Mobilisez la classe ouvrière contre la politique d’«immunité collective» de l'Union européenne!

Par Alex Lantier
19 octobre 2020

Cette semaine, l’Organisation mondiale de la santé a averti que l’Europe était confrontée à une «augmentation exponentielle» des cas de COVID-19. Au cours des dix derniers jours, le continent a enregistré plus d’un million de nouveaux cas, ce qui porte à plus de sept millions le nombre total de cas depuis le début de la pandémie.

Alors que l’Europe apparaît comme l’épicentre d’une résurgence mondiale du COVID-19, l’UE mène une politique qui entraînera des morts à une échelle sans précédent, dépassant largement les 200.000 décès du printemps.

Un travailleur médical observe un patient atteint de COVID-19 dans un hôpital de Marseille, dans le sud de la France [Credit: AP Photo/Daniel Cole]

Après que des mesures de confinement ont inversé la vague initiale de COVID-19 en Europe, les gouvernements du continent se sont vantés d’avoir contrôlé le virus. Les banques centrales ayant versé des aides de 1,25 mille milliards d’euros (et de 645 milliards de livres sterling au Royaume-Uni) et l’UE ayant négocié un renflouement patronal de 750 milliards d’euros, les gouvernements ont exigé le retour des travailleurs au travail et des jeunes à l’école. La priorité, ont-ils insisté, était d’éviter un nouveau confinement.

Tous ces arguments sont complètement démasqués. Le nombre de nouveaux cas quotidiens en Europe a dépassé les 150.000, le virus explosant de manière incontrôlée. La France déclare plus de 30.000 cas, la Grande-Bretagne près de 20.000, la République tchèque près de 10.000, l’Italie 9.000, la Belgique, la Pologne et les Pays-Bas 8.000 et l’Allemagne 7.800. 13.000 nouveaux cas par jour sont annoncés en Espagne, jusqu’à récemment le pays le plus touché d’Europe, mais les journaux indiquent que les gouvernements régionaux réduisent le nombre de cas de plusieurs milliers.

Même si la contagion restait à son niveau actuel, à savoir 4,5 millions de cas par mois, elle submergerait le système de santé européen. Mais les gouvernements de l’UE continuent de rejeter l’ordre général de s’abriter chez soi ou de confinement. Ils exigent bien plutôt que les travailleurs non essentiels retournent au travail, pour produire des profits sur les masses de capital financier remis aux grandes entreprises. L’UE a sacrifié la santé et la vie des travailleurs aux profits de l’aristocratie financière.

En Espagne, en Grande-Bretagne et en France, les autorités annoncent des couvre-feux nocturnes ou des restrictions de la mobilité dans certaines villes, afin de rassurer une population de plus en plus en colère et craintive. Mais de Madrid à Marseille et de Paris à Liverpool, ces couvre-feux ont un point commun: ils obligent les travailleurs et les jeunes à continuer comme avant à se rendre au travail et à l’école, là où se produit la grande majorité des infections. Avec cette politique, le nombre de nouveaux cas continuera d’augmenter de manière exponentielle.

Alors que l’hémisphère nord approche de l’hiver — la saison où l’on se tient plus à l’intérieur dans des zones mal ventilées et où les maladies comme le COVID-19 se répandent et tuent le plus rapidement — une catastrophe menace l’Europe et le monde entier.

Le pire ne peut être évité que par la mobilisation politique de la classe ouvrière européenne et internationale. En effet, seule l’intervention indépendante de la classe ouvrière a contraint à l’adoption de politiques de confinement ce printemps en Europe. C’était uniquement cela qui, selon les épidémiologistes, a permis de sauver des millions de vies. Les grèves sauvages qui ont commencé à l’usine Fiat de Pomigliano et se sont étendues aux aciéries, à l’ingénierie et à la transformation des aliments en Italie et dans une bonne partie de l’Europe ont entraîné la fermeture des chaînes d’approvisionnement internationales et forcé les gouvernements de l’UE à adopter des ordonnances de confinement.

Après plus d’un million de morts du COVID-19 dans le monde, dont plus de 230.000 en Europe, une opposition sociale explosive se développe. Des actions de protestations massives de jeunes ont éclaté contre les politiques de rentrée scolaire en Grèce et en Pologne ainsi que des grèves de soignants en Espagne et en France exigeant plus de ressources et une meilleure rémunération pour faire face à la pandémie. Les travailleurs et professionnels de la santé dénoncent les politiques d’«immunité collective» adoptées par les gouvernements du monde entier. La revue médicale britannique de renommée internationale, The Lancet, a soumis l’immunité collective à des critiques dévastatrices et sans équivoque.

The Lancet écrit: «L’arrivée d’une deuxième vague et la prise de conscience des défis à venir ont entraîné un regain d’intérêt pour une approche dite d’immunité collective. Elle suggère de permettre une large épidémie non contrôlée dans la population à faible risque tout en protégeant les personnes vulnérables. Les partisans de cette approche suggèrent que cela conduirait au développement d’une immunité acquise dans la population à faible risque et protégerait finalement les personnes vulnérables. Ceci est une erreur dangereuse non étayée par des preuves scientifiques».

«Une transmission incontrôlée chez les jeunes risque d’entraîner une morbidité et une mortalité importantes dans l’ensemble de la population», avertit The Lancet. Il ajoute que cela risque de «submerger la capacité des systèmes de santé à fournir des soins urgents et de routine», de garantir «des épidémies récurrentes» et «d’exacerber encore les inégalités socio-économiques… déjà mises à nu par la pandémie».

The Lancet écrit que les mesures de maintien à domicile mises en place au début de l’année étaient «essentielles pour réduire la mortalité, empêcher que les services de santé ne soient débordés et gagner du temps pour mettre en place des systèmes de réponse à la pandémie afin de supprimer la transmission après le confinement».

Sept mois après le début des mesures de confinement dans toute l’Europe, il ne fait plus aucun doute que la fermeture des entreprises non essentielles, combinée à des investissements massifs dans la santé publique, les tests, la quarantaine et la recherche des contacts, est la seule politique scientifique de lutte contre le virus. Ce qui reste à clarifier est le programme politique sur lequel l’opposition croissante de la classe ouvrière peut être transformée en lutte consciente pour éviter des pertes en vies humaines véritablement épouvantables. Une politique scientifique ne peut être mise en œuvre que par l’unification internationale et la mobilisation de la classe ouvrière dans une lutte pour le socialisme.

Seul un assaut révolutionnaire massif sur la propriété capitaliste peut venir à bout des intérêts économiques intraitables qui ont dicté une politique meurtrière à l’égard de COVID-19. La conclusion inévitable de l’article du Lancet est que la politique de retour au travail et à l’école des gouvernements de l’UE était une fausse politique anti-scientifique, imposée aux travailleurs et aux jeunes par l’aristocratie financière, basée sur le mensonge.

Les responsables de l’UE savaient que leur politique ferait des morts en masse. En mars, alors que des grèves les forçaient à accepter le confinement, le ministère allemand de l’Intérieur a préparé un rapport classifié selon lequel sans mesures d’urgence «plus d’un million» d’Allemands pourraient mourir de COVID-19 en 2020. Au Conseil national de sécurité français, des responsables auraient entendu des mises en garde hautement secrètes sur des centaines de milliers de morts. Mais on a caché ces avertissements à la population et les médias les ont enterrés afin que les banques et les gouvernements de l’UE puissent pousser les travailleurs à reprendre le travail et relancer le flux des profits.

Les bureaucraties syndicales européennes et leurs alliés des partis de la classe moyenne, comme le Parti de gauche allemand, Podemos en Espagne ou le Nouveau parti anticapitaliste français, sont impliqués dans cette politique criminelle. Après n’avoir rien fait pour mobiliser les travailleurs ce printemps, ils ont aidé à la mise en œuvre de la politique de retour au travail. Les syndicats allemands et français qui ont signé cet été une déclaration approuvant les plans de sauvetage de l’UE s’attendent à ce que des milliards de ces fonds de renflouement passent des banques et des comités d’entreprise à leurs portefeuilles d’actions et leurs caisses syndicales, et vouent à la mort des centaines de milliers, voire des millions de travailleurs.

Les sections du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) ont appelé les travailleurs et les jeunes d’organiser des comités de sécurité sur les lieux de travail et dans les écoles, indépendamment des syndicats, pour s’opposer à la politique d’immunité collective de la classe dirigeante. Alors que le virus se répand dans la population, il est clair qu’une défense de la santé et de la sécurité au travail ou à l’école est impossible sans une stratégie collective et révolutionnaire qui s’oppose à celle de l’aristocratie financière, la contamination et la mort en masse.

Pour ce faire, il faut construire le CIQI en tant que direction révolutionnaire de la classe ouvrière internationale. Ceci afin de jeter les bases politiques d’actions de grève massives et coordonnées, d’ une opposition systématique et de la prise de pouvoir pour s’approprier les ressources nécessaires à une lutte scientifique et humaine contre le COVID-19. Cela comprend une politique de refuge chez soi pour les jeunes et tous les travailleurs non essentiels, soutenue par un financement pour les travailleurs et les petites entreprises ne pouvant plus fonctionner. Cela exige une lutte révolutionnaire de la classe ouvrière pour faire tomber l’UE et la remplacer par les États socialistes unis européens.

(Article paru d’abord en anglais le 17 octobre 2020)

 

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