La pandémie et les complots de Trump

Par Joseph Kishore
17 novembre 2020

Trois événements survenus au cours des trois derniers jours ont mis en lumière le caractère des intrigues post-électorales de Trump et les intérêts sociaux et économiques qui les motivent.

Tout d’abord, vendredi, des informations ont paru dans les médias sur une réunion d’urgence à laquelle ont participé les PDG de grandes entreprises américaines, tôt le matin du 6 novembre, trois jours après l’élection, pour discuter l’affirmation de Trump qu’il avait remporté l’élection. Selon ces informations, la réunion comprenait les dirigeants de Disney, Johnson & Johnson, Walmart, Goldman Sachs, et d’autres sociétés de la liste Fortune 500.

Un article du Financial Times paru ce week-end indique que la réunion «s’est ouverte sur une note sombre, avec un avertissement sur la possibilité d’un “coup d’État”, de Timothy Snyder, l’historien de Yale et auteur de “On Tyranny”, qui a dit aux chefs d’entreprise qu’on avait presque toujours renversé les démocraties de l’intérieur».

Des partisans du président Donald Trump se rassemblent au Freedom Plaza le samedi 14 novembre 2020 à Washington. (AP Photo/Julio Cortez)

La réunion, qui s’est tenue à 7 heures du matin, montre avec quel sérieux on discute la possibilité d’un coup d’État post-électoral de Trump pour rester au pouvoir dans les milieux dirigeants. Selon le FT, de nombreux dirigeants ont décidé de soutenir Biden par crainte que le refus de Trump d’accepter le résultat de l’élection ne provoque une explosion sociale. Le FT cite Jeffrey Sonnenfeld, un professeur de Yale qui a organisé l’appel et déclare que «l’on craignait beaucoup» que la réaction de Trump à l’élection «ne conduise à plus de clivages dans le pays plutôt qu’à moins… Ils ne veulent pas de lieux de travail hostiles».

Fait significatif, l’un des plus puissants représentants du capital financier, Stephen Schwarzman, le fondateur du fonds spéculatif Blackstone, a défendu Trump. «M. Schwarzman», rapporte le FT, «un donateur républicain qui a été l’un des plus énergiques partisans de Trump à Wall Street, a cherché à apaiser ces craintes [d’un coup d’État]. Il a dit que le président était dans son droit de contester le résultat des élections et prévoyait que le processus juridique suivrait son cours».

Le deuxième événement a également eu lieu vendredi, lorsque Trump a fait sa première apparition publique depuis les élections, pour revendiquer les progrès réalisés dans le développement d’un vaccin contre le coronavirus.

Trump a surtout insisté pour dire qu’étant donné que la pandémie échappait à tout contrôle et que le nombre de décès augmentait, il s’opposerait à toute mesure visant à arrêter la propagation du virus. «Ce gouvernement ne va pas faire de confinement», a déclaré Trump. «Le temps dira» qui sera en fonction après le 20 janvier”, a-t-il dit, «mais je peux vous dire que ce gouvernement ne fera pas de confinement… Le remède ne peut pas être… pire que le problème lui-même».

Trump a directement lié cette position à la hausse des marchés boursiers. «Je vois que la bourse a encore augmenté de près de 400 points aujourd’hui, et elle est prête à battre le record de tous les temps».

Les commentaires de Trump vendredi suivaient de deux jours la déclaration du Dr Michael Osterholm, épidémiologiste de premier plan et conseiller du président élu Joe Biden, qu’un confinement national ainsi qu’une aide économique aux travailleurs pourraient permettre de maîtriser le virus. Ces déclarations ont entraîné une chute des marchés mercredi et jeudi, suivie de l’assurance rapide de la campagne Biden qu’elle était opposée à tout confinement national.

Je suis l’homme, disait Trump à l’oligarchie financière, qui appliquera le plus énergiquement la campagne de «retour au travail» face à l’opposition populaire qui croît à mesure que le nombre de morts augmente.

Le troisième événement a eu lieu samedi, lorsque Trump est passé en voiture et a salué une manifestation organisée par des groupes fascistes sous la bannière «Stop the Steal» (Arrêtez le vol). Une opération liée à l’allié de Trump, Roger Stone, et aux figures entourant l’ancien conseiller en chef fasciste de Trump, Stephen Bannon.

Parmi les participants se trouvaient des groupes paramilitaires comme les Gardiens du serment (Oath Keepers), les Garçons fiers (Proud Boys) — à qui Trump a dit de «rester en retrait et de se tenir prêt» pendant le débat présidentiel de septembre — et les Trois pour cent (Three Percenters). Le fasciste Alex Jones était là, lui aussi. Le néonazi Andrew Anglin, l’un des organisateurs du rassemblement «Unifier la Droite» (Unite the Right) de 2017 à Charlottesville, en Virginie, a salué le rassemblement comme une «victoire massive». Nick Fuentes, antisémite déclaré, et Marjorie Taylor Greene, députée républicaine élue, partisane de l’organisation fasciste QAnon, ont également pris la parole.

Cette manifestation marque une intensification des efforts de Trump pour développer un mouvement d’extrême droite, fasciste. Trump veut les utiliser de telles forces, ainsi que des couches fascistes dans la police et l’appareil d’État, pour imposer la campagne meurtrière de la classe dirigeante en réponse à la pandémie et à la croissance de l’opposition sociale dans la classe ouvrière. Le Parti démocratique a délibérément évité toute critique sur le fait qu’en soutenant l’événement, le président s’identifiait ouvertement aux forces fascistes.

Il faut lancer un avertissement: Trump reste président, au sommet du pouvoir exécutif aux États-Unis, pendant encore 65 jours, et la situation politique peut aller dans différentes directions. Et s’il est démis de ses fonctions, Trump est en train de créer une histoire de «coup de poignard dans le dos» selon laquelle l’élection était illégitime et qu’il reste le président légitime.

Les démocrates, un parti de Wall Street et de l’armée, sont avant tout opposés à tout ce qui peut déclencher une résistance populaire et une opposition d’en bas. Ils présentent les actes de Trump comme un simple «coup de colère» personnel et non pas comme la menace extrêmement sérieuse de renverser ce qui reste de régime démocratique aux États-Unis. De plus, comme le montre le désaveu rapide des commentaires d’Osterholm, ils sont opposés aux mesures nécessaires pour arrêter la propagation de la pandémie.

L’élément central des critiques des démocrates à l’encontre de Trump pour son refus de concéder l’élection n’est pas son incitation à la violence fasciste ou son effort pour établir une dictature personnaliste, mais leurs plaintes que Trump porte atteinte à la «sécurité nationale» — c’est-à-dire aux intérêts de l’impérialisme américain.

Le New York Times, la principale publication du Parti démocrate, a publié une série de commentaires et d’éditoriaux sur ce thème au cours de la dernière semaine. Dans un éditorial publié le 11 novembre, le Times réprimande les républicains pour avoir «cédé à la colère de M. Trump» au sujet des élections, avertissant que cela avait « de graves implications pour la sécurité nationale». Le Times conclut que le comportement de Trump «crée une inquiétante opportunité à exploiter pour les adversaires étrangers de l’Amérique».

Alors que Trump intensifie son incitation à la violence, les démocrates lancent un appel à l’unité avec ses partisans du parti républicain. Selon un article paru dans Politico, Biden en appelle à l’ancien secrétaire à la défense de Trump, Jim Mattis « pour qu’il l’aide à effectuer la transition au Pentagone et éventuellement pour qu’il serve dans la nouvelle administration» afin de «construire une équipe de direction efficace et bipartite pour le Département de la défense».

Il y a dix jours, au lendemain de l’élection, le WSWS a attiré l’attention sur les premières déclarations de Biden selon lesquelles il était nécessaire de «mettre la dure rhétorique de la campagne derrière nous» et de «cesser de traiter nos adversaires comme des ennemis». Les commentaires de Biden, avons-nous expliqué, «indiquent clairement comment les démocrates vont aborder le conflit politique dans les semaines à venir. Ils vont tout faire pour bloquer l’opposition populaire massive aux conspirations de Trump. Les démocrates veulent empêcher que l’émergence de l’opposition à Trump ne menace les intérêts de Wall Street et de l’impérialisme américain».

C’est ce qui se joue actuellement. Les conspirations des élites dirigeantes peuvent être battues, mais cela exige que les travailleurs prennent des mesures indépendantes. Une véritable lutte contre Trump ne peut être développée qu’en opposition aux démocrates.

Il faut mener la lutte contre la menace de la dictature fasciste et la lutte contre la politique d’«immunité collective» de la classe dirigeante comme une lutte contre l’ensemble de l’oligarchie industrielle et financière et du système capitaliste. Elle exige que la classe ouvrière prenne le pouvoir entre ses mains et restructure la vie économique sur la base de l’égalité et du socialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 16 novembre 2020)

 

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