Starmer commence la purge des partisans de Corbyn au Parti travailliste britannique

Par Robert Stevens
3 novembre 2020

Quelques heures après la suspension de l’ancien chef du parti travailliste Jeremy Corbyn, la direction du parti, sous la direction de Sir Keir Starmer, a intensifié sa chasse aux sorcières contre les partisans de l’ex-leader. Interrogé à la BBC sur une possible expulsion de Corbyn, Starmer a répondu: «Oui, on a expulsé des gens du Parti travailliste», ajoutant qu’on avait expulsé des centaines de membres ordinaires depuis qu’il avait remplacé Corbyn en avril.

Pour monter sa chasse aux sorcières maccarthyste, la Commission «Unité de gouvernance et juridique» du Parti travailliste a déclaré qu’aucun membre du parti ne pourrait critiquer l’«Enquête sur l’antisémitisme au Parti travailliste» de la Commission pour l’égalité et les droits de l’homme (EHRC). La remise en question, justifiée, par Corbyn de l’affirmation de ce rapport qu’un antisémitisme généralisé règne dans le parti avait déjà été le prétexte de sa suspension jeudi.

Les directives données aux Partis travaillistes de circonscription (CLP) par le secrétaire général Dave Evans, qui a officiellement suspendu Corbyn, sont sorties peu de temps après la suspension de Corbyn. Elles stipulent qu’on ne peut pas utiliser «les comptes réseaux sociaux des partis locaux, des CLP ou d’autres instances du parti… pour commenter l’enquête de la Commission européenne des droits de l’homme, ou la publication de son rapport». Pour imposer cette censure «les comptes de résaux sociaux où les commentaires ou la discussion sont autorisés (par exemple les groupes Facebook) doivent être étroitement modérés ou tout accès à la publication sera temporairement suspendu».

Jeremy Corbyn, ancien chef du parti travailliste, s’exprime lors d’un événement «Labour Roots» à Bolton [Crédit: Sophie Brown]

Un autre document d’orientation avertit: «Le parti a accepté les recommandations dans leur intégralité. Par conséquent, les motions [émanant des CLP ou de leurs branches] qui visent à remettre en question la compétence de la Commission européenne des droits de l’homme pour mener l’enquête de quelque manière que ce soit, ou à rejeter ou désavouer le rapport ou l’une de ses recommandations, ne sont pas [de leur compétence] et doivent être déclarées irrecevables».

La chasse aux sorcières contre les membres est intensifiée par une surveillance en ligne généralisée des commentaires des membres.

Le blog Skwawkbox a rendu public un document de la direction du parti à l’intention de ses fonctionnaires qui déclare: «Si vous voyez des membres qui, selon vous, ont enfreint les règles du parti avec ce qu’ils ont publié sur les réseaux sociaux — que ce soit sur l’antisémitisme, l’indépendance de la Commission européenne des droits de l’homme ou la réduction du rapport de la Commission à des calomnies, le personnel peut soumettre des preuves ici». Il s’agit d’un lien où les membres peuvent être signalés. Le «Labour bureau» se vante: «Je dispose également d’un canal de communication ouvert avec les réseaux de médias sociaux si nous devons rapidement faire remonter quelque chose».

Le «Community Security Trust» (CST) sioniste est intervenu pour renforcer la chasse aux sorcières de Starmer. Le Guardian rapporte: «Le groupe a déclaré avoir utilisé un logiciel pour rechercher des termes liés à l’antisémitisme de gauche, tels que “sioniste”, “Mossad” et “Rothschild”, à côté du nom de Starmer au cours des 30 derniers jours».

Lors de la course à la direction du Parti travailliste, on a demandé à Starmer et aux trois autres candidats s’ils étaient sionistes et ils ont tous répondu par l’affirmative. Il a déclaré à Jewish News: «Je soutiens le sionisme… Je soutiens le sionisme sans réserve». Cette déclaration a été largement saluée par des publications juives, qui seraient toutes désormais identifiées comme faisant partie d’une flambée d’antisémitisme par le logiciel de la CST.

Le leader travailliste britannique Sir Keir Starmer prononce son discours d’ouverture, lors de la conférence en ligne du parti (Stefan Rousseau/Pool photo via AP)

Corbyn s’est trouvé contraint de nier les allégations du rapport de la Commission européenne des droits de l’homme concernant l’antisémitisme généralisé attribué à sa direction du parti. Toutefois, il a ajouté: «Bien que je n’accepte pas toutes les conclusions du rapport [de la Commission européenne des droits de l’homme], j’espère que ses recommandations seront rapidement mises en œuvre pour aider à sortir de cette période». Ainsi, il a approuvé de facto la chasse aux sorcières continue de ses propres partisans, tout comme il l’a fait lorsqu’il était encore chef du parti.

Il a exhorté les personnes prêtes à quitter le parti dégoûtés: «Ne partez pas, ne quittez pas le parti».

Len McCluskey, le leader du syndicat Unite, a déclaré que la suspension de Corbyn était un «acte d’injustice grave» qui pourrait conduire à une scission. Mais c’était un avertissement à Starmer d’un danger qu’il essaie de prévenir. Il a déclaré qu’une scission pourrait «créer le chaos au sein du parti et, ce faisant, compromettre les chances des travaillistes de remporter les élections générales», avec Starmer et dans trois ans et demi! Plus tard, il a ajouté: «Mon message, en réalité, à des centaines de milliers de nos membres qui expriment déjà leur colère, est de rester au sein du parti».

L’ancienne secrétaire d’État de l’Intérieur de Corbyn, Diane Abbott, a tweeté: «Les partis divisés ne gagnent pas les élections.»

L’ancien secrétaire général du parti travailliste, Ian Lavery, a déclaré que l’on craignait que la suspension de Corbyn soit un «cri de guerre» qui pourrait forcer certains députés à quitter le parti et à se présenter comme «Independent Labour». Il a répondu au Guardian: «J’exhorte ces députés à ne pas quitter le parti et j’invite le bureau du leader à tendre la main. Nous devons essayer de maintenir le calme. Ce conflit avec Jeremy doit être résolu aussi vite que possible et nous pourrons alors aller de l’avant».

Le rapport du EHRC est une fraude politique qui n’établit pas l’existence d’un antisémitisme généralisé à gauche parce qu’il ne le peut pas. Le rapport poliment remis en question par Corbyn et tenu pour sacro-saint par Starmer admet: «Nous avons examiné 70 plaintes d’antisémitisme déposées auprès du Parti travailliste entre mars 2016 et mai 2019». Dans la section «Prévalence du comportement antisémite dans l’échantillon de plaintes», il est dit: «Nous avons constaté que le parti travailliste est légalement responsable du harcèlement dont témoignent deux des 70 dossiers de plainte… Il s’agissait notamment de l’utilisation de tropes antisémites et de la suggestion que les plaintes d’antisémitisme fussent fausses ou diffamatoires.

L’un de ces cas est celui de l’ancien maire de Londres et député travailliste Ken Livingstone, membre du parti depuis près de 50 ans. Livingstone a été expulsé du parti, avec le soutien de Corbyn, après avoir été accusé faussement d’antisémitisme.

(Article paru d’abord en anglais le 31 octobre 2020)

 

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