Grève des parents déclenchée aujourd’hui au Royaume-Uni contre la menace du COVID-19

Par Laura Tiernan
5 novembre 2020

Le mouvement ‘Boycottez le retour dans des écoles dangereuses: Parents unis’ (BRTUS) a appelé les parents à faire grève ce jeudi contre le refus du gouvernement Johnson de fermer les écoles au milieu d'une pandémie de coronavirus faisant déjà près de 400 morts par jour.

La grève est programmée pour coïncider avec le début d'un confinement d'un mois annoncé par le gouvernement conservateur samedi, qui exclut les écoles, les lycées, les universités et la majorité des lieux de travail.

«Nous avons attendu que le moment soit venu de frapper. Ce moment est venu », a expliqué le groupe dans un communiqué Facebook publié lundi.

BRTUS: Parents United demande aux parents en grève jeudi de prendre une photo des chaussures d'école de leurs enfants, à partager sur les réseaux sociaux avec le hashtag #ParentsStrike source: BRTUS: Parents United

L'action de jeudi coïncide avec les grèves à travers la France de milliers d'enseignants contre la réouverture dangereuse des écoles. Les enseignants ont été rejoints hier par des débrayages d'élèves à Paris qui ont fait l'objet de violences policières, notamment l'utilisation de gaz lacrymogènes. Les conditions sont réunies pour une offensive unie des parents, des élèves et des enseignants de toute l'Europe contre la stratégie d'immunité collective des gouvernements capitalistes qui sacrifient les vies pour défendre les profits.

Dès mardi, plus de 1 000 parents avaient enregistré leur soutien à la grève des parents au Royaume-Uni, malgré une campagne de censure des médias.

Dans son appel à l'action, BRTUS a condamné la « décision cruelle et irresponsable du gouvernement Johnson de jouer à la roulette russe avec le bien-être physique, émotionnel et mental de nos enfants, du personnel scolaire de notre pays et de nos communautés».

Plus de 8 000 écoles ont été infectées par le COVID-19 et 148 membres du personnel de l'éducation sont morts du virus, selon les derniers chiffres du Bureau britannique de statistiques. Une augmentation stupéfiante de 2 000 pour cent du taux d'infection a été enregistrée chez les 11-16 ans depuis la réouverture des écoles. Ils sont devenus les principaux vecteurs, avec les universités, de la transmission du COVID-19 aux groupes plus âgés et plus vulnérables.

Samedi, alors que des informations révélaient que le confinement de Johnson exclurait les écoles, la colère sociale a éclaté. #CloseSchoolsNOW [fermez les écoles maintenant] et #PutSchoolsintheLockdown [mettez les écoles dans le confinement] étaient les commentaires les plus populaires sur Twitter. Une pétition pour la fermeture des écoles et des lycées mise en ligne par un individu, Ellis Rogers, a recueilli plus de 380 000 signatures.

Mais le syndicat de l’éducation nationale (NEU) n'a pas l'intention de mobiliser ce sentiment et s'est fermement opposée aux appels à la grève contre la politique meurtrière du gouvernement conservateur. À l'approche de l'hiver, les enseignants et les élèves sont parqués dans des salles de classe surpeuplées et mal ventilées, sans EPI, sans distanciation sociale et avec un système de tests et de traçabilité dysfonctionnel.

Carte de BRTUS indiquant les niveaux d’alerte au Royaume-Uni allant de faible à critique. Presque toutes les régions du pays sont actuellement classées en alerte élevée, très élevée ou critique.

Lundi, BRTUS a envoyé une lettre au syndicat NEU lui demandant de « serrer les coudes» avec les parents. Mais le mouvement n’a reçu aucune réponse.

Plus tôt cette année, le syndicat avait contacté BRTUS, lui demandant de supprimer le mot «boycott» de son nom, soulignant le soutien total du syndicat à la réouverture des écoles et son opposition à toute mobilisation contre le gouvernement Johnson.

Le NEU est hostile au développement de toute grève rassemblant parents, enseignants et élèves. La détermination de Johnson à garder les écoles ouvertes bénéficie du plein soutien du leader travailliste Sir Keir Starmer et de la fédération nationale des syndicats (TUC). Tous conviennent que les intérêts de la City de Londres et des super-riches doivent primer sur la santé publique et les vies de la classe ouvrière.

La nécessité d'une action unifiée pour sauver les vies est illustrée par les taux massifs d'infection au Royaume-Uni. Conformément aux conseils d'épidémiologistes et d'experts en santé publique, le BRTUS a développé un système de feux tricolores en cinq étapes indiquant quand les écoles devaient être fermées et comprenant les niveaux faible, moyen, élevé, très élevé et critique.

Au stade «élevé», correspondant à 50 cas pour 100 000 personnes au cours des 7 derniers jours, BRTUS recommande la fermeture des écoles. Lorsqu'il y a plus de 100 cas pour 100 000 habitants, une action gouvernementale urgente est nécessaire. Au stade «critique», avec plus de 250 cas pour 100 000 habitants, le gouvernement est considéré comme ayant «complètement échoué».

Comme le montre la carte en direct du BRTUS, la majeure partie du Royaume-Uni ressemble à un État en faillite, ayant plus des trois quarts de son territoire à un niveau élevé, très élevé ou critique. Le même schéma se répète dans les pays capitalistes avancés d'Europe et aux États-Unis, où des millions de personnes sont infectées et des centaines de milliers sont en train de mourir.

Lucia, membre de BRTUS et ancienne enseignante, soutient la grève des parents d’aujourd’hui: «Les parents sont extrêmement frustrés de ne pas avoir le choix d'envoyer ou non leurs enfants à l'école. C'est une période vraiment stressante pour les familles.

« Le personnel enseignant, mon mari compris, travaille sans protection, sans EPI et sans distanciation sociale - très peu de personnes seraient disposées à travailler dans ces conditions ».

« Dans presque tous les autres pays, les parents ont le choix. Mais ici, nous sommes confrontés à des amendes et menacés de radiation si nous effectuerons une scolarisation à domicile, ce qui signifie que [les enfants] perdent leur place à l'école. Des amendes sont imposées de manière cumulative dans certains cas. Vous pouvez même être menacé de prison.

« En juin et juillet, les deux tiers des parents ont choisi de ne pas faire retourner leurs enfants à l'école. Si vous donnez le choix aux parents, ils ne renverront pas leurs enfants. Rendre cela obligatoire a été un levier pour pousser les parents à retourner au travail. »

La grève des parents met en évidence la nécessité d'un réseau coordonné de comités de la base unissant les parents aux enseignants, aux élèves et à des secteurs plus larges de la classe ouvrière. Ces comités indépendants sont nécessaires parce que les syndicats et le Parti travailliste défendent le capitalisme, s'opposent à toute lutte et collaborent avec les conservateurs dans un gouvernement d'unité nationale de fait.

Une action urgente est nécessaire. Le mot d’ordre d’une grève générale politique doit être disséminé partout pour fermer les écoles et mettre en œuvre des politiques pour protéger la population, fournir un enseignement à distance adéquat et défendre les moyens d’existence. C’est maintenant qu’il faut agir avant qu’il ne soit trop tard ! Tous les parents ayant des enfants d'âge scolaire doivent recevoir un revenu complet pour s'occuper de leurs enfants ; les travailleurs essentiels doivent avoir accès à des services de garderies gratuits à l'école ou à la maison, avec des EPI et des tests réguliers pour le personnel et les élèves.

Si les partis de la classe capitaliste prétendent qu'il n'y a « pas d'argent » pour financer ces mesures vitales, la classe ouvrière doit répondre qu’il faut confisquer la richesse obscène des milliardaires! Les milliards de milliards de livres de richesse et de ressources monopolisés par l'oligarchie doivent être utilisés pour financer le National Health Service, pour fournir aux étudiants un accès à l'enseignement en ligne et un revenu vital pour tous pendant la pandémie. Ces mesures nécessaires ne peuvent être réalisées que par une lutte indépendante et unie de la classe ouvrière en Grande-Bretagne, en Europe et dans le monde.

(Article paru en anglais le 4 novembre 2020)

 

Commenting is enabled but will only be shown on the live site.