La Maison-Blanche dit clairement: «Nous n’allons pas prévenir la pandémie»

Par Benjamin Mateus
27 octobre 2020

Dans une interview accordée à l’émission «State of the Union» de CNN, le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mark Meadows, a clairement indiqué que le gouvernement Trump avait renoncé à tout effort pour contenir la pandémie de COVID-19.

«Nous n’allons pas prévenir la pandémie», a déclaré Meadows, affirmant au contraire que «nous allons nous concentrer sur l’obtention de vaccins, des thérapies et d’autres domaines d’atténuation».

La déclaration de Meadows est la plus explicite à ce jour sur le fait que la Maison-Blanche met en œuvre une politique d’«immunité collective», permettant à la maladie de se propager sans contrôle dans toute la population.

Le président Donald Trump parle du coronavirus dans la roseraie de la Maison-Blanche, le mercredi 15 avril 2020, à Washington. - https://www.wsws.org/asset/eedd82ac-9fc8-4672-983b-d2eedc5b1652?rendition

La semaine dernière, deux responsables anonymes de la Maison-Blanche ont déclaré à la presse, sur fond de crise, que le gouvernement Trump soutient la déclaration de Great Barrington qui appelle à l’abandon des efforts pour contenir la maladie, y compris l’interdiction des grands foules et autres événements de «super propagation».

Mais la déclaration de Meadows indique clairement ce que sera en pratique cette politique, cyniquement présentée par ses apologistes comme des mesures qui visent à «protéger les personnes âgées»: rien ne sera fait pour arrêter la propagation de la maladie.

Au lieu de cela, les personnes qui tombent gravement malades doivent compter sur des thérapies, qui n’ont prouvé leur efficacité que de façon marginale, et sur des vaccins, qui n’existent pas. Autrement dit, on les laissera simplement tomber malades et les personnes âgées pourront mourir.

Après que Meadows ait fait ces déclarations, le modérateur de CNN, Jake Tapper, a déclaré: «Votre équipe là-bas à la Maison-Blanche veut mettre fin à la discussion», coupant court à l’interview. On peut supposer que Meadows, qui ne semblait pas être en pleine possession de ses moyens, a dit trop crûment ce que l’administration est en train de faire.

L’aveu de Meadows corrobore l’analyse du «World Socialist Web Site» selon laquelle l’adhésion de la Maison-Blanche à la Déclaration de Great Barrington équivaut à un soutien à ce qui ne peut être interprété que comme une politique de meurtre de masse. Comme nous l’avons écrit la semaine dernière, la Maison-Blanche «prévoit de permettre à des centaines de milliers de personnes supplémentaires de mourir au milieu d’une résurgence mondiale de la pandémie causée par l’abandon prématuré des fermetures d’entreprises et d’autres efforts pour contenir la pandémie».

Ces commentaires s’inscrivent dans le contexte d’une résurgence massive de la pandémie aux États-Unis. Vendredi et samedi, les États-Unis ont enregistré un nombre record de 81.417 et 79.453 cas respectivement. Partout dans le pays, les hôpitaux se remplissent à nouveau, alors que les épidémiologistes avertissent que des centaines de milliers de personnes supplémentaires vont mourir cet automne et cet hiver. Les États-Unis ont enregistré 8,89 millions de cas de COVID-19 et plus de 230.000 décès.

Dans des propos effrayants vendredi, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a averti: «Nous sommes à un moment critique de cette pandémie… Trop de pays connaissent une augmentation exponentielle des cas, ce qui fait que les hôpitaux et les unités de soins intensifs sont maintenant proches de leur capacité ou la dépassent, et nous ne sommes encore qu’en octobre».

Il a poursuivi: «Nous demandons instamment aux dirigeants de prendre des mesures immédiates pour éviter d’autres décès inutiles, l’effondrement des services de santé essentiels et la fermeture des écoles. Comme je l’ai dit en février et je le répète aujourd’hui, “ce n’est pas un exercice”».

Une étude récente publiée par le Centre national de préparation aux catastrophes de l’Université de Columbia a tenté d’examiner le nombre «stupéfiant et disproportionné» de décès dus à la COVID-19 aux États-Unis afin de déterminer combien auraient pu être évités. En utilisant une analyse comparative, ils ont estimé qu’«au moins 130.000 décès et peut-être jusqu’à 210.000 auraient pu être évités avec des interventions politiques plus précoces et une coordination et une direction fédérales plus solides». La mort à cette échelle nécessitait une politique gouvernementale sans compromis.

Le nombre d’hospitalisations aux États-Unis a augmenté de plus de 40 pour cent à l’échelle nationale. Au moins 38 États ont signalé une augmentation des hospitalisations au cours de la semaine dernière, ce qui souligne l’argument ridicule selon lequel l’augmentation du nombre d’hospitalisations est un sous-produit de l’augmentation des tests.

Le Dr William Haseltine, un expert en maladies infectieuses de renommée mondiale, s’adressant au site web Daily Beast, a tenu des propos qui donnent à réfléchir, en déclarant: «Vous devriez vous préparer à ce que la situation va devenir. Nous faisons face à un excès de 100.000 infections par jour et à une surcharge des hôpitaux dans tout le pays».

La vague initiale de la pandémie au printemps était essentiellement centrée sur le nord-est, très peuplé. En revanche, la deuxième vague, en été, est restée régionale et a touché les États de la ceinture sud. Plus précisément, les installations comme les maisons de retraite, les usines de conditionnement de la viande et les prisons ont été les plus touchées. À l’heure actuelle, les infections se propagent dans les réunions de famille, les écoles et les universités, les services religieux, les cafés, les bars et les événements sportifs dans tous les milieux urbains.

Le Dr Haseltine a poursuivi: «Nous ne sommes même pas près du pic. Ce que nous pouvons espérer, c’est qu’il se stabilisera à 100.000, qu’assez de gens auront assez peur et qu’assez d’hôpitaux seront débordés pour convaincre le public américain de porter des masques, de pratiquer la distanciation sociale et de faire preuve de prudence».

(Article paru en anglais le 26 octobre 2020)

 

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