Une étude du vote montre que les intérêts de classe, et non la race, ont causé la défaite de Trump dans les États clés du Midwest

Par Barry Grey
23 novembre 2020

La défaite de Donald Trump lors d’une élection qui a produit le plus grand taux de participation depuis 1900 a été l’expression d’une large opposition populaire à la politique de type fasciste de son gouvernement. Le fait qu’il s’agissait bien plus d’un vote anti-Trump que d’un vote pro-Joe Biden a été révélé dans la mauvaise performance du parti démocrate aux scrutins pour des postes moins importants (Congrès, assemblées législatives des États et gouverneurs).

Dans l’ensemble, les résultats de l’élection ont clairement réfuté les efforts du parti démocrate et de médias alliés (par exemple, le New York Times, le Washington Post, la NBC, CNN) pour promouvoir un discours raciste. Les démocrates interprètent pratiquement tous les aspects de la société américaine comme une expression de la «suprématie blanche» et du prétendu racisme inné des blancs, en particulier des travailleurs blancs.

La fonction idéologique de ce type de politique de droite est de cacher le clivage socio-économique central de la société capitaliste – le clivage de classe – et de semer des divisions au sein de la classe ouvrière.

Mais comme l'a expliqué le World Socialist Web Site le 6 novembre :

«Une comparaison des résultats des élections de 2016 et 2020 montre que le principal facteur qui a fait basculer l’élection a été l’impact de la pandémie et de la crise économique sur une partie importante de la classe ouvrière blanche qui a voté pour Biden.»

L’Institut Brookings (Brookings Institution) a constaté une évolution du vote au niveau national qui va à l'encontre du discours raciste. Il a noté les faits suivants:

«Alors que les blancs ont continué à favoriser le candidat républicain en 2020 (comme ils l’ont fait à chaque élection présidentielle depuis 1968), il est à noter que cette marge s’est réduite de 20 à 17 pour cent au niveau national. Dans le même temps, les marges des démocrates pour chacun des principaux groupes non blancs se sont quelque peu réduites. La marge démocrate noire, bien que toujours élevée, à 75 pour cent, a été la plus faible lors d’une élection présidentielle depuis 2004. Les marges démocrates hispano-américaines et asio-américaines de 33 pour cent et 27 pour cent ont été les plus faibles depuis les élections de 2004 et 2008, respectivement.»

L’analyse des résultats du vote dans les trois États du Midwest qui ont joué un rôle clé dans la victoire de Biden – le Michigan, la Pennsylvanie et le Wisconsin – confirme que le facteur critique a été le fait qu’une grande partie des travailleurs blancs se soient opposés à Trump.

Comparaison du vote des électeurs blancs sans diplôme universitaire

En 2016, le changement dans le vote des États industriels du Midwest (qu’on qualifie de «mur bleu») a donné l’élection à Trump. Le parti démocrate et ses organisations satellites de pseudo-gauche ont attribué la perte stupéfiante de ces États au racisme de la classe ouvrière blanche, en ignorant le fait que les trois États avaient voté pour Barack Obama en 2008 et 2012, et ce, par des marges substantielles.

Lors de cette élection, les deux candidats ont augmenté leurs votes dans les trois États, mais l’augmentation des votes pour Biden a dépassé celle de Trump. La tendance générale est à une augmentation substantielle des votes pour le candidat démocrate dans les zones urbaines, en particulier dans les banlieues des grandes villes, et une réduction des marges de victoire pour Trump dans les zones plus rurales qu’il a remportées il y a quatre ans.

Michigan

En 2016, Trump a battu Hillary Clinton dans le Michigan par une faible marge de 10.704 voix, soit 0,3 pour cent. Lors de cette élection, Biden a devancé Trump de 148.000 voix, soit une marge de 2,64 %. Le taux de participation dans l’État a atteint le chiffre record de 5,5 millions, en hausse par rapport à 2008.

Trump a ajouté 365.000 voix à son total de 2016, mais Biden a ajouté 522.000 voix à celles reçues par Clinton. La grande différence réside dans l’augmentation du nombre de voix de Biden par rapport à Clinton dans les banlieues de Detroit, majoritairement blanche, combinée à des marges nettement plus faibles pour Trump dans les comtés plus ruraux.

Dans le comté de Macomb, une banlieue de Detroit à majorité blanche et ouvrière (qui avait voté deux fois pour Obama), Trump a de nouveau remporté le vote, mais avec une marge nettement plus faible que quatre ans auparavant. En 2016, Trump a remporté 54 pour cent des voix, contre 42 pour cent pour Clinton. Cette fois, il a obtenu 53 pour cent des voix contre 45 pour cent pour Biden.

Le candidat démocrate a gagné encore plus de terrain dans le fief républicain du comté de Livingston, une banlieue de Detroit, et dans le comté d’Ottawa, juste à la sortie de Grand Rapids. Trump a remporté tous les comtés de l’État, sauf 11, mais sa marge de victoire dans de nombreux comtés qu’il a remportés a considérablement diminué.

Elle a chuté de 8 pour cent dans le comté d’Emmet, de 9 pour cent dans le comté d’Ottawa et de près de 10 pour cent à Grand Traverse. Dans le comté d’Antrim, la marge de Trump a chuté de 15 pour cent.

D’autre part, Biden a reçu 1.000 votes de moins dans la ville de Detroit que Clinton en 2016, alors que le vote de Trump dans la ville a augmenté de 5.000 votes. Ce résultat est conforme à la tendance nationale, dans laquelle les grands comtés où les non-blancs sont majoritaires ont vu une augmentation de 20 pour cent des votes pour Biden. Mais, une augmentation plus importante, de 29 pour cent, pour Trump. Cela reflète une augmentation de la polarisation socio-économique parmi les Noirs, les Latinos et les Américains d’origine asiatique.

Comparaison du vote des électeurs de couleur sans diplôme universitaire

Les données des sondages de sortie des urnes montrent encore plus clairement le rôle dominant de la classe socio-économique dans le retour du Michigan du côté démocrate lors du vote présidentiel.

La marge de Trump parmi les électeurs blancs de l’État est passée de 21 points de pourcentage en 2016 à 12 points cette année. En revanche, le déficit de Trump parmi les électeurs de couleur s’est réduit de 86 à 80 points de pourcentage.

L’avance de Trump parmi les hommes blancs est passée de 35 points de pourcentage en 2016 à 22 points. Chez les femmes blanches, sa marge est passée de 8 points à 2 points.

Chez les hommes noirs, le déficit de Trump est passé de 79 pour cent à 72 pour cent. Chez les femmes noires, la marge de défaite s’est réduite de 93 à 86 pour cent.

Les Blancs sans diplôme universitaire ont donné à Trump une avance de 31 points sur Clinton, mais seulement 20 points sur Biden. Mais le déficit de Trump parmi les électeurs noirs sans diplôme universitaire est passé de 70 à 52 points.

De même, Trump a réduit sa perte parmi les diplômés universitaires non blancs de 70 points en 2016 à 52 points cette année.

Les sondages de sortie qui ventilent le vote en fonction du revenu des ménages soulignent la même dynamique. L’un des changements les plus marqués s’est produit chez les électeurs dont le revenu familial se situe entre 30.000 et 50.000 dollars. En 2016, Trump a gagné cette cohorte de 8 points de pourcentage. Cette fois, il a perdu contre Biden de 14 points.

Dans la tranche des 50.000 à 100.000 dollars, une cohorte essentiellement ouvrière, Trump est passé d’une victoire de huit points de pourcentage à une perte de trois points. Dans la catégorie des moins de 100.000 dollars, Trump est passé d’un déficit de trois points de pourcentage en 2016 à une perte de neuf points cette année.

Comparaison du vote des électeurs gagnant moins de 50.000$

Pennsylvanie

Dans la plus grande participation depuis 1960, Biden a regagné la Pennsylvanie pour les démocrates, avec une marge de quelque 73.000 voix, soit 1,1 pour cent des bulletins de vote. Trump avait remporté l’État quatre ans plus tôt par quelque 44.000 voix, soit 0,7 pour cent des suffrages exprimés.

Le schéma était similaire à celui du Michigan. Biden a empilé sa marge de victoire non pas à Philadelphie, avec son importante population afro-américaine, mais dans les banlieues majoritairement blanches de Philadelphie ainsi que dans la région de Pittsburgh, tout en coupant les marges de Trump dans les comtés plus ruraux.

Le taux de participation dans les quartiers de Philadelphie à population majoritairement noire a diminué de 6 pour cent par rapport à 2016. Le vote de Trump dans l’ensemble de la ville a augmenté de quelque 20.000 voix pour atteindre 18 pour cent des voix exprimées. Le vote de Biden a diminué de plus de 20.000 voix par rapport à celui de Clinton et son pourcentage a baissé de 3 points par rapport aux 84 pour cent de Clinton.

Biden a enregistré des gains dans les banlieues de Philadelphie des comtés de Chester, Delaware, Montgomery et Bucks, dépassant de plus de 85.000 le total de Clinton pour 2016. Il a remporté 48.000 voix de plus en gagnant le comté d’Allegheny, qui comprend Pittsburgh, que Clinton n’en a obtenu en remportant le comté en 2016.

Biden a fait basculer deux comtés qui avaient voté Trump il y a quatre ans: Northampton (Easton) et Erie. Tous les autres ont eu le même parti victorieux, mais avec une marge améliorée pour Biden.

Biden a amélioré la marge de victoire de Clinton en 2016 dans le comté de Lackawanna, qui comprend Scranton, en battant Trump de 8 points de pourcentage, contre 3,5 points pour Clinton.

Biden, Clinton et Obama ont tous trois remporté le comté de Dauphin, qui abrite la capitale de l’État, Harrisburg, mais la marge de Biden était sensiblement plus élevée: 8,4 points contre 2,9 et 6 respectivement.

Le fait le plus significatif est peut-être la marge de victoire réduite de Trump dans les zones rurales et les petites villes de Pennsylvanie. La marge de Trump, par exemple, a diminué de 5 points dans le comté de Lucerne (Wilkes-Barre) et de 3 points dans le comté de Lancaster.

Les données des sondages de sortie ont souligné le changement dans le vote de la classe ouvrière, en particulier parmi une partie des travailleurs blancs, qui a conduit à la défaite de Trump en Pennsylvanie.

La marge de Trump parmi les hommes blancs de l’État est passée de 32 points de pourcentage en 2016 à 25 points lors de cette élection. Son déficit parmi les électeurs qui ont un revenu familial inférieur à 50.000 dollars est passé de 12 à 14 points de pourcentage.

Dans la cohorte des 50.000 à 100.000 dollars, la marge de victoire de Trump est passée de 14 à 4 points de pourcentage.

D’autre part, alors que l’avance de Trump parmi les électeurs blancs sans diplôme universitaire s’est maintenue à 32 points de pourcentage, parmi les électeurs de couleur sans diplôme, le déficit de Trump a diminué de 76 points de pourcentage à 67 points.

Comparaison du vote des électeurs gagnant entre 50.000$ et 100.000$

Wisconsin

Trump a battu Clinton en 2016 dans le Wisconsin par quelque 22.700 voix, soit une marge de 0,7 pour cent. Cette année, Biden a remporté l’État par environ 20.500 voix, répliquant ainsi la marge de 0,7 pour cent de Trump en 2016.

Une fois de plus, le facteur décisif a été le passage de Trump à Biden par des sections de travailleurs et gens de la classe moyenne blancs, en particulier dans les centres urbains et les banlieues. Biden a légèrement augmenté sa marge de victoire à Milwaukee par rapport à celle de Clinton. Un changement plus important s’est produit dans les trois comtés de Milwaukee, traditionnellement républicains et à prédominance blanche: Waukesha, Ozaukee et Washington. Cette année, ils ont opté pour Trump, comme en 2016, mais avec une marge nettement plus étroite. À Ozaukee, par exemple, l’avantage de Trump a chuté de 7 points de pourcentage.

Le comté de Brown, où se trouve Green Bay, est un comté qui a voté pour Obama en 2008, Mitt Romney en 2012 et Trump en 2016. Alors que le taux de participation a augmenté de 12 pour cent cette année, la marge de victoire de Trump a diminué. Trump a remporté la victoire par 10.300 voix. En 2016, il a gagné par 14.000 voix. Sa marge de victoire dans le comté est passée de 10,8 pour cent à 3 pour cent.

Trump a en fait amélioré ses performances dans les comtés ruraux du Wisconsin, mais n’a pas pu compenser le changement anti-Trump dans les zones plus urbaines.

Une importante cohorte du Wisconsin qui défie le discours raciste est celle des hommes blancs non diplômés. L’avantage de Trump dans ce groupe a fortement diminué, passant de 40 pour cent en 2016 à 27 pour cent cette année. Un autre groupe est celui des hommes noirs, dont le vote pour Trump a augmenté de 8 à 12 pour cent, tandis que le pourcentage de Biden a diminué de 90 à 87 pour cent.

Les sondages de sortie basés sur les cohortes de revenus fournissent les données les plus frappantes sur un tournant de la classe ouvrière contre Trump. Le déficit de Trump parmi les électeurs dont le revenu du ménage est inférieur à 30.000 dollars a grimpé de 9 points de pourcentage en 2016 à 35 points cette année.

Dans le groupe des 30.000 à 50.000 dollars, Trump est passé d’une égalité (43 pour cent) il y a quatre ans à un déficit de 12 points (43 contre 55 pour cent) cette année.

Dans la catégorie 50.000 à 100.000 dollars, l’avance de Trump a chuté de 3 points.

***

Le parti démocrate et ses médias alliés, menés par le New York Times, poursuivent leurs efforts pour déformer les résultats réels du vote et présenter la victoire de Biden comme le résultat d’une montée en flèche des votes des Noirs, qui ont vaincu le racisme bien ancré des Blancs.

Peu après le jour de l’élection, le chroniqueur du New York Times Charles Blow a publié un article soulignant les gains de Trump parmi les Afro-Américains et concluant de façon absurde que c’était une manifestation du «pouvoir du patriarcat blanc».

Dans une tentative un peu plus nuancée de maintenir une analyse de type racial, le 18 novembre, le chroniqueur du Times Jamelle Bouie a écrit une chronique qui cherchait à cacher les questions socio-économiques et de classe qui sous-tendent les résultats du vote. Bouie a affirmé que Trump a amélioré ses performances parmi les électeurs minoritaires simplement parce qu’il a soutenu l’émission de chèques de relance de 1.200 dollars et d’allocations de chômage temporaires dans le cadre de la loi bipartite CARES.

Ceci, bien sûr, passe sous silence le fait que le supplément de chômage a expiré il y a près de quatre mois et on n’a fourni aucune aide supplémentaire depuis, laissant des millions de travailleurs, noirs et blancs, au bord du dénuement.

Face à la pandémie, au chômage de masse, aux conspirations dictatoriales de Trump et à la menace de guerre, il est essentiel que la classe ouvrière prenne conscience des divisions de classe qui dominent la société capitaliste et de ses propres intérêts indépendants. Cette prise de conscience ne se fait pas simplement spontanément. Les travailleurs sont soumis à d’immenses pressions et à un flux constant de propagande et de mensonges de la part des grands médias et des deux grands partis du monde des affaires.

Des millions de travailleurs qui ont voté pour Trump l’ont fait non pas parce qu’ils soutiennent sa politique de type fasciste, mais parce qu’ils sont dégoûtés par le parti démocrate, qui n’est pas moins un instrument de Wall Street et de l’armée et pas moins hostile à la classe ouvrière que Trump. Sa politique de droite en matière de race et d’identité ne réussit qu’à semer la division et la confusion au sein de la classe ouvrière. Ne voyant aucune alternative progressiste, certaines catégories de travailleurs sont susceptibles aux efforts frauduleux de Trump pour se faire passer pour un opposant à l’establishment.

Cependant, malgré les contradictions et les problèmes, la trajectoire au sein de la classe ouvrière est à gauche, et des luttes de masse sont à l’ordre du jour. La question cruciale qui se pose aux travailleurs et aux jeunes est la construction du Parti de l’égalité socialiste en tant que nouvelle direction politique, afin de développer une véritable conscience de classe basée sur les intérêts communs de tous les travailleurs dans la lutte contre le capitalisme et pour le socialisme.

 

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