Biden recrute les syndicats pour garder les lieux de travail ouverts alors que la pandémie sévit

Par Jerry White
19 novembre 2020

Le président élu Joseph Biden a rencontré lundi des dirigeants d'entreprise et des dirigeants syndicaux avant de prononcer un bref discours sur ses projets de «remettre l'économie sur les rails», alors même que les États-Unis sont confrontés à une flambée de cas de COVID-19 et à un hiver au cours duquel le nombre de morts pourrait presque doubler.

Biden et sa vice-présidente Kamala Harris ont organisé la réunion en ligne avec les PDG de General Motors, Microsoft, Target and the Gap, ainsi que les présidents des syndicats de l'AFL-CIO, des United Auto Workers (automobile), des United Food and Commercial Workers, UFCW (industrie alimentaire), le Syndicat international des employés des services (SEIU) et la Fédération américaine des employés des États, comtés et municipalités (AFSCME).

Biden s'est vanté par la suite: «J'aurais aimé que vous entendiez – les chefs d'entreprise et les dirigeants syndicaux chantant le même hymne ici.» Il a ajouté: «Je l'ai dit clairement aux chefs d'entreprise. J'ai dit: 'Je veux que vous sachiez que je suis pro-syndicat. Les syndicats vont avoir un pouvoir accru’. Ils ont simplement hoché la tête, ils comprennent. Ce n'est pas anti-business. Il s'agit de croissance économique, de création d'emplois bien rémunérés. »

Des dirigeants comme le président de l'UAW, Rory Gamble, ne sont pas des «dirigeants syndicaux» mais des larbins rémunérés par la grande entreprise. L'UAW dissimule actuellement des épidémies dans les usines automobiles et menace les travailleurs qui révèlent des cas sur les réseaux sociaux. Au cours du seul mois dernier, il y a eu des centaines de nouvelles infections dans ces usines et au moins deux décès, dont Mark Bianchi, de l'usine d'assemblage Fiat Chrysler de Sterling Heights, dans la banlieue de Detroit.

Joe Biden, alors vice-président, à gauche, est accueilli par le président de l'AFL-CIO, Rich Trumka, avant de s'adresser à la foule avant le défilé annuel de la fête du Travail en 2015, à Pittsburgh. (Photo AP / Keith Srakocic )

Le président de l’UFCW Marc Perrone, est tout aussi coupable. Au moins 546 usines de conditionnement de la viande ont eu des cas confirmés de COVID-19, près de 50000 travailleurs dans ces usines ont été testés positifs, dont au moins 249 sont morts, selon les données recueillies par le Food Environment Reporting Network. Des dizaines de milliers d'autres employés des conserveries et de la transformation des aliments ont été infectés.

Il en est de même pour Mary Kay Henry du SEIU, dont les membres comprennent bon nombre des plus de 1000 travailleurs des foyers d’accueil décédés depuis le début de la pandémie, en plus du nombre inconnu de travailleurs des services hospitaliers.

La réunion entre Biden, les PDG et les dirigeants syndicaux survient alors que la pandémie devient incontrôlable. Trump, qui a refusé de s’avouer battu et poursuit sa conspiration pour annuler le résultat, a clairement indiqué qu'il n'y aurait pas d'arrêt de la production non essentielle. L'incitation de Trump à la violence fasciste est inextricablement liée à la politique «d'immunité collective» de la classe dirigeante .

Le Parti démocrate, un parti de Wall Street, est terrifié à l'idée de faire ou de dire quoi que ce soit qui puisse effrayer les marchés ou encourager l'opposition de masse. Il sait qu'il y a une colère croissante dans la classe ouvrière, qui menace d'éclater en des grèves et débrayages. En mars dernier, des grèves sauvages des travailleurs de l'automobile ont forcé la fermeture de l'industrie automobile nord-américaine et des confinements dans tout le pays.

Les démocrates s'opposent à la mise en œuvre des mesures nécessaires pour contenir le virus. Dans son discours, Biden a admis: «Nous entrons dans un hiver très sombre, les choses vont devenir beaucoup plus difficiles avant de s’améliorer. Cela nécessite de ne ménager aucun effort pour lutter contre le COVID, afin que nous puissions ouvrir nos entreprises en toute sécurité, reprendre nos vies et de laisser cette pandémie derrière nous. »

Les gouverneurs de l'Illinois, du Michigan et d'autres États industriels ont reconnu que les sites de fabrication sont devenus l'un des principaux vecteurs de transmission du COVID-19. Le moyen le plus sûr d'arrêter la propagation de la maladie mortelle est d'arrêter toute production non essentielle. Mais l'oligarchie financière et industrielle ne tolérera plus aucune entrave à ses opérations de production de profit. Parlant au nom des intérêts de Wall Street, les démocrates, Biden et les gouverneurs de l'Illinois, du Michigan, de New York, de la Californie et d'autres États, se sont opposés à la fermeture d'usines et d'écoles pour sauver des vies.

Après les remarques de Biden lundi, un journaliste lui a demandé: «Pensez-vous que davantage de gouverneurs devraient fermer les entreprises non essentielles et rétablir les confinements?» Biden a esquivé la question, en disant d'abord « cela dépend de l'État », puis en faisant l'éloge des gouverneurs républicains du Dakota du Nord, de l'Utah et de l'Ohio pour avoir introduit le port obligatoire de masques.

En fait, Biden et ses principaux collaborateurs ont rejeté à plusieurs reprises la fermeture d'industries non essentielles. Comme l'arapporté mardi le Washington Post, « Le consensus au conseil consultatif est que nous ne cherchons pas à imposer à nouveau un confinement national», a déclaré Celine Gounder, professeure adjoint d’enseignement clinique à l’Ecole de médecine NYU Grossman et membre du nouveau groupe d’experts sur le coronavirus de Biden. Biden, a-t-elle ajouté, « n'a pas dit qu'il organiserait un confinement national. Il a également indiqué très clairement lors de ces réunions qu'il souhaitait vraiment viser les restrictions de manière plus précise».

La semaine dernière, un membre du groupe de travail, Michael Osterholm, a déclaré qu'il devrait y avoir une fermeture nationale de quatre à six semaines et que tous les travailleurs et les petites entreprises touchés devraient être indemnisés. Suite à la baisse du marché boursier, l'équipe de Biden s'est rapidement dissociée de ces déclarations.

Pour Biden, apoursuivi le Washington Post, « éviter les fermetures généralisées que le pays a utilisées au printemps signifie que son gouvernement devra s'appuyer sur un autre ensemble de stratégies pour endiguer le virus ».

La réunion avec les dirigeants des entreprises et des syndicats a signalé que l'«autre ensemble de stratégies» du président élu consiste en l’utilisation accrue des syndicats pour promouvoir le faux récit sur la «réouverture des entreprises en toute sécurité» et pour réprimer les revendications croissantes des travailleurs de stopper la production non-essentielle.

Les travailleurs doivent prendre l’initiative. Dans plusieurs grandes usines automobiles et districts scolaires, les travailleurs ont déjà commencé à mettre en place des comités de sécurité de la base, indépendants des syndicats, pour briser la conspiration du silence sur les épidémies, lutter pour le contrôle de la santé et de la sécurité et prôner une grève nationale pour fermer la production et les écoles non essentielles et exiger une compensation complète pour tous les travailleurs et petites entreprises touchés.

En même temps, les travailleurs essentiels doivent disposer d'un équipement de protection individuelle du meilleur standard et des effectifs complets, dans des conditions où leur santé et leur sécurité sont surveillées et contrôlées par des comités de sécurité de la base.

Ces comités doivent être étendus à chaque usine, lieu de travail, école et université. Alors qu’il y a des signes qu'un vaccin arrivera l'année prochaine, tout doit être fait pour sauver des vies maintenant.

Le principe directeur qui doit guider ce combat est que la santé et la sécurité des travailleurs doivent primer sur les profits des grandes entreprises et de Wall Street. Une véritable stratégie de lutte contre la pandémie nécessite une vaste redistribution des ressources de la société pour garantir des tests universels et réguliers, la recherche des cas contacts et un traitement médical gratuit.

Un vaste programme de travaux publics doit être lancé pour embaucher les chômeurs, construire les infrastructures nécessaires à la distribution du vaccin et éradiquer la pauvreté. Pour y arriver, la classe ouvrière doit mener une lutte politique pour le socialisme contre les deux partis soutenus par le grand patronat et le système capitaliste de l’inégalité sociale et de la mort de masse qu'ils défendent.

(Article paru en anglais le 18 novembre 2020)

 

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