Malgré l’augmentation rapide du nombre de cas de COVID-19 dans le monde entier

Les gouvernements résistent à de nouveaux confinements et intensifient la campagne de retour au travail

Par Benjamin Mateus
13 octobre 2020

La semaine dernière, le nombre de nouveaux cas de COVID-19 dans le monde a connu une hausse importante. Au cours du week-end, on a enregistré un nouveau sommet de près de 360.000 nouveaux cas quotidiens dans le monde.

La tendance à la hausse était déjà évidente le mois dernier, dans des conditions où tous les gouvernements avaient lancé des campagnes de réouverture des écoles et des campus, sans mesures de sécurité sérieuses en place, sans vaccins approuvés et sans confinement de la pandémie. Le résultat, comme on pouvait s’y attendre, est une recrudescence des infections et des décès. Mais les gouvernements capitalistes considèrent que la réouverture des écoles est essentielle pour obliger les travailleurs à reprendre le travail et augmenter les profits des entreprises.

On compte actuellement 37,7 millions de cas et 1,08 million de décès dans le monde. Le nombre de cas actifs s’élève maintenant à plus de 8,3 millions, ce qui indique que le taux de transmission actuel reste remarquablement élevé.

Des travailleurs placent des croix sur une fosse commune après avoir enterré cinq personnes au cimetière de Nossa Senhora Aparecida à Manaus, au Brésil

Au cours de l’été, les États-Unis, le Brésil et l’Inde enregistraient le plus grand nombre de nouveaux cas. Maintenant, l’Europe a connu au cours des deux dernières semaines une augmentation encore plus rapide des nouvelles infections, à des niveaux bien plus élevés que ceux enregistrés précédemment par l’Europe. L’Espagne, la France et le Royaume-Uni égalent désormais les États-Unis en termes de nouveaux cas quotidiens confirmés par million.

Derrière ces statistiques épidémiologiques, les milieux financiers craignent de plus en plus, malgré le boom boursier en cours, une aggravation de la crise économique. Comme l’a noté le Financial Times: «La deuxième vague de coronavirus qui sape les efforts de retour à la normale, la confiance des entreprises, des ménages et des investisseurs qui est ébranlée et les possibilités de relance de la politique monétaire qui sont limitées font que la plupart des pays ont encore un long chemin à parcourir avant que la production ne revienne à ce qu’elle était avant la pandémie».

Selon le dernier indice de suivi du «Brookings Institute-Financial Times», des doutes importants subsistent quant à une reprise «robuste». L’envolée des marchés boursiers dépend des taux d’intérêt presque nuls maintenus par la Réserve fédérale aux États-Unis et les banques centrales du monde entier, ainsi que des billions de dollars de fonds publics remis à l’oligarchie financière et patronale pendant la pandémie. Mais l’économie réelle est dans le marasme le plus profond depuis la Grande Dépression. Le Brookings Institute et le Financial Times écrivent que «la croissance de la consommation privée a ralenti avec la fin des mesures de relance budgétaire, ce qui a entraîné une baisse du revenu disponible des ménages. Les perspectives de nouvelles mesures de relance restent incertaines».

La zone euro, y compris l’Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon, est en péril, car elle fait face à des contractions économiques graves et prolongées. Malgré les remarques de la presse sur le fait que la Chine est à la tête d’une reprise mondiale, on doute qu’elle puisse stimuler de manière substantielle la demande internationale. Pendant ce temps, les nations les plus pauvres sont confrontées à une situation catastrophique.

Dans le même temps, l’augmentation du nombre de cas et d’hospitalisations exerce des pressions importantes pour répondre à la crise. Néanmoins, la politique d’«immunité collective» continue d’être menée, car chaque gouvernement résiste énergiquement aux futurs confinements ou autres efforts d’endiguement à grande échelle. Les gouvernements européens suivent la même voie fondamentale que l’administration Trump aux États-Unis, non moins dictée par les intérêts des banques et des sociétés.

Face à une croissance explosive des infections, le gouvernement espagnol a imposé un état d’urgence lui permettant de maintenir un confinement partiel sur Madrid, affectant près de 4,8 millions de personnes. Les hôpitaux de la ville ont vu une augmentation rapide du nombre de nouveaux patients admis avec le COVID-19.

Il y a eu plus de 12.000 nouveaux cas le 8 octobre et 241 décès le 9 octobre. Les patients atteints du COVID-19 représentent 40 pour cent de tous les lits des unités de soins intensifs.

Les entreprises et les autorités locales résistent toutefois à ces nouvelles restrictions. Selon le Wall Street Journal, l’économie espagnole, fortement dépendante du tourisme, devrait se contracter de 10,5 à 12,6 pour cent en 2020. Le Journal a ajouté que «le gouvernement régional de centre droit s’est opposé aux restrictions et a fait appel aux tribunaux pour annuler l’ordonnance». La Haute Cour de Madrid a décidé que les restrictions porteraient atteinte aux «droits fondamentaux des citoyens», créant une situation propice aux conflits sociaux.

Le nombre de cas de COVID-19 en France augmente à un rythme substantiel, trois fois plus élevé que les pics du mois d’avril. Samedi, les autorités sanitaires ont fait état de près de 27.000 nouveaux cas. Selon l’Associated Press, 40 pour cent des lits de soins intensifs de la région parisienne se trouvent désormais occupés par de patients COVID-19. Comme en Espagne, le nombre de décès est en augmentation. Le Dr Karim Debbat, qui dirige une petite unité de soins intensifs dans la ville d’Arles, dans le sud du pays, a déclaré à l’AP qu’il n’avait tout simplement pas de places supplémentaires pour les patients. Il a dit qu’il faisait des pieds et des mains pour convertir les salles de réveil et qu’il retardait les opérations chirurgicales non urgentes.

Nouveaux cas quotidiens de COVID-19 par million (Europe et États-Unis)

Le président Macron a défendu son bilan épouvantable. Face aux protestations des travailleurs de la santé parisiens qui réclamaient une augmentation des investissements dans les systèmes hospitaliers, il a déclaré de façon désobligeante: «Ce n’est plus une question de ressources, c’est une question d’organisation». Peu a été fait pour préparer une deuxième vague et, après des années d’austérité, le système de santé est en piètre état. En France, la capacité des soins intensifs est de 6.000 lits et plus de 1.400 sont déjà occupés.

Le Royaume-Uni a également connu une explosion de nouveaux cas, avec un record de 17.540 infections en une seule journée le 8 octobre. Le nombre de décès s’est élevé à 81 samedi, la tendance étant à la hausse après les creux à un chiffre de l’été. Les admissions à l’hôpital ont augmenté de 50 pour cent. Plus de 3.000 patients sont traités pour le COVID-19 dans les hôpitaux britanniques. Le médecin en chef adjoint de Grande-Bretagne, Jonathan Van-Tam, a déclaré aux membres du Parlement que les unités de soins intensifs du Nord-Ouest pourraient atteindre leur capacité maximale dans les prochaines semaines.

Le premier ministre Boris Johnson doit faire une déclaration au Parlement aujourd’hui [lundi] sur la mise en place de confinements partiels pour endiguer l’augmentation rapide des cas de COVID-19. La nouvelle vague a dévasté le programme de dépistage et de traçage du Royaume-Uni, car les retards dans les résultats entravent les efforts déployés pour devancer le déluge.

Sean Donnelly, maire adjoint du conseil municipal de Knowsley, a déclaré au Financial Times: «Le virus s’est répandu dans toute la communauté. Nous en voyons beaucoup parmi la population âgée. J’aimerais que nous puissions déterminer avec précision comment il se propage. Nous ne le savons pas. Nous avons besoin d’un confinement total».

Une grande partie de la responsabilité de la hausse rapide des cas est attribuée au retour des étudiants universitaires dans les grands campus et les résidences bondées.

Total mondial des décès dus au COVID-19 – OMS

On s’attend à ce que Johnson confronte une opposition importante au sein de son parti conservateur. Des dizaines de députés conservateurs s’opposent à ses projets de nouvelles restrictions, affirmant que les règles qui visent à empêcher la «mixité sociale» ne fonctionnent pas. Certains se sont ralliés à la politique dite du «modèle suédois» d’«immunité collective», qui prétend, à tort, protéger les personnes âgées tout en permettant au virus d’infecter la population plus jeune. Graham Brady, député conservateur, a déclaré que «ces règles constituent une intrusion massive dans la liberté et la vie privée de tout le peuple britannique, et elles ont également un effet économique dévastateur».

L’Allemagne a connu une recrudescence de nouveaux cas de COVID-19, à l’instar des autres grandes nations européennes. Les politiciens allemands et Merkel se rencontreront mercredi pour discuter de l’imposition de nouvelles restrictions.

Samedi, la Russie a connu son plus haut niveau en une seule journée, avec 12.846 cas de COVID-19, mais le Kremlin a résisté aux fermetures, se contentant d’avertir les gens de rester chez eux pendant le week-end. Le ministre de la Santé a déclaré à Reuters que le gouvernement espère commencer les vaccinations de masse ce mois-ci, malgré le fait que le vaccin développé par la Russie n’a pas été soumis à tous les tests.

Conformément à l’évolution de la situation mondiale, les États-Unis ont connu une augmentation soudaine du nombre de cas quotidiens, qui a dépassé les 60.000 vendredi. Comme l’a rapporté le New York Times, il y a eu une augmentation de 12 pour cent sur une période de deux semaines.

Alors que les États-Unis sont sur le point d’atteindre huit millions de cas cumulés aujourd’hui et 220.000 décès, de nombreux médias qualifient la situation de «troisième vague», un produit des ouvertures d’écoles et d’universités. Onze États ont établi des records de moyennes mobiles de sept jours pour les nouveaux cas, et 13 États ont signalé des taux de positivité supérieurs à 10 pour cent. Au cours de la semaine dernière, la ville de New York a signalé une moyenne de 574 cas par jour. Soit, une augmentation de 60 pour cent par rapport à la moyenne des deux semaines précédentes et le nombre le plus élevé depuis juin.

(Article paru en anglais le 12 octobre 2020)

 

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