Le gouvernement français dissimule l’existence des foyers de contagion dans les écoles et les universités

Par Samuel Tissot
28 octobre 2020

Deux mois se sont écoulés depuis la réouverture des écoles et des universités en France. Le 1er septembre, date à laquelle les premières écoles et universités ont commencé l’enseignement pour le trimestre d’automne, on comptait 3.082 cas confirmés. Le chiffre de 52.013 nouveaux cas enregistré dimanche représente une augmentation astronomique de 1.700 pour cent en un peu moins de deux mois. Samedi, 298 personnes sont décédées du COVID-19, le nombre le plus élevé depuis le 14 mai. C’est de plus en plus évident que les écoles et les universités ont joué un rôle central dans l’augmentation du nombre de décès.

La réouverture de l’enseignement en présentiel est un élément central de la politique anti-scientifique et meurtrière de «l’immunité collective» supervisée par le gouvernement français. Les grandes banques et entreprises considèrent que l’ouverture des écoles et des universités est nécessaire pour permettre à la population de rester au travail afin de poursuivre l’extraction de profits à la classe ouvrière. Le gouvernement nie catégoriquement la propagation du virus parmi les étudiants. Chacun de ces mensonges est un crime mortel contre la classe ouvrière.

Dans le cadre de cet effort, la semaine dernière, le ministre français de la Santé, Olivier Véran, a nié la signification des chiffres qui indiquent que 60 pour cent des foyers de contagion de COVID-19 se trouvaient sur les lieux de travail, dans les écoles et les universités.

Dans ce qui revient à admettre que ces foyers sont ignorés, il a tweeté que «60% des clusters, ça signifie 10% des contaminations identifiées», et qu’on ne pouvait pas «confondre clusters et diagnostics». Un foyer de contagion (cluster) est défini comme au moins trois cas confirmés ou suspectés de COVID-19 parmi les personnes d’une même communauté ou ayant participé à un même rassemblement.

Jusqu’au 11 octobre, seulement 3,6 pour cent des cas en Île-de-France, y compris Paris et ses environs, se trouvaient liés à des foyers. Et ce, malgré une utilisation quasi totale du métro, un retour complet au travail et une réouverture quasi complète de l’éducation dans la région.

Véran et l’État français voudraient faire croire à la population que 90 pour cent (96 pour cent en région parisienne) des transmissions de cas dans le pays ne sont que des événements ponctuels, sans lien avec les travailleurs et les étudiants contraints de vivre au jour le jour dans des locaux fermés. Ce récit est également crucial pour tenter de convaincre le public que le couvre-feu de 21 h récemment introduit est une mesure efficace contre le virus. En réalité, le seul but du couvre-feu est de permettre au gouvernement de prétendre qu’il lutte contre le virus tout en suivant une politique d’immunité collective.

Il sert également d’excuse pratique pour occuper les rues de la capitale avec 12.000 policiers.

En fait, l’avis officiel du ministère de la Santé pour les universités comprend une foule de mesures anti-scientifiques. Par exemple, les étudiants dont le test de dépistage du virus est positif ne doivent être mis en quarantaine que pendant sept jours, contre quatorze jours comme le conseille l’Organisation mondiale de la santé. En outre, malgré l’insuffisance scientifiquement établie d’une distance d’un mètre et du port d’un masque, les étudiants qui sont exposés au virus ne sont considérés comme des cas de contact que si cela s’est produit sans masque. Même lorsqu’on respecte les règles, l’environnement éducatif est mortel.

Ces mesures vont à l’encontre de la science établie. Une étude menée en collaboration par l’Université de Montpellier et l’Université de Princeton a montré que le virus peut se transmettre sur deux mètres par des personnes asymptomatiques qui se parlent. L’étude reconnaît également que, si les masques sont bénéfiques, ils ne constituent pas une garantie contre la transmission. Elle conclut: «Le plus important est que nos résultats montrent que 2 m, ne représentent pas un “mur”». Les témoignages des étudiants de plusieurs universités françaises ont montré que même la règle du 1 m est régulièrement ignorée.

Dans une dénonciation de la politique anti-scientifique d’«immunité collective», The Lancet, la principale revue médicale britannique, a lancé une mise en garde: «Une transmission non contrôlée chez les jeunes risque d’entraîner une morbidité et une mortalité importantes dans l’ensemble de la population».

Pour illustrer l’ampleur de la propagation continue dans les universités, Lisa, une étudiante de l’École nationale supérieure des arts décoratifs, a déclaré au WSWS que, lors d’une récente série de tests, la moitié des étudiants avaient eu un résultat positif pour le virus.

Le WSWS a déjà démasqué les efforts déployés au sein du système éducatif français pour empêcher les étudiants de savoir s’ils ont été exposés à des personnes positives. Déterminées à maintenir les cours à tout prix, les universités françaises sont prêtes à bafouer le droit des étudiants à savoir s’ils ont été exposés à une maladie mortelle. On ne peut que spéculer sur le nombre d’étudiants qui ont été exposés sans le savoir au virus et qui ont ensuite infecté leurs proches et les membres de leur famille, croyant être en sécurité.

L’abandon des efforts qui visent à contenir le virus a coïncidé avec la tentative de rejeter la responsabilité de la majorité des nouveaux cas sur les réunions sociales, en particulier celles auxquelles participent les jeunes. Dans les cas où les jeunes se réunissent de manière imprudente, la responsabilité incombe avant tout au gouvernement et aux médias.

Depuis des mois, on dit aux étudiants et aux jeunes, en particulier, de «faire leur part» pour aider l’économie en reprenant une vie sociale normale et que leur jeunesse leur procure effectivement une immunité contre le virus. Outre le rôle joué par les jeunes dans la propagation du virus, il convient de noter qu’au moins 40 personnes de moins de 30 ans sont mortes du virus et que ses effets à long terme ne sont toujours pas clairs.

Les conséquences du mépris inconsidéré de la science et des droits sociaux par le gouvernement français commencent à apparaître clairement. Lundi, Jean-Francois Delfraissy, le président du Conseil scientifique, a averti les auditeurs de la radio RTL: «La deuxième vague sera certainement plus forte que la première». Il a commenté avec inquiétude: «Beaucoup de nos concitoyens ne sont pas encore conscients de ce qui les attend». Il a ajouté qu’il pensait que le nombre réel d’infections quotidiennes était plus proche de 100.000, car l’infrastructure de test actuelle n’est pas en mesure de suivre le rythme de la contagion.

Un danger très réel existe de voir des dizaines ou des centaines de milliers de morts en France dans les mois à venir. Guidé par les intérêts de l’aristocratie financière et son besoin de continuer à engranger des profits, le gouvernement français applique impitoyablement une politique d’immunité collective de fait. En réalité, chaque mort est un meurtre social, consciemment préparé et exécuté par la cabale des politiciens capitalistes criminels à la tête de l’État français.

Pour éviter une perte de vie encore plus importante, les universités et les écoles doivent immédiatement revenir à l’apprentissage en ligne. Cela doit s’accompagner de la fermeture de tous les lieux de travail non essentiels. On doit fournir un soutien financier et un logement à tous pendant la période de fermeture. Le temps nécessaire à la mise en place de ces mesures indispensables doit être mis à profit pour introduire une vaste expansion des tests et de la recherche des contacts afin de contenir définitivement le virus. Cette action doit être financée par la réquisition des centaines de milliards d’euros donnés aux banques au début de la pandémie.

(Article paru en anglais le 27 octobre 2020)

 

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