Dans un contexte de chômage de longue durée record, le gouvernement américain prive les travailleurs d’aide financière

Par Jerry White
16 octobre 2020

Le nombre de travailleurs au chômage depuis plus de six mois atteint un niveau record. Des millions de personnes sont à court de prestations de chômage aux niveaux fédéral et des États. Dans cette situation, le gouvernement américain a clairement indiqué que le versement d’allocations de chômage aux travailleurs n’est pas une priorité.

Après le 31 juillet, date de l’expiration du supplément fédéral de 600 dollars par semaine aux allocations de chômage des États, Trump a approuvé une mesure provisoire appelée «Programme d’aide en cas de perte de salaire». Cela réduit de moitié l’aide fédérale, en prévoyant six versements hebdomadaires de 300 dollars, à compter du 1er août avec effet rétroactif. Mais même ce maigre montant s’épuise.

Plus de deux millions de Californiens reçoivent leur dernier chèque de 300 dollars cette semaine. 2,4 millions de New-Yorkais supplémentaires perdront leurs prestations dans les deux prochaines semaines. Le programme a déjà pris fin au Texas, dans l’Utah, l’Iowa, la Floride, l’Arizona, l’Alabama, la Géorgie, le Montana, la Caroline du Nord, le Tennessee, la Louisiane, la Virginie-Occidentale, l’Oklahoma, l’Idaho, le New Hampshire et le Missouri.

Des gens font la queue pour ramasser des aliments frais et des denrées devant le Barclays Center. En même temps la Food Bank For New York City apporte son aide aux personnes dans le besoin en raison de la pandémie de COVID-19, le jeudi 10 septembre 2020 à New York. (AP Photo/John Minchillo)

Les négociations sur un nouveau projet de loi de relance étaient en cours lorsque le président américain Trump a tweeté la semaine dernière qu’il mettait fin à toute nouvelle négociation jusqu’après les élections. Peu de temps après, il a toutefois appelé à l’adoption d’un plan de relance.

La représentante démocrate californienne Ro Khanna, ancienne coprésidente de la campagne de Sanders, exigeait de «conclure un accord, mettre la balle dans le camp de McConnell». Mais la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a catégoriquement refusé d’avancer sur un nouveau projet de loi de relance.

Interrogée par le présentateur de CNN Wolf Blitzer sur la raison pourquoi elle ne faisait pas plus pour aider des millions d’Américains «qui ne peuvent pas mettre de la nourriture sur la table et qui ne peuvent pas payer le loyer», Pelosi a répondu, dans une expression ahurissante d’indifférence, «Les avez-vous nourris? Nous leur donnons à manger».

Quelle que soit la lutte pour l’avantage électoral, le fait est que la dernière chose qui préoccupe les membres millionnaires du Congrès à Washington est le bien-être de dizaines de millions de travailleurs désespérés et de leurs familles.

Même si le gouvernement fédéral et les gouvernements des États ont initialement bonifié les allocations de chômage, suspendu les saisies et arrêté les coupures de services publics pour tenter d’empêcher une explosion sociale alors que des dizaines de millions de personnes perdaient leur emploi à cause de la pandémie, toutes ces mesures sont en train d’être éliminées.

Les propriétaires peuvent entamer des procédures d’expulsion dans tout le pays même si un moratoire fédéral reste en vigueur jusqu’en décembre, selon la nouvelle orientation publiée vendredi par les «Centres pour le contrôle et la prévention des maladies» et le ministère de la Justice. En même temps, les propriétaires ne seront pas tenus d’informer les locataires des protections auxquelles ils ont droit.

Avec l’aggravation de la pandémie et l’arrivée du froid, 180 millions de personnes risquent de voir leurs services d’électricité, d’eau et autres services publics coupés lorsque les protections de l’État prendront fin. À l’échelle nationale, les dettes d’électricité et de gaz menacent à elles seules d’atteindre et de dépasser 24,3 milliards de dollars d’ici la fin de l’année, selon une analyse de l’«Association nationale des directeurs de l’assistance énergétique» publiée au début de ce mois.

Des milliers de consommateurs d’électricité et de gaz de la région de Louisville, au Kentucky, en retard sur leurs factures, risquent d’être privés de courant après que la «Commission de la fonction publique du Kentucky» ait voté pour permettre aux services publics de reprendre les coupures dès le 20 octobre.

Des centaines de milliers d’habitants du New Jersey risquent également de se trouver privés d’électricité alors que le moratoire de l’État prend fin cette semaine. «J’ai vu le montant en dollars en premier, et c’était comme si je m’étais presque évanouie», a déclaré Racquel Kooper à une filiale de CBS News après que la mère célibataire de trois enfants ait reçu un montant en retard de plus de 2.300 dollars et un avertissement de coupure.

Environ, 22 millions d’adultes aux États-Unis, soit 10,1 pour cent du total, ont déclaré que leur ménage n’avait pas les moyens d’acheter suffisamment de nourriture. Cela faisait partie des données recueillies par «l’Enquête sur le pouls des ménages» du Bureau américain du recensement. Ce taux était presque trois fois plus élevé qu’avant la pandémie.

Quelque 13 millions d’Américains étaient officiellement au chômage en septembre, soit environ sept millions de plus qu’avant la pandémie. Cela inclut 2,4 millions de travailleurs licenciés pendant plus de 27 semaines. Au cours des prochaines semaines, 4,9 millions de personnes supplémentaires viendront grossir les rangs des chômeurs de longue durée.

Dans le même temps, le nombre de pertes d’emplois permanentes a augmenté de 345.000, passant à 3,8 millions, à mesure que les mises à pied temporaires deviennent permanentes. Allstate, American Airlines, Chevron, Disney, Royal Dutch Shell et United Airlines ont tous annoncé des suppressions d’emplois permanentes au cours des derniers jours.

Selon une nouvelle étude d’Axios, le taux de chômage réel aux États-Unis – calculé sur la base du nombre de personnes qui cherchent un emploi à plein temps avec un salaire de subsistance mais ne pouvant en trouver un – est de 26,1 pour cent, soit trois fois plus que le taux de chômage officiel de 7,9 pour cent en septembre. Si l’on compte les personnes de plus de 16 ans qui ne gagnent pas un salaire de subsistance, le taux de chômage atteint le chiffre stupéfiant de 54,6 pour cent dans l’ensemble et de 59,2 pour cent pour les Afro-Américains.

Tandis que des dizaines de millions de personnes font face à la pire crise économique et sociale depuis la Grande Dépression, le renflouement de Wall Street par la loi CARES, qui s’élève à plusieurs milliers de milliards de dollars, a entraîné une explosion des bénéfices des banques. Goldman Sachs a annoncé mercredi que ses bénéfices du troisième trimestre ont presque doublé pour atteindre 3,62 milliards de dollars.

Ni Trump ni son challenger présidentiel, Joe Biden, n’évoque la situation désespérée dans laquelle se trouve la population. Alors que Trump incite à la violence de droite pour faire appliquer sa politique d’«immunité collective», les deux partis de la grande entreprise utilisent la menace de l’itinérance et de la faim pour forcer les travailleurs à reprendre le travail afin qu’ils puissent produire les profits nécessaires pour payer le sauvetage géant des sociétés.

Quel que soit le résultat des élections, l’opposition de la classe ouvrière continuera de s’intensifier contre les politiques meurtrières de la classe dirigeante en matière de retour au travail et à l’école et contre les efforts déployés pour piller les ressources de la société.

Partout aux États-Unis et dans le monde, les grèves et les protestations continuent de se multiplier, notamment les débrayages des étudiants polonais contre la propagation de la contagion mortelle dans les écoles et la formation de comités de sécurité sur les lieux de travail et dans les écoles aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et dans d’autres pays.

Sur chaque lieu de travail et dans chaque quartier, les travailleurs et les jeunes devraient créer des comités de la base, indépendants des syndicats corrompus et des partis du patronat, afin de lutter contre la propagation de la maladie et de garantir la santé et la sécurité des travailleurs.

Dans le même temps, on doit détourner des billions de dollars du renflouement de Wall Street et les utiliser plutôt pour mobiliser les ressources scientifiques internationales afin de lutter contre la pandémie et de faire face à la crise économique et sociale de masse. Cela doit inclure la fourniture de soins de santé gratuits et de qualité pour tous; un revenu complet pour tous ceux qui se trouvent touchés par la crise; l’arrêt de la production non essentielle; l’arrêt de l’apprentissage en personne jusqu’à ce que la pandémie soit contenue; et la fourniture d’équipements de protection pour les travailleurs essentiels.

Comme l’a clairement indiqué le «World Socialist Web Site», la lutte contre la pandémie n’est pas avant tout une question médicale, mais bien une question sociale et politique. La seule façon de répondre aux besoins de la grande majorité des habitants de la planète est par la transformation socialiste de la société.

(Article paru en anglais le 15 octobre 2020)

 

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