Le Parti de gauche allemand adopte une politique d’«immunité collective»

Par Johannes Stern
26 octobre 2020

Bodo Ramelow du Parti de gauche, premier ministre du Land de Thuringe, a salué la semaine dernière le «modèle suédois» en matière de politique relative au coronavirus. De cette manière, Ramelow a souligné que la politique d'«immunité collective», c'est-à-dire l'infection meurtrière de la population par le coronavirus, n'est pas seulement adoptée par des gouvernements ouvertement de droite comme le gouvernement Trump aux États-Unis, mais aussi par la pseudo-gauche telle que le Parti de gauche ou Podemos en Espagne.

Salle de classe à Dortmund, en Allemagne, 13 août 2020 (AP Photo/Martin Meissner, Dossier)

Lors de la discussion sur le talk-show de Maybrit Illner, qui portait principalement sur la manière d'empêcher un deuxième confinement en Allemagne, Ramelow s'est vanté d'avoir reçu l'ambassadeur de Suède Per Thöresson à Erfurt la veille du sommet sur le coronavirus à Berlin mercredi dernier. «Je pourrais passer toute la journée avec l'ambassadeur de Suède. C'était intéressant parce que nous avons essayé de comparer le modèle suédois et notre situation», a déclaré Ramelow.

Puis il a fait l'éloge de la politique suédoise en matière de coronavirus. Dans ce pays, a-t-il dit, «ce que l'Agence de la santé publique recommande est suivi par les Suédois. Les recommandations officielles «ont presque le caractère d'une ordonnance», alors qu'en Allemagne, on s'interroge d'abord sur «la sanction, l'amende et les mesures de contrôle». Il a trouvé que «ce serait passionnant si nous devions comparer calmement comment la situation a évolué en Suède et comment la nôtre a raté la cible».

Ramelow ne s’est pas étendu davantage sur la stratégie meurtrière qu'il adoptait. Cependant, les courriels de l'épidémiologiste en chef suédois et chef de l'Agence de la santé publique, Anders Tegnell, révèlent que le gouvernement suédois a mené une politique d'«immunité collective» depuis le début. Lorsque le virus a atteint la Suède en mars, les autorités, contrairement à d'autres pays, ont refusé d'imposer un confinement. Tous les magasins sont restés ouverts et la fréquentation des écoles s'est poursuivie: dans le but déclaré d'accélérer la propagation du coronavirus.

Dans le même temps, le gouvernement suédois a travaillé dans les coulisses pour convaincre les autres gouvernements européens du bien-fondé de la voie qu'il avait prise. Dans un courriel adressé à son homologue finlandais Mika Salminen le 14 mars, Tegnell a écrit: «Un point en faveur du maintien des écoles ouvertes serait d'obtenir plus rapidement l'immunité collective.» Lorsque Salminen a répondu que les autorités finlandaises rejetaient cette idée parce que les enfants propageraient également le virus, Tegnell a répondu: «C'est exact, mais probablement principalement entre eux en raison de la structure de contact extrêmement stratifiée par âge que nous avons.»

Le résultat de cette politique homicide a été un taux de mortalité parmi les plus élevés d'Europe et du monde. Avec environ 10,3 millions d'habitants, il y a eu jusqu'à présent plus de 5900 décès dus au coronavirus et plus de 103.000 personnes infectées en Suède. En comparaison, les pays scandinaves voisins, qui ressemblent le plus à la Suède en termes de structure sociale et de population, ont des chiffres bien inférieurs. La Finlande, avec une population d'environ 5,5 millions d'habitants, n'a jusqu'à présent signalé que 13.555 infections et 351 décès; et la Norvège, qui compte un peu moins de 5,4 millions d'habitants, a signalé 16.539 infections et 278 décès.

Le fait que de plus en plus de gouvernements dans le monde adoptent la politique d'immunité collective et refusent de prendre les mesures nécessaires contre la propagation du virus, malgré l'explosion du nombre de cas, a été fermement condamné par les experts de la santé ces derniers jours. Dans un communiqué publié le 15 octobre, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) déclare que «les tentatives de réaliser une ‘immunité collective’ en exposant des personnes à un virus sont scientifiquement problématiques et contraires à l'éthique. La propagation du COVID-19 dans les populations de tous âges et conditions de santé entraîne des infections, des souffrances et des décès inutiles.»

Le célèbre journal médical «The Lancet»aégalement publié un article le 15 octobre décrivant la politique de «l'immunité collective» comme «une fausseté dangereuse», qui «n'a pas été scientifiquement prouvée». L'article déclare que «l’on constate que l'expérience d'immunité collective en Suède a échoué», dans le pays qui a «le taux de mortalité le plus élevé des pays nordiques». Seul «le confinement contrôlé du COVID-19 dans la population» est «un moyen sûr de protéger la société et les économies jusqu'à ce qu'un vaccin sûr et efficace soit disponible et que des médicaments puissent être développés dans les mois à venir».

Le critère du Parti de gauche et de ses partis frères européens n'est pas la connaissance scientifique et la vie et la santé de la population, mais les intérêts de l'économie. Lorsque la modératrice du talk-show Maybrit Illner a noté que les «dommages économiques» en Allemagne dus au confinement étaient «beaucoup plus importants» qu'en Suède, Ramelow a indiqué son approbation et, au cours de la discussion, a déclaré: «J'espère que nous comprenons enfin que nous n'avons pas toujours à décider d'un confinement uniforme pour l'ensemble de l'Allemagne.»

Avec son opposition véhémente à un second confinement pour contenir le virus, le Parti de gauche poursuit sa politique dans l'intérêt du capital allemand. Fin mars, il avait voté au Bundestag (parlement fédéral) les «mesures d'urgence contre le coronavirus» à hauteur de milliards d’euros, qui ont essentiellement profité aux grandes entreprises, aux banques et aux super-riches. Par la suite, partout où il est en coalition gouvernementale – à Brême, en Thuringe et à Berlin – il a assuré le passage en force de la politique officielle de la grande coalition allemande de chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates et de l'Union européenne, afin d’extraire à nouveau des sommes faramineuses de la classe ouvrière.

Les conséquences catastrophiques de cette politique deviennent évidentes: en Europe actuellement, environ 130.000 personnes sont infectées chaque jour et plus d'un millier meurent; Berlin et Brême sont considérés comme des foyers épidémiques pour le coronavirus et en Thuringe, le nombre de cas a décuplé ces derniers jours. Dans ces conditions, le Parti de gauche, comme tous les autres partis du Bundestag, indique clairement qu'il ne fera rien pour arrêter la propagation du virus.

«Je me prépare au fait que nous devons apprendre à vivre avec le coronavirus», a déclaré Ramelow à la fin de l’émission. Il faut «tout simplement aussi accepter que le virus représente un risque pour la vie […] Si nous conduisons une voiture, c'est aussi un risque pour la vie. Et les autres maladies sont toujours un risque pour la vie. Et nous acceptons ces risques de la vie. Et avec le coronavirus, nous suivons une voie complètement différente.»

Les travailleurs et les jeunes doivent tirer les conclusions nécessaires de ce mélange d'imprudence et de stupidité. Dans la lutte contre la pandémie, le Parti de gauche et les groupes de la pseudo-gauche dans son giron se positionnent de l'autre côté des barricades, tout comme dans la lutte contre la guerre et les inégalités sociales.

Alors que le Parti de gauche rejette même les mesures les plus élémentaires pour contenir la pandémie – sans parler d'un programme socialiste d'expropriation de la fortune des super-riches pour financer les mesures médicales et sociales nécessaires – ses dirigeants font de la propagande pour donner à l'appareil d'État de plus grands moyens d'oppression. «Les autorités de régulation doivent être adaptées [à leur objectif]. La police [locale] doit être déployée. La police fédérale doit être déployée», a exigé Ramelow lors de l'émission de Maybrit Illner. Le ministre de l'Intérieur Horst Seehofer (Union chrétienne-sociale, CSU) avait même «proposé de déployer la Bundeswehr (Forces armées) pour les appuyer», ce dont Ramelow était «très reconnaissant».

(Article paru en anglais le 23 octobre 2020)

 

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