Les soignants français et espagnols manifestent alors que s’étend la Covid-19

Par Will Morrow
15 octobre 2020

La colère monte parmi les travailleurs de la santé dans toute l'Europe, avec des manifestations et des grèves organisées par des infirmières et des médecins en France et en Espagne cette semaine. Ces manifestations exigent de ressources dont le personnel hospitalier a désespérément besoin pour lutter contre la pandémie de Covid-19, et contre la politique d'«immunité collective» qui sous-tend la réaction des États européens au virus.

Ces manifestations ont lieu alors que l'Europe redevient un épicentre de la pandémie, la France, le Royaume-Uni et l'Espagne étant en tête du continent pour le nombre total de cas.

Aujourd'hui, les infirmières françaises manifesteront devant les hôpitaux et dans les centres-villes, la plus grande manifestation se déroulant à Paris, pour réclamer des augmentations de salaires, des lits d'hôpitaux supplémentaires et du personnel supplémentaire.

Les déclarations des infirmières dans les médias et sur les réseaux sociaux ont dénoncé les conditions de vie dans les hôpitaux, notamment le manque d'équipements de protection, alors que l'Europe est à nouveau menacée par le débordement des salles d'urgence.

«Je n'ai pas signé pour ça!», a déclaré Sophie, infirmière dans le Val-de-Marne, au Parisien, «car on n'en peut plus de la pression, des heures supplémentaires non payées».

«Entre nous, on se surnomme les invisibles», a déclaré Christina, 46 ans, au journal. «L'épidémie, ça a été la goutte d'eau, on a été applaudi puis plus rien».

Sur Twitter, Arthur, un infirmier de 33 ans, a déclaré: «Notre système de santé s'effondre. Il faut maintenant une action forte».

Selon un sondage de 60.000 infirmières, dont les résultats ont été publiés par Le Parisien le 10 octobre, 33 pour cent des infirmières disaient être en état d'épuisement professionnel avant la crise. Ce chiffre a presque doublé pour atteindre 57 pour cent aujourd'hui.

La journée d'action a été organisée par un groupe de syndicats, dont la Confédération générale du travail (CGT), le syndicat Sud, ainsi que le collectif Inter-Urgences.

Le rôle de la CGT et des autres principaux syndicats est particulièrement cynique. Il y a seulement quatre mois, le 10 juillet, ils ont annoncé un accord avec Macron pour un projet de loi sur le financement des soins qui a aggravé les conditions dans les hôpitaux. Ce même projet de loi qui est maintenant largement dénoncé par les travailleurs de la santé.

Il prévoyait une augmentation insuffisante de 180 euros par mois pour les infirmières, ne comportait aucune promesse de réouverture des lits, dont plus de 17.000 ont été fermés au cours des six dernières années, et assouplissait les garanties de la semaine de 35 heures pour les infirmières.

La CGT n'a pas eu besoin de signer l'accord, qui pouvait déjà passer avec les signatures de la Confédération française démocratique du travail, de l'Union nationale des syndicats autonomes, et de Force ouvrière. Mais elle a cherché à empêcher toute mobilisation contre l'accord, en publiant un communiqué qui déclarait: «Même si ce protocole d’accord peut-être décevant, il faut quand même préciser que c’est bien grâce à la mobilisation des salariés ces dernières années, et grâce aussi aux organisations syndicales, que nous avons pu […] [obtenir] une revalorisation salariale».

En Espagne, des manifestations ont été organisées pendant plusieurs semaines par des médecins et d'autres travailleurs de la santé. Mardi, des centaines de médecins ont fait grève en Catalogne pour exiger de meilleures conditions de travail.

Natalia Ross, une médecin qui a participé à une manifestation à Barcelone mardi, a déclaré à Swiss Info: «Nous demandons de l'aide, car nous ne pouvons pas donner aux gens les ressources dont ils ont besoin pour être soignés pendant cette pandémie de coronavirus». La mobilisation impliquerait 5.900 médecins à travers la Catalogne.

La colère croissante des professionnels de la santé est due à l'accélération rapide du virus en France, en Espagne et dans toute l'Europe, et au fait que le personnel hospitalier est une fois de plus menacé par un débordement des salles d'urgence. La propagation du virus est le résultat prévisible et attendu des politiques des gouvernements européens, qui ont réouvert leurs économies prématurément. En renvoyant des millions de personnes sur leurs lieux de travail et dans leurs écoles, ils ont permis au virus de se propager afin de relancer le flux des bénéfices vers les banques.

Lundi, Aurélien Rousseau, de l'Agence régionale de santé, a indiqué que 17 pour cent des tests effectués en Île-de-France étaient positifs, le plus haut niveau jamais atteint. Il y a 474 personnes atteintes de coronavirus en réanimation, soit 42 pour cent de tous les patients en réanimation.

M. Rousseau a indiqué que rien qu'à Paris, lundi, «on a par exemple aujourd'hui à Paris chez les 20-30 ans plus de 800 cas positifs pour 100 000. Le seuil d'alerte c'est 50. Et surtout, depuis trois jours … ces chiffres augmentent très rapidement chez les personnes âgées».

«On sait ce qui va se passer dans les 15 prochains jours», a-t-il dit, et «qu'on va avoir plus de cas graves».

Il y a eu 362.000 cas de coronavirus en France du 15 septembre au 13 octobre. En Europe, la France est suivie par l'Espagne et le Royaume-Uni, avec respectivement 295.000 et 249.000 cas sur la même période. En termes de nombre de cas pour 100 000 personnes, cependant, la République tchèque est en tête, avec 800 cas pour 100.000 personnes, suivie par l'Espagne, la Belgique, les Pays-Bas et la France.

 

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