Alors que GM entreprend d'étendre sa production à Oshawa en Ontario, l'UAW fait la promotion du nationalisme anti-canadien

Par Shannon Jones
14 novembre 2020

L'annonce par General Motors que le constructeur investira 1,3 milliard de dollars dans son usine d'Oshawa, en Ontario, pour commencer la production de camionnettes là-bas a été accueillie avec des contestations par les responsables locaux du syndicat United Auto Workers aux États-Unis, qui attisent les craintes que les travailleurs américains perdent des emplois. L'annonce du réoutillage d'Oshawa faisait partie de la récente entente conclue entre GM et le syndicat canadien Unifor.

L’usine d’assemblage d’Oshawa

En raison de la forte demande pour les camionnettes Chevy Silverado et GMC Sierra, GM a décidé de construire des véhicules supplémentaires dans l'usine d'Oshawa qui fonctionne actuellement avec équipe réduite à l’emboutissage des pièces. La décision de GM entraînerait la création de jusqu'à 2500 nouveaux emplois à partir de janvier 2022.

En raison de la pandémie et de l'arrêt temporaire de la production automobile, les stocks de camions les plus vendus de GM sont limités. En outre, les taux d'absentéisme élevés des travailleurs en raison de la peur de contracter la COVID-19 ont rendu impossible la capacité de suivre la demande.

L'usine d'Oshawa a arrêté la production automobile l'année dernière dans le cadre d'un plan d'austérité de GM qui a supprimé cinq usines aux États-Unis et au Canada. Le syndicat canadien Unifor et l'UAW ont bloqué toute lutte contre les fermetures. Pour sa part, Unifor a mis fin aux manifestations militantes des travailleurs d'Oshawa et a cherché à détourner la colère suscitée par les pertes d'emplois en une campagne ouvertement raciste, faisant des frères travailleurs de l'automobile au Mexique des boucs émissaires. Pendant ce temps, Unifor et l'UAW ont occulté la nouvelle de la grève héroïque des travailleurs brutalement exploités à Matamoros, au Mexique.

Aujourd'hui, l'UAW fait la promotion d'une campagne similaire contre les travailleurs de l'automobile canadiens. Dans des remarques citées dans le Detroit News, Rich LeTourneau, président de l’UAW de l'usine de camions légers GM de Fort Wayne, en Indiana, a exprimé sa crainte que la réouverture de l'usine d'Oshawa puisse menacer les emplois aux États-Unis. «Je sais comment cela fonctionne lorsque vous avez trop d'usines budgétisées de la même manière. Il doit y avoir une réduction de volume quelque part. Où cela va-t-il frapper?» Notant que Fort Wayne fabrique également le Silverado et le Sierra, il a exprimé sa déception que GM ait ignoré ses propositions visant à augmenter la production des travailleurs de l'automobile de Fort Wayne.

Les travailleurs de Fort Wayne GM au vote de la convention collective

Un autre responsable de l'UAW, Eric Welter, président de la section locale 598 de l'usine GM Flint Truck, a déclaré: «Les gens travaillent très dur, beaucoup de week-ends pour fabriquer ce produit. Envoyer l’approvisionnement ailleurs, nous ne savons pas ce que cela signifie pour l'avenir… c'est un peu décevant qu'ils ne nous aient pas donné une chance d'augmenter notre vitesse de ligne plutôt que de rééquiper une autre usine.»

Rien ne pourrait démasquer plus clairement la logique anti-ouvrière et fratricide du programme nationaliste des syndicats, qui oppose travailleur contre travailleur dans une spirale descendante sans fin vers des salaires inférieurs et des conditions qui se détériorent. Il convient de souligner que l'UAW et Unifor ont imposé des calendriers de production complets et réprimé l'opposition de la base au mépris de GM pour la santé et la sécurité des travailleurs en pleine pandémie.

Après avoir poignardé les travailleurs d'Oshawa dans le dos, permis la fermeture de l'usine l'année dernière et forcé les travailleurs âgés à accepter des rachats ou à prendre leur retraite, Unifor a maintenant conclu un accord qui permettra à GM de doter la nouvelle exploitation de camions légers en grande partie d'un niveau de rémunération inférieur, deux niveaux de travailleurs à temps partiel, avec d'énormes économies pour la direction. De plus, il y a tout lieu de croire que le président d'Unifor, Jerry Dias, a fait des concessions sur des conditions de travail qui sont cachées aux travailleurs.

Pour promouvoir davantage la concurrence des coûts entre les travailleurs de l'automobile américains et canadiens, Dias a insisté sur une date d'expiration commune pour les travailleurs des constructeurs automobiles de Detroit des deux côtés de la frontière. Cela permettrait aux constructeurs automobiles de «comparer» les offres de concession de l'UAW et d'Unifor.

Unifor a collaboré étroitement avec le premier ministre canadien Justin Trudeau à la négociation de l'Accord réactionnaire États-Unis-Mexique-Canada (AEUMC) ratifié plus tôt cette année. L'accord commercial fait partie d'une stratégie visant à faire baisser davantage les salaires avec l'aide des syndicats, dans le cadre de la création d'un bloc commercial nord-américain, dirigé par les États-Unis, qui sera «compétitif» avec les zones à bas salaires, en particulier la Chine.

Dans une déclaration au Bulletin d'information des travailleurs de l'automobile du WSWS, un ancien travailleur de l'usine de camions de Fort Wayne a exprimé son dégoût à l'égard de l'animosité de l'UAW envers les travailleurs canadiens. «Je soutiens l'unité avec les travailleurs de l'automobile du monde entier. Le fait de ne pas être unis est ce qui nous met tous dans la position actuelle où les grandes entreprises montent chaque groupe de travailleurs les uns contre les autres. C’est une course mondiale vers le bas et les syndicats y adhèrent.

«Les syndicats semblent tout à fait satisfaits de céder aux demandes des constructeurs pour plus de production à moindre coût. Pendant tout ce temps, les sociétés réalisent des bénéfices records. Il n'y a plus grand-chose à donner. Le syndicat de Fort Wayne n'a pas beaucoup de place pour négocier. Tout récemment, ils ont abandonné des périodes de pause pour certains membres pour maintenir la ligne en mouvement. Rien n'a été donné à ces travailleurs en retour et ils n'avaient même pas leur mot à dire.»

Contrairement à la démagogie anti-canadienne et anti-mexicaine crachée par l'UAW, les travailleurs américains de GM lors de leur grève historique de 40 jours en 2019 ont été enthousiastes à l'idée d'entendre dans le Bulletin d’information le soutien donné à leur lutte par leurs frères travailleurs de GM à Silao au Mexique. Sept travailleurs de Silao GM ont été licenciés après avoir lancé un appel pour soutenir les travailleurs américains en refusant les heures supplémentaires dans l'usine qui construit également les camionnettes Silverado et Sierra. Cet assaut a été conçu par la direction en collaboration avec le syndicat corrompu de la Confédération des travailleurs mexicains.

Travailleurs de l'automobile de Silao

Un travailleur de Flint a déclaré au Bulletin d’information pendant la grève: «Je crois que ce sont les travailleurs du monde qui vont devoir s'unir contre les grandes entreprises. Ce ne sont plus seulement les travailleurs des États-Unis ou du Canada, je crois que nous sommes tous dans le même combat.»

Dan, un autre employé de Flint GM, a déclaré: «Nous fabriquons le même camion qu’ils le font à Silao, et je pense que leurs salaires doivent être très bas. J'ai entendu dire qu'ils refusaient d'augmenter leur production lorsque nous nous sommes mis en grève. Et maintenant ils sont licenciés? C’est injuste.»

«Je tiens à remercier ces travailleurs pour leur position et nous les défendons. C'est une économie mondiale. Je pense donc que nous avons besoin d'une grève mondiale. Nous sommes tous confrontés à la même chose. Nous nous battons pour récupérer tout ce que GM nous a pris.»

Les travailleurs de l’automobile américains doivent rejeter le nationalisme répugnant de «l'Amérique d'abord» promu par l'UAW, qui vise à diviser les travailleurs américains, canadiens et mexicains. Quelles que soient leur nationalité, couleur de peau ou appartenance ethnique, tous les travailleurs sont exploités par les mêmes sociétés transnationales et partagent des intérêts communs. Le Bulletin d’information cherche à forger l'unité la plus étroite entre les travailleurs du monde entier en opposition à la stratégie de division pour régner des constructeurs automobiles et des syndicats. Les travailleurs doivent ramener de l’avant le principe selon lequel une attaque contre l'un est une attaque contre tous.

Cela nécessite une rupture organisationnelle et politique avec les syndicats procapitalistes. Déjà, le Parti de l'égalité socialiste et le Bulletin d’information ont contribué à la création de comités de sécurité de la base, indépendants des syndicats, dans un certain nombre d'usines sur la base du principe que les besoins des travailleurs, y compris le droit à un environnement de travail sain, doivent primer sur les profits. Nous encourageons les travailleurs de l'automobile qui souhaitent se joindre à cette lutte à contacter le Bulletin d'information des travailleurs de l’automobilepour plus d'informations sur la création d'un comité de sécurité de la base dans votre usine.

(Article paru en anglais le 9 novembre 2020)

 

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