Trump intensifie la conspiration politique malgré la pandémie à la Maison-Blanche

Par Andre Damon et Joseph Kishore
8 octobre 2020

Le président américain Donald Trump a passé sa première journée depuis son retour à la Maison-Blanche, confronté à une crise de plus en plus sérieuse pour toute son administration.

La Maison-Blanche est elle-même devenue le principal foyer de la pandémie dans le pays, les retombées de la cérémonie de nomination de la juge Amy Coney Barrett à la Roseraie le 26 septembre continuant à se faire sentir. Tard mardi soir, on a appris que le conseiller fasciste de Trump, Stephen Miller, avait testé positif ; on avait annoncé lundi que la secrétaire de presse de la Maison-Blanche, Kayleigh McEnany, avait contracté le virus.

En plus d’une propagation du Covid-19 chez les hauts responsables de la Maison-Blanche et les conseillers de Trump, la quasi-totalité des chefs d’état-major, y compris celui de toutes les armées, le général Mark Milley, sont maintenant en quarantaine après avoir eu contact avec l’amiral Charles Ray, vice-commandant des garde-côtes, qui a testé positif au virus.

Bien que Trump soit de retour, de nombreux bureaux de la Maison-Blanche sont vides et le resteront encore pendant au moins une semaine. Quant à lui, si ses médecins affirment qu’il «ne présente aucun symptôme», il a été gavé de stéroïdes et d’autres médicaments, et la maladie est loin d’avoir achevé son cours.

La décision de Trump de revenir à la Maison-Blanche depuis le centre médical Walter Reed tard lundi soir était clairement motivée par de profondes inquiétudes quant à l’impact de sa maladie sur son poste et sur ses conspirations politiques.

À moins que tous les sondages ne soient entièrement faux, la position politique de Trump se détériore et il risque de subir une défaite importante lors des élections. Mais ce fait ne change rien à ses projets. Plus la crise de l’administration est désespérée, plus Trump calcule que sa capacité à rester en fonction dépend entièrement de son aptitude à utiliser des mesures extra-constitutionnelles. Ce genre de conspiration ne peut s’orchestrer depuis un lit à l’hôpital Walter Reed. Trump a besoin de contrôler l’appareil de l’État.

Concernant son effort pour remplir le poste vacant à la Cour suprême, l’objectif principal de Trump mardi était d’exiger du sénateur Mitch McConnell qu’il mette fin aux discussions au Congrès sur un nouveau projet de loi de relance, afin de se concentrer entièrement à faire adopter la nomination de Barrett avant le 3 novembre.

Puis, il y a la question du symbolisme entourant Trump lui-même. Sa culture d’un mouvement d’extrême droite fasciste dépend fortement de son personnage, le «grand leader», immunisé contre le danger et particulièrement contre la pandémie de coronavirus dont il a minimisé et continue de minimiser la gravité. Le «leader» ne peut être confiné à un lit d’hôpital.

Tout le retour de Trump à la Maison-Blanche à bord de l’hélicoptère ‘Marine One’ lundi soir, salut du balcon de la Maison-Blanche compris, s’inspirait clairement du « Triomphe de la volonté » de Leni Riefenstahl, le film de propagande nazie de 1935 dont les scènes d’ouverture montrent Adolf Hitler atterrissant en avion et saluant depuis un balcon.

Les partisans de Trump dans les médias cherchaient dans leurs commentaires à le présenter comme un commandant sur le champ de bataille risquant sa propre santé et sa propre sécurité aux côtés du peuple américain. «La raison pour laquelle il ne s’est pas caché du virus est qu’il ne voulait pas que l’Amérique se cache du virus», a expliqué Greg Gutfeld, l’animateur de Fox News. «S’il demandait à l’Amérique de reprendre le travail… il allait faire la même chose, il allait se rendre sur le champ de bataille avec vous».

Ainsi, la catastrophe causée par la stratégie d’«immunité collective» dont la Maison-Blanche a été le fer de lance, qui a tué plus de 200.000 personnes et est venue infecter la Maison-Blanche elle même, doit être transformée en illustration de la force de Trump. Trump s’est rapidement saisi de sa maladie pour justifier l’inaction face à la propagation du virus. «Chaque année, de nombreuses personnes, parfois plus de 100.000, et malgré le vaccin, meurent de la grippe», a-t-il tweeté mardi. «Allons-nous fermer notre pays? Non, nous avons appris à vivre avec, tout comme nous apprenons à vivre avec le Covid».

Rien de tout cela ne peut masquer la crise profonde qui s’empare du gouvernement. Cependant, plus la situation sera désespérée, plus les actions de Trump seront irresponsables. Son complot pour un coup d'État continue et il reste encore un mois jusqu’aux élections. Trump a plus d’une astuce dans son sac, notamment la possibilité d'une provocation militaire, une «Surprise d’octobre» [une action militaire à l’étranger] qui serait utilisée pour rallier le soutien au nom de «l'unité nationale».

Il y a un facteur qui joue en faveur de Trump: la duplicité, la couardise et le caractère fondamentalement réactionnaire du Parti démocrate. Les Démocrates ne peuvent pas s’attribuer le mérite de la crise de l’administration Trump. Plutôt que de dévoiler ses complots, ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour étouffer l’opposition de masse à ses conspirations fascistes et dissimuler le danger de dictature.

Les Démocrates et leurs médias ont réagi à l’annonce de la maladie de Trump — survenue quelques jours seulement après le débat présidentiel où Trump a lancé un appel ouvert à la violence fasciste — par une effusion de souhaits de prompt rétablissement «pour le bien de la nation» et la «sécurité nationale», comme l’a écrit le New York Times samedi dernier. Trump a répondu aux prières des Démocrates qu’il «se rétablisse promptement» en revenant à la Maison-Blanche pour y reprendre ses préparatifs d’annulation du résultat de l’élection.

La plus grande crainte du Parti démocrate, un parti de Wall Street, du Pentagone et des agences de renseignement, est de dire quelque chose qui pourrait déchaîner l’énorme puits d’opposition populaire, qui serait dirigé non seulement contre Trump mais aussi contre le système capitaliste.

Lundi soir, Biden a déclaré lors d’un événement électoral organisé par la chaîne NBC qu’il était désolé d’avoir traité Trump de «clown», déclarant que cela était trop «diviseur». Alors que Trump alimente la guerre civile, Biden appelle à «l’unité».

Les Démocrates veulent empêcher que la crise qui s’aggrave au sein de l’appareil d’État ne s’échappe des limites de celui-ci. En cas d’élection contestée, leur appel sera adressé aux militaires en tant qu’arbitres du pouvoir — ce qui est en soi une concession à l’orientation de plus en plus dictatoriale et autoritaire de la politique américaine.

Quelle que soit l’évolution de la crise politique au sein de l’appareil d’État au cours du mois prochain, la démocratie américaine est sur le point de mourir. L’accident fortuit de la pandémie à la Maison-Blanche ne peut pas rétablir la santé d’un système social et politique pourri jusqu’à la moelle.

Trump a mis en branle un mouvement fasciste qui bénéficie d’un soutien important au sein de l’appareil d’État et de l’oligarchie financière. La classe dirigeante met en œuvre une politique qui a déjà entraîné la mort à grande échelle. Des dizaines de millions de personnes sont confrontées à une situation de plus en plus désespérée, au chômage de masse, à la faim et à la vie sans logis. Le château de cartes économique de Wall Street, gonflé par les milliers de milliards de dollars en espèces de la Réserve fédérale, est continuellement au bord de l’effondrement. Et la pandémie entre dans une nouvelle phase encore plus dangereuse.

Dans la mesure où l’opposition reste subordonnée au Parti démocrate, elle donnera à Trump l’occasion de se redresser. S’il n’y parvient pas, les Démocrates arriveront au pouvoir avec un rameau d’olivier dans une main pour Trump et les Républicains et dans l’autre un bâton pour contrer l’opposition croissante de la classe ouvrière.

La classe ouvrière doit utiliser les quatre prochaines semaines et au-delà pour unifier et coordonner ses luttes contre la politique d’«immunité collective» de la classe dominante, la dévastation sociale, la guerre, la violence policière et l’autoritarisme, en un mouvement indépendant et révolutionnaire pour le socialisme.

(Article paru d’abord en anglais le 7 octobre 2020)

 

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