États-Unis : avant les élections, Facebook déploie des équipes dotées d’outils de censure avancés

Par Kevin Reed
29 octobre 2020

La plateforme de réseaux sociaux Facebook prépare un programme de censure agressif pour l’élection présidentielle américaine de la semaine prochaine. Selon un rapport publié dimanche dans le Wall Street Journal, on a formé des équipes d’employés de Facebook pour déployer des outils logiciels spécialement développés. Facebook a utilisé ces outils auparavant pour «calmer les conflits liés aux élections» dans les pays «à risque».

L’article du Journal, basé sur les commentaires de sources anonymes, indique que les «mesures d’urgence comprennent le ralentissement de la propagation de contenu viral et l’abaissement de la barre pour la suppression des messages potentiellement incendiaires». Facebook a utilisé ces méthodes précédemment lors des troubles civils au Sri Lanka et au Myanmar. Ils font «partie d’un ensemble plus large d’outils développés par Facebook pour préparer les élections américaines».

Parmi les autres caractéristiques des outils de censure il y a «le ralentissement généralisé de la diffusion de messages lorsqu’ils commencent à devenir viraux». Ces logiciels permettent de modifier «le flux d’informations pour changer les types de contenu que les utilisateurs voient» et d’abaisser «le seuil de détection des types de contenu que son logiciel considère comme dangereux».

Les sources du Journal ont également déclaré que Facebook «doit être préparé à toutes les éventualités» et utiliser ces outils pour «modifier ce que des dizaines de millions d’Américains voient lorsqu’ils se connectent à la plate-forme, réduisant leur exposition au sensationnalisme, aux incitations à la violence et à la désinformation, ont déclaré les personnes familières avec les mesures».

L'écran de connexion de l'application Facebook (pxfuel.com)

Le responsable de la communication politique de Facebook, Andy Stone, répondant à des questions sur l’article du Journal, a publié un communiqué disant: «Nous avons passé des années à construire des élections plus sûres et plus sécurisées. Nous avons appliqué les leçons tirées des élections précédentes, engagé des experts et constitué de nouvelles équipes qui ont une expérience dans différents domaines afin de nous préparer à divers scénarios».

Parmi les préparatifs que Facebook a effectués pour les élections de 2020 figure une collaboration plus approfondie avec le Parti démocrate et sa fraction issue de l’appareil de renseignement américain. Parmi les mesures de censure préélectorale effectuées par Facebook, on peut citer la fermeture de pages et de groupes accusés, sans aucune preuve, de «tenter de tromper les Américains et d’amplifier la division».

Facebook a également travaillé avec le Centre de politique bipartite (Bipartisan Policy Center), un organisme pro-impérialiste, pour mettre en place un Centre d’information électorale sur Facebook et il a placé des étiquettes de ‘vérification des faits’ sur les messages de la campagne Trump.

S’adressant au Financial Times en septembre, Nick Clegg, vice-président de Facebook pour les affaires mondiales et la communication, a déclaré que la société de réseaux sociaux avait «élaboré des plans» en vue de résultats sans précédent, y compris la possibilité de violence découlant des élections de novembre. Clegg a déclaré qu’il y avait des «options de rupture» qu’on n’utiliserait qu’en cas de chaos extrême et de troubles civils.

Le site web Buzzfeed News a récemment rapporté que le PDG de Facebook, Mark Zuckerberg, a pris la parole lors d’une réunion à l’échelle de l’entreprise le 15 octobre et a déclaré qu’on avait mis en place des règles de contenu interdisant les théories de haine et de conspiration à cause des élections américaines. Selon le site, Zuckerberg a affirmé que les récents changements apportés à sa politique de contenu l’avaient été «pour répondre à la situation instable autour de l’élection américaine et de ses conséquences» et qu’on n’avait « pas changé la façon dont l’entreprise fonctionne».

Zuckerberg a également déclaré, selon une transcription de l’audio de son discours par Buzzfeed, «une fois ces événements passés, et quand nous les aurons résolus pacifiquement, je ne m’attend pas à ce que nous continuions à adopter beaucoup plus de politiques limitant beaucoup plus de contenu».

Donc, en d’autres termes, les mesures de censure qui sont maintenant en place à Facebook ne seront pas levées, indépendamment de ce qui se passera le 3 novembre. Il se pourrait bien qu’une suppression plus stricte de la parole soit mise en place, surtout si l’élection entraîne des violences.

Zuckerberg a parlé des expériences de Facebook en matière de suppression de la parole dans d’autres pays: «Nous avons mené des travaux dans un certain nombre de pays que nous considérons comme des pays à risque – de conflit civil en cours, des endroits comme le Myanmar, ou le Sri Lanka, ou l’Éthiopie. La décision que nous avons prise aux côtés de groupes de droits de l’homme et de groupes locaux sur le terrain est qu’un plus large éventail de parole et d’expression pourrait potentiellement conduire à plus d’incitation à la violence ou à des problèmes divers».

L’opinion qu’il est préférable pour les dirigeants politiques et les médias de mettre fin à «un plus large éventail de parole» est une position profondément réactionnaire et antidémocratique. Mais elle est actuellement mise en pratique aux États-Unis et dans le monde entier.

Zuckerberg a également exprimé son soutien à la politique annoncée chez Google, selon laquelle on n’autorise pas les employés à parler publiquement du procès ‘antitrust’ récemment intenté par le gouvernement fédéral et ceux des États. Qualifiant cette politique de «prudente», Zuckerberg a déclaré: «Tout ce que vous dites en interne peut, bien sûr, être cité à comparaître ou utilisé dans le cadre de ces enquêtes. Je pense simplement que nous devrions nous assurer que les gens ne disent pas n’importe quoi ou des choses qui pourraient représenter des données inexactes ou généralement incomplètes».

Il a également déclaré, après avoir noté que Facebook était synonyme de liberté d’expression, «Vous ne devriez pas envoyer d’e-mail à propos de ces choses et vous ne devriez pas vraiment en discuter dans les forums non privilégiés de l’entreprise».

On ne peut absolument pas se fier aux assurances données par le milliardaire Zuckerberg que les mesures de censure mises en place avant le 3 novembre ne seront pas étendues ou renforcées dans la période qui suivra les élections.

L’article du Wall Street Journal indique clairement que les préparatifs en vue de la colère sociale aux États-Unis et de sa suppression par l’État sont bien avancés. Les mesures de censure des élections de 2020 visant à étouffer la parole sur Facebook sont liées à la crise historique de régime du capitalisme aux États-Unis et dans le monde entier.

(Article paru d’abord en anglais le 27 octobre 2020)

 

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