroponte et l’ancien conseiller à la sécurité nationale de Trump John Bolton.

Le fait que Trump ait la ferme intention, malgré ces développements, de rester au pouvoir et d’établir une dictature présidentielle a été souligné par son appel du jugement rendu samedi en Pennsylvanie auprès de la Cour d’appel du troisième circuit de Philadelphie. Lundi, la cour d’appel a accordé une révision accélérée de ce jugement, ouvrant peut-être la voie à un jugement de la Cour suprême des États-Unis sur le résultat de l’élection. Avec l’ajout de la candidate d’extrême droite de Trump, Amy Coney Barrett, que les démocrates n’ont pas sérieusement contestée, la droite républicaine dispose d’une majorité de 6 contre 3 dans cette Haute cour.

Dans le même temps, Trump prépare d’autres options plus violentes. Il continue d’inciter les milices fascistes et les groupes d’autodéfense, y compris ceux qu’on a pris le mois dernier en train de comploter l’enlèvement et l’assassinat de la gouverneure du Michigan, Gretchen Whitmer. Et il a procédé à une purge et à un remaniement du haut commandement du Pentagone, y installant des copains aux vues fascistes sur lesquels il peut compter pour faire ses quatre volontés.

Il reste plus de huit semaines avant l’inauguration du 20 janvier. Trump continuera à disposer de vastes pouvoirs. Comme en a prévenu le World Socialist Web Site, il y a des signes inquiétants que Trump complote avec Israël et l’Arabie saoudite pour lancer une guerre contre l’Iran pendant la période de transition. Ce serait non seulement un crime de guerre de grande envergure, pouvant faire des millions de victimes, mais pourrait aussi servir de prétexte pour mobiliser des forces militaires contre l’opposition à l’intérieur des États-Unis.

Il faut alerter la classe ouvrière quant à la menace continue de dictature. Elle doit comprendre que ce qui s’est déjà passé et qui continue – le refus d’un président en exercice d’accepter sa défaite aux élections – représente l’effondrement irréparable de ce qui reste de la démocratie bourgeoise aux États-Unis. Cela signifie que des pans entiers de l’oligarchie financière au pouvoir se sont tournés vers le fascisme et la dictature et que cela se poursuivra et s’approfondira quelle que soit l’issue immédiate de la crise actuelle.

Cela ne peut être stoppé que par l’intervention indépendante de la classe ouvrière en opposition aux deux partis et au système capitaliste qu’ils défendent. Il ne peut y avoir de démocratie aujourd’hui sans socialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 24 novembre 2020)

 

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