Nomination de membres de groupes de réflexion proguerre et d’anciens fonctionnaires du Pentagone dans l’équipe de transition Biden

Par Ray Coleman et Nick Barrickman
18 novembre 2020

La semaine dernière, le président élu Joe Biden a nommé les principaux membres de son équipe de transition du département de la Défense. Huit des 23 membres de l’équipe de Joe Biden sont issus de groupes de réflexion promilitaires. Kathleen Hicks, première vice-présidente du Center for Strategic and International Studies (CSIS), un groupe de réflexion de Washington DC. ayant des liens étroits avec les forces armées et les services de renseignement américains, dirigera l’équipe de transition de Joe Biden au Pentagone. Hicks est également à la présidence de l’organisme Henry A. Kissinger Center for Global Affairs et directrice du programme de sécurité internationale au CSIS.

Le CSIS reçoit des fonds importants de la part d’entrepreneurs de l’industrie de l’armement tels que General Dynamics, Northrop Grumman et Raytheon. Selon le profil de Hicks sur le site web du CSIS, ses domaines de spécialisation comprennent l’Asie, le changement climatique, le contre-terrorisme et la sécurité intérieure, l’industrie de la défense, la stratégie et les capacités de défense, l’OTAN et la prolifération des armes de destruction massive.

Un drone MQ-1 Predator, armé de missiles AGM-114 Hellfire (source: Wikimedia Commons)

Elle est membre du conseil d’administration de l’Aerospace Corporation et siège au conseil d’administration de l’Institut naval des États-Unis, le US Naval Institute. Elle a reçu des récompenses pour services éminents de la part de trois secrétaires à la Défense et d’un président de l’état-major interarmées.

Hicks était haute fonctionnaire du Pentagone dans l’administration du président Barack Obama lors des guerres d’Afghanistan et d’Irak et des conflits en Libye et Syrie. Elle était sous-secrétaire adjointe principale à la politique au sein du département de la Défense. Elle a également occupé le poste de sous-secrétaire adjointe à la Défense: Stratégie, plans et forces.

Le CSIS a fourni plusieurs autres personnes qui ont été retenues pour l’équipe de transition de Biden au Pentagone. Melissa Dalton a été fonctionnaire au Pentagone de 2007 à 2014, une période couvrant les administrations de George W. Bush et de Barack Obama. Elle est une spécialiste du Moyen-Orient.

Un autre membre de l’équipe de transition de la Défense de Biden est Andrew Hunter, qui a servi au Pentagone de 2011 à 2014.

«La scène des groupes de réflexion de DC est bien représentée» dans l’équipe de transition militaire de Biden, déclare Defense News.

Selon un article d’investigation du New York Times de 2016 («How Think Tank Amplify Corporate America’s Influence»), le CSIS fonctionne comme un levier de lobbying de facto de l’industrie de la défense, utilisant ses connexions avec les sociétés et le gouvernement pour promouvoir la vente d’armes de guerre.

«Les groupes de réflexion, affirme le New York Times, ont du pouvoir dans les débats politiques du gouvernement parce qu’ils sont considérés comme des chercheurs indépendants des intérêts financiers. Mais dans la course au financement, les groupes de réflexion font avancer des programmes importants pour les sociétés donatrices, brouillant ainsi parfois la ligne entre chercheurs et lobbyistes.»

Le CSIS a également des liens extrêmement étroits avec le gouvernement d’Arabie Saoudite, qui mène une guerre contre la population du Yémen depuis les cinq dernières années tout en recevant des armes des mêmes entrepreneurs de l’industrie de l’armement qui financent le CSIS.

D’autres membres de l’équipe, Ely Ratner et Susanna Blume, ont été récemment employés par le Center for a New American Security (CNAS), un groupe de réflexion qui est également fortement financé par des entrepreneurs de l’industrie de l’armement, ainsi que par des conglomérats pétroliers. L’équipe de politique étrangère du vice-président élu Kamala Harris pendant la campagne présidentielle a également été recrutée par ce groupe de réflexion.

Le CNAS a été cofondé par Michèle Flournoy, qui a été sous-secrétaire à la Défense de l’administration Obama pour la politique de 2009 à 2012. Flournoy devrait être choisie par Biden pour le poste de secrétaire à la Défense.

Malgré ses liens avec le Parti démocrate, le CNAS compte également des républicains de premier plan comme Richard Armitage dans son conseil d’administration. Armitage, un stratège de longue date du Parti républicain au Pentagone, est étroitement lié à l’industrie pétrolière et a servi dans les deux administrations Bush lorsqu’elles ont mené les guerres criminelles contre l’Irak en 1991 et 2003.

La Rand Corporation a également fourni du personnel à l’équipe de transition de Biden. L’une de ses responsables, Christine Wormuth, a servi au sein du département de la Défense sous Obama. Parmi les autres fonctionnaires de la Rand Corporation recrutés dans l’équipe de Biden, on compte Stacie Pettyjohn et Terri Tanielian. Les domaines d’expertise de Pettyjohn comprennent l’Internet, les affaires militaires, les installations militaires, le terrorisme et les jeux de guerre, tandis que la spécialité de Tanielian est la santé et la médecine militaires.

Signe de continuité entre la politique étrangère de l’administration Trump et celle de la nouvelle équipe de Biden, Politico rapportait jeudi que Biden avait pris contact avec des fonctionnaires associés à l’ancien secrétaire à la Défense James Mattis pour les consulter, notamment pour occuper d’éventuels postes au sein du cabinet.

Selon Politico, ces entretiens en sont «à leurs débuts» et secrets. Mattis a été le chef de Trump au Pentagone de 2017 à fin 2018, date à laquelle il a démissionné en signe de protestation contre les plans annoncés par Trump de réduire la présence des troupes américaines en Syrie. Avant de servir dans le cabinet de Trump, Mattis a dirigé les Marines lors de la destruction de Falloujah en Irak en 2004, un crime de guerre. Au début de 2018, Mattis a publié la nouvelle stratégie de défense nationale des États-Unis annonçant que l’objectif des opérations militaires américaines est passé de la «guerre au terrorisme» à la «concurrence entre grandes puissances», une politique visant principalement la Russie et la Chine.

Les plans de Biden pour poursuivre et intensifier la campagne de guerre des États-Unis dans le monde entier ont fait monter en flèche les stocks de l’industrie de la défense. Les actions de sociétés telles que Raytheon, Boeing et Northrop Grumman ont grimpé en flèche lorsque les médias ont annoncé la victoire de la présidence pour Biden le samedi 7 novembre. Lors de l’ouverture des marchés boursiers le lundi 9 novembre, de nombreuses actions de l’industrie de la défense ont fait un bond en prévision d’une Maison-Blanche occupée par Biden favorable à la guerre et du maintien du contrôle républicain sur le Sénat.

Durant la semaine du 4 au 10 novembre, les actions de Raytheon ont grimpé de 19 %, celles de Boeing de 22 % et celles de General Dynamics de 9 %. Les actions du fonds négocié en bourse iShares US Aerospace and Defense, qui contient un panier d’actions de la défense telles que Lockheed Martin, Teledyne Technologies, Northrop Grumman et Huntington Ingalls, ont augmenté de près de 12 % cette semaine.

«C’est une industrie en croissance, malheureusement, et elle continue de l’être», a déclaré l’analyste Lou Whitehead dans l’émission «Industry Focus» sur Nasdaq.com la semaine dernière.

Arnold Punaro, consultant en matière de défense et ancien membre du personnel du Sénat démocrate, a déclaré au Washington Post: «Notre industrie connaît très bien Joe Biden, et il connaît très bien notre industrie. Je pense que l’industrie aura, en matière de sécurité nationale, une vision très positive» du nouveau gouvernement.

Sous l’administration Trump, le budget du Pentagone est passé des 663 milliards de dollars qu’il était pour l’année fiscale 2017, à 738 milliards de dollars pour l’année fiscale 2020. Malgré les dizaines de milliards de dollars supplémentaires dépensés pour les forces armées sous Trump, les dépenses totales de défense ont néanmoins atteint un sommet avec 850 milliards de dollars au cours de l’année fiscale 2010, sous l’administration Obama.

Pendant la campagne des primaires démocrates, Biden déclarait que s’il était élu président, il «mettrait un terme aux guerres sans fin qui ont un coût en sang et en argent incalculable». Comme le montre clairement son équipe de transition, ces déclarations sont bel et bien une imposture.

Biden va également poursuivre le programme de modernisation nucléaire du pays, qui, selon l’Association pour le contrôle des armements, devrait coûter 1200 milliards de dollars sur une période de trois décennies. Ce programme, qui a été recommandé dans les dernières années de l’administration Obama, vise principalement à préparer les conflits avec les principaux concurrents militaires de Washington que sont la Chine et la Russie.

Northrop Grumman est le principal contractant du programme Ground-Based Strategic Deterrent (GBSD) de dissuasion stratégique au sol. Ce dernier prévoit la construction de nouveaux missiles balistiques intercontinentaux. La PDG Kathy Warden a joyeusement informé les investisseurs lors du dernier appel de fonds de la société en octobre que le programme pourrait à lui seul représenter 85 milliards de dollars, sinon plus, pour la durée du contrat. Northrop Grumman a également conclu un contrat pour le développement et la construction du bombardier furtif B-21 Raider porteur d’armes nucléaires.

«Nous sommes convaincus que la nouvelle administration reconnaîtra cette valeur et continuera à soutenir les efforts de modernisation qui sont en cours pour le GBSD et le B-21», a-t-elle déclaré.

Peu importe qu’il s’agisse de Trump ou de Biden, les entrepreneurs de l’industrie de l’armement sont assurés de faire des profits massifs. Alors que des milliards de dollars seront dépensés pour réarmer et préparer les États-Unis à la guerre nucléaire tout en canalisant davantage de profits vers les profiteurs de guerre, la population se verra une fois de plus dire qu’«il n’y a pas d’argent» pour les soins de santé ou les programmes sociaux malgré la pleine pandémie qui fait rage.

Tout au long de la campagne électorale, Biden et sa colistière Kamala Harris ont évité d’aborder les problèmes socio-économiques aigus auxquels sont confrontés les travailleurs. La campagne a plutôt mis de l’avant les politiques raciales et identitaires, en vantant notamment la nomination supposément «historique» de Harris, une Afro-Américaine et une Asiatique-Américaine, au poste de vice-présidente.

Conformément aux fixations raciales et sexuelles du Parti démocrate, Biden a sélectionné des membres de groupes minoritaires pour faire partie de son équipe de transition au Pentagone. Selon Military.com, Biden a choisi l’amiral à la retraite Michelle Howard, qui «a été la toute première femme afro-américaine à commander un navire de la Marine» ainsi que «la première femme amiral quatre étoiles de la Marine». Au total, 15 des 23 membres de l’équipe de transition du département de la Défense de Biden sont des femmes.

De tels choix symboliques seront un bien maigre réconfort pour les millions d’hommes, de femmes et d’enfants aux États-Unis et dans le monde entier qui sont menacés par les plans de guerre d’une administration Biden.

(Article paru en anglais le 17 novembre 2020)

 

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