Allemagne: Manifestation d'extrême droite à Leipzig soutenue par le pouvoir judiciaire, la police et le gouvernement

Par Peter Schwarz
13 novembre 2020

Samedi, environ 20.000 manifestants se sont rassemblés dans le centre de Leipzig, entassés et pour la plupart sans masque, pour protester contre les restrictions du gouvernement allemand en matière de coronavirus. La police a attendu plusieurs heures avant de mettre officiellement fin à la manifestation en raison du non-respect des règles d’hygiène par la foule. Plusieurs milliers de manifestants ont alors défilé sur le boulevard périphérique central de la ville et ont attaqué les contre-manifestants et les journalistes. La police a non seulement permis à la foule de se déchaîner, mais elle l’a aussi activement soutenue.

La manifestation dite des «penseurs latéraux» dans le centre de la ville avait été approuvée par le tribunal administratif supérieur de Saxe à Bautzen quelques heures seulement avant le début de la manifestation. Auparavant, le tribunal administratif de Leipzig n’autorisait une manifestation que sur le vaste terrain du centre d’exposition situé à la périphérie de la ville.

Des manifestants entassés devant le Gewandhaus de Leipzig (Image: vidéo Twitter)

En se basant sur l’expérience de précédentes manifestations similaires à Berlin et à Constance, il était évident que les néonazis et les extrémistes de droite de toute l’Allemagne se mobiliseraient pour la manifestation de Leipzig et que les participants ignoreraient la réglementation gouvernementale en matière de pandémie. Néanmoins, la cour supérieure a pris la décision consciente de permettre aux manifestants de se rassembler dans les étroites limites du centre-ville. Elle a offert ainsi une arène de premier plan aux négationnistes du COVID-19 et aux extrémistes de droite.

Ce faisant, la cour a reçu le soutien total de la police de l’État de Saxe. De nombreux vidéos, photos et témoignages de témoins oculaires qui circulent actuellement sur Internet montrent comment les manifestants ont défié toutes les contraintes sous le regard bienveillant de la police. Plusieurs vidéos montrent des policiers dans des voitures de patrouille qui lèvent le pouce en signe de solidarité avec les manifestants.

Lorsque les manifestants ont lancé des pièces pyrotechniques, des pétards et d’autres projectiles sur la police pour forcer le passage vers le périphérique de Leipzig, la police n’a rien fait pour les arrêter. Au lieu de cela, ils se sont retirés pas à pas. Ceci est également documenté sur vidéo.

Par contre, la police a encerclé et harcelé les participants à une contre-manifestation. Dans le quartier de Connewitz, la police a utilisé deux canons à eau le soir même pour disperser des militants de gauche qui, selon la police, avaient jeté des pierres sur les fenêtres d’un poste de police et auraient allumé des engins incendiaires.

Les manifestants d’extrême droite ont agressé physiquement plusieurs journalistes, en en blessant grièvement certains. Là encore, la police n’a rien fait pour protéger les journalistes, mais a plutôt participé aux attaques. Selon le syndicat des journalistes DJU, on a empêché au moins 38 représentants des médias de faire leur travail. Neuf cas d’obstruction ont été dus à l’intervention hostile de policiers. «Par rapport aux manifestations anti-coronavirus à Berlin, par exemple, nous avons vu hier une toute nouvelle dimension en termes d’ampleur de la violence», a déclaré la présidente du DJU, Tina Groll.

L’association allemande des journalistes DJV a également protesté contre le harcèlement policier. «À Leipzig, les forces de police ont empêché plus d’une fois les journalistes de faire des reportages. Il n’y avait aucune justification à cela», a déclaré le président fédéral de la DJV, Frank Überall. Il a déclaré que c’était scandaleux qu’on ait menacé un journaliste de garde à vue et de retrait de sa carte de presse.

Le commissaire de police de Leipzig, Torsten Schulze, et le ministre de l’Intérieur de Saxe, Roland Wöller (CDU), ont tous deux apporté leur soutien sans réserve à la police. Le recours à la violence contre les manifestants de droite n’était «pas approprié», a déclaré Schulze: «On ne combat pas une pandémie par des mesures policières, mais plutôt en faisant appel à la raison».

Lors d’une conférence de presse vidéo commune avec le premier ministre du Land de Saxe Michael Kretschmer (également CDU), Wöller a déclaré dimanche: «Accuser la police d’avoir échoué est incorrect et complètement absurde. Nous soutenons pleinement nos policiers qui font un excellent travail». On n’a autorisé aucune question lors de la conférence de presse.

Wöller n’a pas mentionné les actes de violence perpétrés par les manifestants, les attaques contre les journalistes et la présence très visible de néonazis, de membres du mouvement identitaire et d’autres extrémistes de droite. Au lieu de cela, il a longuement dénoncé les «émeutiers de gauche» à Connewitz, affirmant que la manifestation contre les restrictions se trouvait composée principalement de retraités et d’enfants.

«Peu importe le nombre de policiers qui accompagnaient l’assemblée», a-t-il déclaré, «la dissolution violente d’une assemblée pacifique était et n’est pas en cause, car quelle serait l’alternative? L’utilisation de la force contre les personnes âgées ou des canons à eau contre les enfants? La liberté d’expression est un droit fondamental qui doit être protégé».

Le soutien de la justice, de la police et du gouvernement aux négationnistes du coronavirus et aux extrémistes de droite de Leipzig était si flagrant que plusieurs hommes politiques de premier plan se sont sentis obligés d'exprimer leurs réserves. En particulier le SPD et les Verts, qui gouvernent en coalition avec la CDU, notoirement de droite, en Saxe, étaient nerveux parce qu'ils sont complètement démasqués.

La ministre allemande de la Justice, Christine Lambrecht (SPD), a demandé «une clarification approfondie». Elle a déclaré que de tels incidents ne pouvaient jamais «être justifiés», et que la liberté de manifestation n’était «pas la liberté d’utiliser la violence et de mettre massivement en danger les autres». Le vice-premier ministre de Saxe, Martin Dulig (SPD), s’est plaint que l’État s’était «laissé mener par le bout du nez à Leipzig». Les Verts, qui occupent également le poste de vice-premier ministre du Land, ont même exigé la démission de Wöller.

Tout cela dans le but de couvrir leurs propres traces politiques. En réalité, tous les partis y compris le SPD, les Verts et le Parti de gauche, soutiennent la politique du coronavirus du gouvernement fédéral et des Länder qui est de nature criminelle. Bien que le nombre d’infections et de victimes explose, les écoles, les crèches et les entreprises restent ouvertes sans mesures de protection adéquates, ce qui signifie que le virus peut se propager à une vitesse vertigineuse dans des salles bondées et des transports publics surchargés. Les profits ont la priorité sur les vies humaines.

On voit clairement où cela mène en France, où le nombre de nouvelles infections quotidiennes est passé à près de 87.000 samedi dernier et où 40.000 personnes sont déjà mortes du COVID-19. L’Allemagne n’a que deux à trois semaines de retard sur la France.

Début novembre, le gouvernement et les États fédéraux ont imposé certaines restrictions limitées au domaine privé. Cela a menacé ainsi l’existence même des industries de l’hôtellerie, du divertissement et des services, dont la plupart ne reçoivent aucune des aides financières officielles promises. La part du lion de l’aide financière du gouvernement va plutôt aux grandes entreprises et aux banques.

Les éléments d’extrême droite exploitent le désespoir qui en résulte à leurs propres fins, bien qu’ils ne bénéficient d’aucun soutien parmi de larges couches de la population. On a transporté les participants à la manifestation de Leipzig de toute l’Allemagne à grands frais. L’objectif de la manifestation était d’intimider les opposants à la politique criminelle envers le coronavirus menée par le gouvernement. C’était aussi pour préparer un nouveau relâchement des mesures de protection, même si cela doit coûter des dizaines de milliers de vies.

Le soutien de l’État et du gouvernement à la manifestation d’extrême droite de Leipzig souligne une fois de plus que la lutte contre les conséquences sanitaires et sociales dévastatrices de la pandémie de coronavirus nécessite un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière. Le Parti de l’égalité socialiste (SGP) demande la création de comités d’action de la base dans les usines et les écoles qui fonctionnent de manière totalement indépendante des partis au Bundestag et des syndicats afin de former des réseaux sur une base nationale et internationale.

Ces comités doivent organiser les mesures nécessaires pour protéger la population contre le virus et préparer une grève générale. Leurs revendications ne peuvent pas se fonder sur ce que les entreprises et les partis considèrent comme abordable, mais plutôt, sur ce qui est nécessaire pour assurer la vie et le bien-être des enfants, des jeunes, des enseignants et de toute la classe ouvrière.

(Article paru en anglais le 12 novembre 2020)

 

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