Royaume-Uni: nouveaux licenciements annoncés par milliers, la destruction des emplois continue

Par Margot Miller
14 octobre 2020

Les chiffres obtenus grâce à une demande officielle d'accès à l'information de la part de la BBC révèlent que les employeurs britanniques ont prévu près de 500 000 licenciements par le biais de programmes de restructuration, d'avril à août inclus.

Depuis le début du confinement en mars, des centaines de milliers d'emplois ont été perdus, et beaucoup d'autres vont suivre d'ici la fin de l'année, alors que la pandémie de COVID-19 devient incontrôlable.

Le chômage officiel se situe actuellement à un peu moins de 4 pour cent. La Banque d'Angleterre s'attend à ce que ce chiffre grimpe à 7,5 pour cent après la fin du programme de subventions d’aide à l’emploi. D'autres estimations préviennent que le chômage pourrait tripler pour atteindre 15 pour cent.

La pandémie a un impact dévastateur sur la vies et les moyens de subsistance, grâce à la politique désastreuse du gouvernement conservateur dirigé par Johnson. Avec le soutien du Parti travailliste et des syndicats, le gouvernement avait introduit tardivement un confinement national puis, le renflouement des marchés financiers étant assuré, il se précipita pour rouvrir l'économie avant que le virus ne soit sous contrôle.

Les secteurs de l'aviation et du commerce de détail sont les plus touchés. Les grands magasins tels que Marks and Spencer, Debenhams, Boots et John Lewis ont soit supprimé des emplois, soit fermé certains magasins, tandis que d'autres comme Oasis et Warehouse ont complètement disparu.

La semaine dernière, Sky News a signalé 34 304 pertes d'emplois dans l'aviation, 33 304 dans le commerce de détail, 30 421 dans l'hôtellerie, 24 461 dans l'économie plus généralement, 9 600 dans le secteur de l'énergie et 8 968 dans la production, dont le secteur automobile.

La chaîne de mode Edinburgh Woolen Mill (EWM), propriétaire de Peacocks and Jaeger, est la dernière victime à faire appel aux administrateurs judiciaires – dans l'espoir de trouver un repreneur pour l'entreprise en difficulté, qui emploie 24 000 personnes. L'entreprise a ouvert sa première boutique à Édimbourg en 1970.

Sans repreneur, ce serait la plus grande perte individuelle d'emplois à ce jour depuis que British Airways a annoncé 12 000 licenciements en avril. Steve Simpson, PDG d'EWM, a déclaré: « Comme tous les détaillants, nous avons trouvé les sept derniers mois extrêmement difficiles. »

Les détaillants ont été durement touchés par le confinement national initial imposé le 23 mars, puis par des confinements partiels appliqués localement sur de grands pans du Royaume-Uni, vidant les zones commerçantes. Même avant la pandémie, de grands magasins comme Debenhams mettaient la clé sous la porte ou se restructuraient, incapables de rivaliser avec les détaillants en ligne.

EWM a nié les allégations selon lesquelles il aurait récemment compensé les coûts en refusant de payer les fournisseurs bangladais. Alors que la subsistance des travailleurs est menacée, le propriétaire Phillip Day se tirera bien d’affaire grâce à une fortune de 1,2 milliard de livres.

La nouvelle que l'EWM se mettait sous administration judiciaire est arrivée quelques heures à peine avant que le ministre des Finances Rishi Sunak n'annonce de nouvelles mesures pour remplacer le programme d’aide à l’emploi. Le nouveau programme de soutien à l'emploi prévoit l'extension des confinements dans le secteur de l'hôtellerie et des loisirs, dans les régions où le virus atteint des pics considérables, comme dans le Nord-Ouest, le Nord-Est, certaines parties du Yorkshire et les West Midlands.

Quand le programme d’aide à l’emploi – qui subventionnait 80 pour cent des salaires des travailleurs au chômage pendant le confinement – se terminera le 31 octobre, le chômage augmentera rapidement avec l’arrivée de 1,8 à 6 millions de chômeurs de plus, à mesure que les employeurs licencient définitivement ceux ayant bénéficié de l’aide. Le nouvel arrangement indemnisera les travailleurs des bars, restaurants et autres entreprises seulement à hauteur des deux tiers du salaire s’ils reçoivent l'ordre de fermer. De nombreux travailleurs de l'hôtellerie subsistent déjà avec des salaires notoirement bas, ce qui signifie que l’opération du gouvernement offre une existence de misère.

De nombreux employeurs refuseront de payer le tiers restant des salaires des travailleurs dans le cadre de la nouvelle mesure ou les licencieront quand même. C’est ce qui se produit déjà.

Le Manchester Airport Group (MAG) a annoncé qu'il perdrait 900 postes: 465 à Manchester, 376 à son hub de Stansted et 51 dans les East Midlands. Des changements d’organisation des quarts de travail sont également prévus pour réduire les coûts.

MAG a déclaré que les réductions étaient nécessaires car le programme d’aide à l’emploi du gouvernement était remplacé par un programme apportant une « contribution bien inférieure pour couvrir les coûts salariaux » pendant les six mois suivants. Il a déclaré être pessimiste quant à la perspective du marché, en baisse de 90 pour cent depuis mars, de revenir à la normale avant 2023-2024.

Il a également critiqué l'échec du système de tests du gouvernement dans les aéroports. Le déploiement des tests promis par le gouvernement pour réduire la mise en quarantaine de 14 jours des voyageurs entrant au Royaume-Uni ne s'était pas encore concrétisé.

En ce qui concernait le retard des tests dans les aéroports, un porte-parole de Virgin Atlantic a averti que «chaque jour comptait» et que 500 000 emplois étaient en danger dans l'industrie.

Kate Nicholls, directrice générale de l'hôtellerie britannique, a déclaré à la Commission des Finances du parlement qu'un demi-million de licenciements étaient prévus dans le secteur de l'hôtellerie. Le couvre-feu de 22 heures dans les bars et les restaurants, associé au faible soutien du gouvernement et aux restrictions des confinements locaux, avait sonné le glas de nombreuses entreprises.

Les théâtres et le secteur de l'événementiel sont exemptés du dernier programme d’aide de Sunak.

Selon une enquête réalisée par la plate-forme de planification Feast It, l'événementiel se prépare à perdre 400 000 emplois d'ici la fin de l'année. Soixante et un pour cent des 503 entreprises interrogées pensaient que d'ici mars 2021, elles seraient en faillite. Ce secteur pèse 70 milliards de livres.

Plus tôt ce mois-ci, environ 45 000 suppressions d'emplois à Cineworld ont été annoncées aux États-Unis et au Royaume-Uni, alors que des films comme le dernier James Bond (qui auraient certainement attiré des foules dans les salles avant la pandémie) ont été suspendus. Les cinémas Odéon n'ouvriront que le week-end. Étant donné que de nombreux travailleurs des cinémas sont embauchés avec des contrats ‘zéro heure’ [aucune durée de travail fixée], ils ne pourront bénéficier d'aucune aide financière. Fin 2019, il y avait un million de travailleurs ayant un tel contrat.

Les syndicats intensifient leur rôle de collaborateurs du gouvernement et des employeurs dans l’imposition de leurs diktats. Refusant de faire quoi que ce soit pour défendre les emplois, Philippa Childs, responsable du Syndicat radiodiffusion, divertissement, communications et théâtre (Bectu), a déclaré: «Nous espérons que Cineworld continuera à remplir ses obligations légales à l'égard de ses employés, d’en garder le maximum possible, et que ceux qui doivent partir le feront dans des conditions aussi positives que possible.»

Le National Trust [Association pour la préservation du patrimoine] a annoncé la semaine dernière que 782 personnes avaient accepté un départ volontaire après consultation du syndicat Prospect et qu'il imposerait 514 licenciements obligatoires supplémentaires. Il a fermé ses maisons, parcs, jardins et cafés au début du confinement. Avec 5,6 millions de membres, l'association de bienfaisance gère certains des principaux sites du patrimoine culturel et lieux de beauté naturelle du Royaume-Uni.

Le National Trust espère réaliser des économies annuelles de 41 millions de livres en réduisant les frais de déplacement et de bureau et en faisant de la publicité en ligne. Il a déjà décidé de mettre fin à des projets d'une valeur de 124 millions de livres sterling ou de les reporter et a arrêté tout recrutement pour réduire les coûts de personnel.

Alors que des centaines d'emplois disparaissaient, Mike Clancy du syndicat Prospect a déclaré: « Le plan actuel, bien que dévastateur pour ceux qui perdent l’emploi qu'ils aiment, est un moyen raisonnable d'aller de l'avant, minimisant les pertes d'emplois tout en préservant, espérons-le, l'avenir du National Trust. »

D’autres suppressions d’emplois sont à déplorer chez le brasseur Greene King qui va supprimer 800 emplois, tandis que le spécialiste des voyages scolaires PGL perdra un quart de ses effectifs, soit 670 emplois.

Les jeunes sont particulièrement touchés par la contraction du marché de l'emploi. Selon le groupe de réflexion Resolution Foundation, l'emploi des 18-29 ans ne devrait pas atteindre le niveau d'avant la pandémie avant quatre ans ou plus. Ceci est particulièrement préoccupant pour les étudiants dont la plupart doivent travailler pendant leurs études pour payer des frais d'hébergement et de subsistance exorbitants.

(Article paru en anglais le 13 octobre 2020)

 

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