Canada: Le NPD promeut des liens étroits avec une administration Biden ainsi que l'opposition à la Chine

Par Roger Jordan
19 novembre 2020

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) soutenu par les syndicats du Canada et ostensiblement de gauche a manifesté son soutien à l'élargissement du partenariat militaro-stratégique de longue date d'Ottawa avec l'impérialisme américain sous l'administration du Parti démocrate dirigé par Joe Biden.

Lundi, tous les partis à la Chambre des communes ont appuyé à l'unanimité une motion rédigée par le NPD qui félicitait Biden et sa colistière Kamala Harris et invitait le président et la vice-présidente élus à visiter le Canada à la première occasion. La motion du NPD demandait également que Biden ait le privilège de prendre la parole lors d'une session conjointe de la Chambre des communes et du Sénat, la chambre haute du Parlement canadien.

Biden a remporté une victoire claire au vote populaire et au collège électoral, mais l'issue de la crise politique aux États-Unis reste incertaine. Trump a refusé de concéder sa défaite et a pris des mesures pour annuler les résultats des élections et orchestrer un coup d'État afin de conserver le pouvoir à la tête d'un régime autoritaire.

Le président élu Joe Biden prend la parole, le samedi 7 novembre 2020, à Wilmington, au Delaware(Photo AP / Andrew Harnik)

Bien que le gouvernement Trudeau ait entretenu des relations de travail étroites avec l'administration Trump, et qu'avant et depuis les élections ait évité tout commentaire sur les actions antidémocratiques de Trump, lui-même et la section prédominante de l'élite dirigeante canadienne se sont enthousiasmés par la perspective d'une présidence Biden. Ils ont été troublés par le protectionnisme de Trump, son «Amérique d'abord» et le saccage de l'OTAN et d'autres institutions et alliances dirigées par les impérialistes occidentaux. Pour eux, Biden et ses démocrates sont de loin la meilleure option pour gérer les affaires du capitalisme mondial et faire progresser le partenariat avec Washington qui sous-tend les intérêts mondiaux prédateurs de l'impérialisme canadien (voir: «Trudeau mène l'establishment canadien en saluant la victoire électorale de Biden»).

Le fait que le NPD joue un rôle de premier plan dans une offensive de charme de la classe dirigeante visant la future administration Biden en dit long sur le caractère de classe et le rôle des sociaux-démocrates du Canada. Nonobstant les postures occasionnelles de «gauche» des néo-démocrates (comme leur promotion actuelle d'un minuscule «impôt sur la fortune» COVID-19 pour les personnes dont la fortune dépasse 20 millions de dollars canadiens) et la rhétorique «socialiste» et même «marxiste» lancée par les groupes de pseudo-gauche qui opèrent au sein du NPD et dans sa périphérie, c'est un parti de l'impérialisme canadien, tout comme les libéraux et les conservateurs.

En adoptant Biden, les néo-démocrates appuient quelqu'un qui pendant des décennies – en tant que sénateur, président du comité des relations étrangères du Sénat américain et vice-président – a joué un rôle de premier plan dans la formulation de la politique impérialiste américaine. Cela comprend le complot et la promotion des guerres qu'il a menées directement et par l'intermédiaire de mandataires dans les Balkans, en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie. En tant que vice-président d'Obama, Biden a été profondément impliqué dans la mise en œuvre du «Pivot vers l'Asie» anti-Chine et la montée de la guerre de l'OTAN après 2014 contre la Russie.

De plus, comme l'ont souligné les événements des quatre dernières années, si Biden devait finalement prendre ses fonctions, ce sera avec un mandat de la classe dirigeante de mettre un terme à la détérioration de la position mondiale de l'impérialisme américain à travers un conflit stratégique de grande puissance avec la Russie et la Chine.

Travaillant en étroite collaboration avec des sections de l'appareil de renseignement militaire, Biden et les démocrates ont concentré leur attaque contre Trump, tout au long de son administration, sur son prétendu échec à affronter une Russie malveillante. Lorsque les démocrates ont tenté de le destituer à la fin de l'année dernière, ils ont ignoré tous ses vrais crimes, y compris son incitation à la violence policière et fasciste, la persécution des réfugiés et des immigrants et l'utilisation de l'armée pour mener à bien son programme au pays. Au lieu de cela, leurs accusations tournaient autour de l'affirmation selon laquelle Trump donnait la priorité à ses intérêts politiques personnels sur l'effort impérialiste américain de longue date pour attacher l'Ukraine aux intérêts stratégiques occidentaux et l'utiliser comme base d’opérations contre la Russie.

En invitant Biden à s'adresser au Parlement canadien le plus tôt possible, le NPD donne son sceau d'approbation à l'agression impérialiste américaine, surtout à sa campagne de guerre contre la Russie et la Chine. Ceci est politiquement révélateur, mais pas surprenant. Depuis plus de deux décennies, le NPD a fait la promotion de toutes les guerres dirigées par les États-Unis auxquelles l'impérialisme canadien a participé, de la Serbie / Kosovo et de l'Afghanistan à la Libye et, depuis 2014, de l'Irak à la Syrie.

Le dernier président américain à prendre la parole lors d'une session conjointe du Parlement canadien a été Barack Obama. En 2016, il a invoqué la longue histoire de guerre commune des deux pays et a demandé au Canada d'augmenter considérablement ses dépenses militaires. Peu de temps après, le gouvernement Trudeau a adopté un plan visant à augmenter les dépenses militaires de plus de 70% d'ici 2026, et dans les années qui ont suivi, il a encore accru la participation du Canada aux opérations militaires de Washington et aux intrigues de changement de régime dans le monde.

Cependant, dans des conditions de crise capitaliste mondiale, de conflits commerciaux acharnés, de guerres commerciales et de concurrence géostratégique qui s'intensifie, l'élite dirigeante canadienne veut aller beaucoup plus loin.

Au cours de la campagne électorale fédérale de l'année dernière, le NPD a dénoncé le gouvernement libéral pour ne pas avoir dépensé suffisamment pour la défense et a demandé que des dizaines de milliards de dollars soient investis dans des navires de guerre, des avions de combat et des armes de haute technologie. «Malheureusement, après des décennies de coupes et de mauvaise gestion libérales et conservatrices, notre armée se retrouve avec un équipement désuet, un soutien inadéquat et un mandat stratégique peu clair», s'est plaint le NPD dans son programme électoral. «Nous devons faire mieux pour les Canadiens en uniforme et pour la défense de notre pays. Un gouvernement néo-démocrate s'assurera que les troupes disposent de l'équipement, de la formation et du soutien dont elles ont besoin pour accomplir le travail difficile et dangereux que nous leur demandons d'entreprendre» (voir: «Le NPD plaide en faveur de dépenses de dizaines de milliards de dollars pour les forces armées du Canada») .

En faisant avancer les intérêts impérialistes canadiens et en faisant pression pour une troupe armée jusqu'aux dents et un «mandat stratégique», le NPD est prêt à collaborer avec toutes sortes de forces de droite – de Trudeau et Biden aux conservateurs de droite, qu'ils qualifient d'incarnation du mal dans leurs discours du dimanche.

Le même jour où le NPD a présenté sa motion saluant Biden, il a signalé qu'il appuierait une motion conservatrice lors d'un vote, probablement plus tard cette semaine, qui appelle à l'action contre «l'ingérence étrangère» chinoise au Canada et qui demande que le gouvernement Trudeau prenne une décision dans les 30 prochains jours sur l'autorisation ou non de la participation de Huawei au réseau de télécommunications 5G du Canada.

Washington, les opposants des libéraux à droite et le Service canadien du renseignement de sécurité demandent depuis longtemps au Canada de se joindre aux autres membres du réseau d'espionnage des communications Five Eyes dirigé par les États-Unis pour interdire Huawei. Cela fait partie d'une campagne plus large visant à pousser le gouvernement Trudeau à s'aligner encore plus complètement sur l'offensive bipartite économique, diplomatique et militaro-stratégique de Washington contre Pékin: une offensive dont la logique est une confrontation militaire catastrophique entre les deux rivaux dotés de l’arme nucléaire.

Bien que la motion conservatrice demande simplement au gouvernement de prendre une décision sur l'affaire Huawei, le porte-parole du NPD aux Affaires étrangères, Jack Harris, n'a laissé aucun doute sur la position de son parti. Il a dénoncé l'ingérence et les menaces de l'État chinois avant d'ajouter: «Il y a eu suffisamment d'occasions de comprendre ce qui se passe et de reconnaître que Huawei... n'est pas quelque chose que nous devrions vraiment envisager étant donné les alternatives.»

Le NPD décrit à la fois sa critique de la Chine et son approbation d'une éventuelle administration Biden comme visant à promouvoir la «démocratie». Sa motion parlementaire soutenant Biden visait à montrer «la victoire très claire et la force du processus démocratique américain», a déclaré le chef parlementaire du NPD, Peter Julian, à CTV.

En réalité, la subordination de l'opposition de masse au complot fasciste de Trump contre Biden et les démocrates ne peut que conduire au désastre. Comme le World Socialist Site Web l’a expliqué, la principale préoccupation de Biden et des démocrates n’est pas le complot de Trump en vue de se maintenir au pouvoir, mais que son intrigue antidémocratique déclenche un mouvement de masse d’en bas. Tentant d'empêcher cela, Biden a rejeté l'importance des actions et intrigues illégales de Trump et appelle à la coopération avec les mêmes républicains qui permettent la prise de pouvoir autoritaire de Trump.

Même si Trump est contraint de renoncer à la présidence, la mise en place d'une administration de droite, proguerre et proaustérité sous Biden créerait les meilleures conditions politiques pour un renforcement supplémentaire de Trump et de l'extrême droite (voir: «Halte à la conspiration de Trump pour annuler les élections de 2020!»).

Les travailleurs du Canada et des États-Unis doivent s'unir dans une lutte commune contre l'alliance militaro-stratégique réactionnaire entre le Canada et les États-Unis et les guerres impérialistes qu'elle a et continuera de fomenter et de mener. Un élément indispensable de cette lutte doit être la défense des droits démocratiques contre la conspiration de Trump pour conserver le pouvoir en établissant un régime autoritaire. Par leur silence sur son complot de coup d'État, l'élite dirigeante du Canada a clairement indiqué qu'elle chercherait un modus vivendi avec le futur dictateur s'il réussissait. Les travailleurs canadiens et américains doivent intervenir indépendamment dans la situation politique avec un programme socialiste et internationaliste pour résister aux plans de guerre et de dictature mis au point par la classe dirigeante des deux côtés de la frontière.

(Article paru en anglais le 17 novembre 2020)

 

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