La Capitale-Nationale devient la région du Québec avec le plus de cas de COVID-19 par 100.000 habitants

Par Hugo Maltais
24 octobre 2020

La région de la Capitale-Nationale continue d’être l’un des centres urbains les plus touchés par la pandémie de COVID-19 au Québec.

Le 23 septembre, devant une importante augmentation des cas, le gouvernement propatronal de la Coalition avenir Québec (CAQ) avait haussé le niveau d’alerte dans la région au code «orange» puis, le 1er octobre, au palier ultime «rouge».

Malgré la fanfare médiatique qui a accompagné ces annonces, les mesures sanitaires additionnelles mises en place étaient, à chaque fois, nettement insuffisantes. Comme l'a expliqué le WSWS, les mesures annoncées (principalement la fermeture des salles à manger des restaurants, la réduction du nombre de personnes pouvant se rassembler à l’intérieur de 10 à 6 et l’interruption des sports d’équipes), visaient avant toute chose à «éviter un nouveau confinement généralisé afin de préserver les profits de l’oligarchie financière et de la grande entreprise, tout en donnant l’illusion que le gouvernement agit pour protéger la population».

Cette analyse se trouve aujourd’hui confirmée puisqu’après plusieurs semaines de niveau d’alerte renforcé, la situation continue de se détériorer dans la région de Québec.

À tous les jours depuis le 14 octobre, la région a enregistré au moins 100 nouveaux cas. Lundi dernier, elle a battu un record depuis le début de la pandémie avec 272 nouveaux cas. Le lendemain, la région a enregistré «seulement» 92 nouveaux cas, une «baisse» célébrée de façon grotesque par les grands médias. Il a par la suite été révélé que ce chiffre résultait d’un retard dans le traitement des tests de dépistage. Le nombre de cas était de retour à la normale actuelle mercredi et jeudi avec respectivement 190 et 168 nouveaux cas. La Capitale-Nationale est maintenant la région du Québec qui compte le plus de cas par 100.000 habitants.

Par comparaison, tout au long de l’été, avant que le gouvernement ne force la réouverture des écoles, la province de Québec en son ensemble enregistrait entre 50 et 150 nouveaux cas par jour. Dès les deux premières semaines de retour en classe, ce chiffre a augmenté de façon fulgurante pour atteindre environ 500 cas quotidiens vers la troisième semaine de septembre.

La pression mise sur le système de santé par l’effet combiné des hospitalisations requises pour traiter les cas graves, l’épuisement du personnel et les éclosions en milieu hospitalier a forcé plusieurs établissements à interrompre des services jugés moins urgents. Ainsi, le 13 octobre, le CHU de Québec a annoncé que «le nombre grandissant de patients atteints de COVID-19 nécessitant une hospitalisation [et] la faible marge de manœuvre dont on dispose en matière de main-d’œuvre» le forçait à se délester de 30% de ses activités jusqu’à nouvel ordre, ce qui signifie l’annulation de 6000 rendez-vous ambulatoires et 300 opérations par semaine.

Le 19 octobre, l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ) dévoilait qu’une vingtaine de ses patients avaient contracté la maladie et qu’elle suspendait toutes les opérations chirurgicales, y compris les transplantations cardiaques, sauf celles absolument nécessaires. En raison de leurs problèmes cardiaques ou pulmonaires, les patients de l’IUCPQ sont hautement vulnérables au coronavirus et, selon certains estimés, leur taux de mortalité lorsque contaminés est de 16%.

Le 21 octobre, ce fut au tour de l’hôpital de La Malbaie, aux prises avec une éclosion, de suspendre toutes les opérations non urgentes nécessitant un lit d’hospitalisation.

Au milieu de cette crise du système de santé, le premier ministre Legault, le multimillionnaire ex-PDG d’Air Transat, a déclaré qu’il était prêt «à tout faire» pour réduire la charge de travail des infirmières…ce qui, s’est-il empressé d’ajouter, n’inclut cependant pas de leur offrir des augmentations de salaire plus élevées que l’inflation!

La principale réponse de son gouvernement, tout comme lors de la recrudescence des cas en septembre, est une vaste campagne de relations publiques visant à rejeter la faute sur la population. Mardi, le ministre de la Santé Christian Dubé, un comptable et homme d’affaires qui était président du Conseil du Trésor avant d’être nommé à la Santé, a laissé entendre que la situation était due au fait que la population de la région de la Capitale-Nationale tardait à respecter les mesures sanitaires.

Le Directeur de la Santé publique de la Capitale-Nationale, le Dr André Dontigny a quant à lui chercher à jeter le blâme sur de supposés «réfractaires», suggérant que la situation s’expliquerait «par un pourcentage un peu plus élevé de gens qui ont moins mis en application les mesures de manière stricte».

Quelle immonde hypocrisie. La réalité est que la recrudescence des cas en septembre et la dégradation continuelle depuis sont le résultat des politiques criminelles de retour prématuré au travail et de réouverture des écoles imposées par le gouvernement Legault pour préserver les profits de la grande entreprise.

Des statistiques publiées par le CIUSSS de la Capitale-Nationale mercredi démontrent que des 157 foyers d’éclosion connus, 57% sont directement liés à ces politiques: 66 éclosions se situent dans des milieux de travail et 25 dans des services de garde ou des écoles (en date du 21 octobre, c’était plus de 50% des écoles de la région de la Capitale-Nationale, soit 118 sur 215, qui comptaient au moins un cas actif de COVID-19). Au niveau provincial, 46% des éclosions ont été observées dans les milieux de travail. Les cas issus de rassemblements privés (ou, pour citer le mantra de Legault, les «party») représentent une faible minorité.

Plutôt que la population, le véritable coupable est donc la réouverture prématurée de commerces, de bureaux et d’usines qui ne sont pas essentiels et, dans le cas des milieux de travail essentiels, l’absence de mesures sérieuses de protection pour les travailleurs. Cette politique meurtrière était nécessaire aux yeux de la classe dirigeante pour reprendre le plus rapidement possible l’exploitation de la classe ouvrière afin de lui faire payer les quelques 650 milliards de dollars canalisés vers les marchés financiers et la grande entreprise lors du renflouement organisé en mars par la Banque du Canada et les gouvernements fédéral et provinciaux.

À Vallée-Jonction en Beauce, pour ne donner qu’un exemple des conséquences tragiques de l’indifférence de la classe dirigeante, au moins 70 travailleurs de l’usine Olymel ont été déclarés positifs à la COVID-19 et un en est décédé mercredi. Se rangeant aux demandes de l’entreprise, les autorités ont refusé de recommander la fermeture de l’usine ou même la poursuite des tests de dépistage!

Ce refus de prendre quelque mesure que ce soit pour enrayer la contagion dans les milieux de travail et les écoles est généralisé.

Lors du dévoilement des statistiques sur les éclosions en milieux de travail, le Dr Arruda, Directeur de la santé publique, après avoir de nouveau blâmé les travailleurs («Tout le monde s’est relâché un peu») a annoncé, comme seule «mesure» que le gouvernement allait «probablement lancer des opérations de surveillance des milieux de travail» (souligné par nous). Ces opérations, si elles voient le jour, seront confiées à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), l’organisme gouvernemental ostensiblement chargé de protéger les travailleurs mais qui, en réalité, prend systématiquement le parti des employeurs. La CNESST est notamment impliquée dans la décision de ne pas fermer l’usine d’Olymel de Vallée-Jonction.

Les travailleurs qui s’opposent au retour prématuré au travail et à la rentrée scolaire précipitée doivent former des comités de sécurité de la base, indépendants de la bureaucratie syndicale. Tel qu’expliqué par un éducateur à une école primaire du Grand Montréal dans une lettre ouverte publiée sur le WSWS, seules de telles organisations de travailleurs peuvent avancer les revendications nécessaires pour protéger la vie et la santé de la population.

 

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