La flambée de la pandémie de coronavirus entraîne une situation mortelle dans les hôpitaux de toute l'Europe

Par Markus Salzmann
6 novembre 2020

L’augmentation massive des infections à COVID-19 pousse les hôpitaux de toute l’Europe à leurs limites. En Allemagne, le nombre de patients en soins intensifs augmente chaque jour. Les représentants des médecins et autres experts mettent de plus en plus en garde contre les conséquences d’une pénurie de personnel soignant et de lits de soins intensifs.

L’Institut Robert Koch a signalé la présence de 1.700 patients atteints de coronavirus dans les unités de soins intensifs en Allemagne vendredi matin. Samedi, ce chiffre était passé à 1.830 et lundi, à 2.243. Le nombre de cas soumis à un traitement en soins intensifs a presque triplé au cours des deux dernières semaines.

Lit de soins intensifs (Photo: Calleamanecer/Wikimedia)

Malgré ces chiffres, le gouvernement fédéral et les gouvernements des États n’ont pas imposé le confinement nécessaire, mais seulement des restrictions très incohérentes sur les contacts. Les écoles et les garderies restent ouvertes afin que le travail puisse se poursuivre dans les usines et autres lieux de travail.

La Fédération allemande des hôpitaux s’attend à ce que le nombre de patients en soins intensifs atteigne bientôt un nouveau sommet. Le chef de l’organisation, Gerald Gass, suppose que le précédent pic d’avril sera dépassé dans deux à trois semaines et ne pourra plus être évité. «Quiconque sera admis à l’hôpital dans trois semaines est déjà infecté aujourd’hui», a déclaré Gass au journal Bild.

En raison de l’extrême pénurie de spécialistes des soins intensifs, Gass a annoncé que le personnel infirmier des zones de médecine non intensive serait déployé dans les unités de soins intensifs, ce qui n’est «pas optimal». Cela est très dangereux pour les patients. Le fait qu’on envisage néanmoins cette possibilité montre à quel point la situation est désespérée. En raison de la complexité des équipements et des procédures dans les soins intensifs, l’utilisation de personnel non formé présente des risques considérables. En même temps, la formation et l’instruction peuvent difficilement être assurées de manière adéquate en raison de la situation stressante dans les cliniques.

«Il ne reste pas beaucoup de marge de manœuvre dans certains États fédéraux. Berlin ne dispose que de 14 pour cent de lits de soins intensifs gratuits, Brême de 17 pour cent», a averti Uwe Janssens, président de l’Association interdisciplinaire allemande pour la médecine intensive et d’urgence (DIVI). C’est le cas pour la plupart des cliniques, d’autant plus que la plupart d’entre eux poursuivent encore leur «programme de routine». Pour de nombreuses cliniques, la conversion urgente des capacités en cas de coronavirus signifie la ruine financière. Alors qu’au printemps, un paiement forfaitaire était versé aux hôpitaux pour maintenir un certain nombre de lits libres pour les cas de coronavirus, cela n’existe plus.

Dans le même temps, les soins aux autres patients gravement malades sont également menacés. Selon un reportage du radiodiffuseur NDR, une deuxième unité de soins intensifs a été ouverte à l’hôpital universitaire d’Essen. On y traite quatre-vingt-dix patients atteints de COVID-19, dont 27 reçoivent des soins médicaux intensifs.

Le directeur de la clinique ophtalmologique, Nikolaos Bechrakis, rapporte que lui et son équipe opèrent 400 personnes chaque année, dont beaucoup ont des tumeurs graves, où chaque jour compte pour prévenir la menace de cécité. «Lors de la première vague, nous avons déjà dû perdre 25 à 30 pour cent de notre capacité. Je crains que lorsque la deuxième vague arrivera, elle sera plus grave», a déclaré Bechrakis.

Le premier ministre du Land de Sarre, Tobias Hans (Union chrétienne-démocrate, CDU) a reconnu la gravité de la crise cette semaine. «La situation est effrayante et alarmante: bientôt, beaucoup des 1.900 hôpitaux d’Allemagne pourraient crouler sous la demande», a-t-il déclaré. Les services et les salles d’urgence pourraient devoir être fermés en raison de l’absence ou de la maladie du personnel. «Le triage et la situation en Italie menacent si nous ne prenons pas de contre-mesures maintenant.»

Il devient de plus en plus évident que les affirmations selon lesquelles les leçons de la situation du printemps ont été tirées et que les soins dans les hôpitaux allemands étaient stables, que le ministre de la Santé, Jens Spahn (CDU), répète comme un mantra, ne sont rien d’autre qu’une désinformation délibérée destinée à bercer la population d’un faux sentiment de sécurité.

Le gouvernement fédéral et les gouvernements des États n’ont rien fait pour empêcher l’effondrement imminent des soins de santé. Bien que les experts le réclament depuis longtemps, même de données précises n’existent pas sur le nombre de personnels soignants formés aux soins intensifs en Allemagne. En outre, à mesure que le nombre d’infections augmente, un nombre croissant de médecins et d’infirmières tombent malades. Une stratégie de dépistage uniforme pour protéger efficacement les employés des hôpitaux, des maisons de soins et des institutions similaires n’existe pas non plus.

Au lieu de cela, la situation précaire se développe au détriment des médecins et du personnel infirmier, qui travaillent déjà à la limite de leur capacité à faire face au stress. La Basse-Saxe a de nouveau augmenté la durée maximale du travail pour les employés des cliniques et des maisons de soins infirmiers, la portant à 60 heures par semaine et jusqu'à 12 heures par jour. Les autres États fédéraux suivront cet exemple. Cette mesure avait déjà été décidée au début de la pandémie. Elle restera en vigueur jusqu'en mai de l'année prochaine.

«Pendant des mois, le pays a dormi plutôt que de préparer les établissements médicaux à la deuxième vague de la pandémie de coronavirus», a noté Nadya Klarmann, présidente de la Chambre des soins infirmiers. «Maintenant, cela appartient aux employés des professions d’importance systémique de sauver à nouveau la situation au risque de leur propre santé».

La situation est alarmante dans toute l’Europe. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a mis en garde contre la surcharge du système de soins de santé. «De nombreux pays de l’hémisphère nord connaissent actuellement une augmentation inquiétante du nombre de cas et d’admissions à l’hôpital», a déclaré récemment à Genève le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus.

En Autriche, la situation s’aggrave de jour en jour. Le gouvernement a déclaré qu’avec 6.000 nouvelles infections par jour, un risque existe de surcharge des lits de soins intensifs dans les hôpitaux. Dans les cas extrêmes, les médecins devraient alors également décider qui on traite et qui on ne traite pas, a fait remarquer le chancelier Sebastian Kurz (Parti populaire autrichien, ÖVP).

Le 4 novembre, on a confirmé 6.901 nouvelles infections, un nombre record, dans la république alpine. Les mesures en vigueur depuis mardi, telles que le couvre-feu de 22h à 6h, ne devraient pas empêcher une augmentation des cas et des décès. Malgré la gravité de la situation, les entreprises, les crèches et la majorité des écoles – tous moteurs de la pandémie – restent ouvertes.

En Belgique, le système de soins de santé s’effondre déjà. Un nombre croissant de cliniques ne peuvent plus assurer les soins intensifs. Selon les syndicats, des dizaines de médecins et d’infirmières sont en service malgré leur infection par le coronavirus. Ils ne reçoivent ni protection ni soutien de la part du gouvernement ou des syndicats.

«Nous devons choisir entre une mauvaise ou une très mauvaise solution», a déclaré Philippe Devos, de la Fédération des syndicats médicaux. La très mauvaise solution était de ne pas traiter du tout les patients, a cité le responsable syndical de la Deutsche Welle.

En termes de population, la Belgique est le pays européen qui compte le plus grand nombre de nouvelles infections. Au 2 novembre, 1.074 habitants sur 100.000 avaient été infectés par le virus au cours des sept jours précédents.

La Suisse a également une incidence extrêmement élevée sur sept jours, avec 588 infections pour 100.000 habitants. Pour lundi uniquement, on a enregistré près de 22.000 nouvelles infections dans le pays, qui compte près de 9 millions d’habitants. Selon les médias, le gouvernement bernois estime que toutes les unités de soins intensifs seront occupées d’ici le milieu du mois. Dans certains cantons, comme Genève et le Valais, on a atteint la limite des traitements. En Valais, 2.530 habitants sur 100.000 ont contracté le virus au cours des 14 derniers jours, et à Genève, c’est 2.373 sur 100.000.

Le gouvernement du pays européen le plus riche – dont l’industrie pharmaceutique réalise un chiffre d’affaires annuel de 80 milliards d’euros – a rapidement levé les premières mesures de protection au printemps, n’a pratiquement pris aucune mesure de précaution et donc sacrifie aujourd’hui la vie d’innombrables personnes. Plus de 2.400 personnes sont aujourd’hui mortes de COVID-19 en Suisse, dont 80 chaque jour rien que vendredi et lundi derniers.

La situation en Europe de l’Est est extrêmement tendue depuis des semaines. De patients atteints du COVID en République tchèque ont déjà dû être amenés en Allemagne pour être traités. Le ministère de la Santé de Prague a ordonné le report de toutes les interventions chirurgicales non urgentes.

En République tchèque, on a eu 782 infections par 100.000 habitants au cours des sept derniers jours. Selon l’association médicale des médecins, plus de 13.000 employés du secteur des soins de santé se trouvent infectés par le coronavirus. S’ils ne continuaient pas à travailler alors qu’ils présentaient des symptômes, on ne pourrait plus soigner les patients. Dans l’intervalle, le gouvernement a imposé un couvre-feu nocturne. Mais cela ne suffira guère à éviter l’effondrement complet des soins de santé.

En Pologne, les hôpitaux sont complètement débordés par le nombre croissant de patients atteints de COVID-19. On a dû reconfigurer l’hôpital de la ville frontalière de Slubice pour les patients atteints de coronavirus. L’hôpital a récemment fait état de quatre décès dus à la maladie en 24 heures, selon le radiodiffuseur «rbb». Sur la télévision locale HTS, le directeur général Lukasz Kaczmarek a parlé de la situation catastrophique. «On manque: d’agents nettoyants, de produits de soins corporels tels que la crème et le gel douche. Ça va mal. De plus, notre hôpital dispose d’une infrastructure qui date des années 1960. Nous devons faire face à cette situation». L’hôpital manque aussi de désinfectants, de nourriture et de sacs poubelles.

La situation en France et en Grande-Bretagne est similaire.

(Article paru en anglais le 5 novembre 2020)

 

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