Les États-Unis frappent des cibles irakiennes à partir d’un porte-avions dans le golfe Persique

Par Bill Van Auken
1 octobre 2020

Pour la première fois en près de deux ans et demi, des avions de guerre américains ont effectué un raid aérien contre des cibles irakiennes depuis un porte-avions déployé dans le golfe Persique. La cinquième flotte de la marine américaine a rapporté que deux F/A-18F Super Hornets, qui ont décollé du pont du USS Nimitzles, ont mené les attaques.

Le commandement central du Pentagone a signalé une attaque aérienne contre une cachette supposée de restes de l’ISIS (l’État islamique d’Irak et de Syrie) dans la région de Kirkouk, en Irak. Bien qu’on n’ait pas attribué l’attaque aux chasseurs du porte-avions, l’attaque a eu lieu le jour même où la marine a signalé son intervention.

Le 18 septembre, le groupe d’attaque de porte-avions dirigé par le USS Nimitz a traversé le détroit d’Ormuz, l’une des zones les plus stratégiques du monde, pour se retrouver dans le golfe Persique. Cela a considérablement renforcé la présence militaire américaine dans cette région tendue.

Alors que l’ISIS était la prétendue cible de cette attaque aérienne, l’opération militaire constitue une menace implicite contre l’Iran, principale cible du militarisme américain dans la région.

F/A-18F Super Hornets du USS Nimitz (Source: US Navy, Twitter)

Le renforcement de l’armée américaine s’accompagne d’une menace de représailles américaines contre les milices chiites alignées sur l’Iran en Irak ainsi que de l’intensification du régime de sanctions «à pression maximale» contre l’Iran. Cela équivaut à un état de guerre qui sert à plonger des segments de plus en plus importants de la population iranienne dans la pauvreté et à paralyser la réponse du pays à la pandémie de COVID-19.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a menacé le gouvernement irakien de fermer son ambassade à Bagdad en prélude aux attaques militaires américaines qui visent à «liquider» les éléments des milices chiites responsables des attaques contre les installations américaines dans le pays.

Selon les agences de presse kurdes irakiennes, l’ambassadeur américain en Irak, Matthew Tueller, a déjà fui l’ambassade pour se réfugier à Erbil, la capitale du gouvernement régional du Kurdistan (GRK). Des préparatifs seraient également en cours pour évacuer le reste du personnel de l’ambassade.

Ces mesures extrêmes sont justifiées comme réponse à une série d’attaques à la roquette Katioucha sur la zone verte, le quartier fortement fortifié de Bagdad où se trouve l’ambassade américaine ainsi que d’autres installations diplomatiques et gouvernementales. Selon les responsables américains, la zone verte a été la cible de roquettes ou de tirs de mortier à 19 reprises au cours du mois dernier. Aucune de ces attaques n’a fait ni de victimes ni causé de dommages à l’ambassade. On a déjà attaqué une vingtaine de fois les convois qui approvisionnent les installations américaines et alliées.

Lors d’un incident tragique survenu lundi, une roquette Katioucha apparemment dirigée contre les troupes américaines déployées à l’aéroport de Bagdad n’a pas atteint sa cible et a touché une maison voisine, tuant trois enfants et deux femmes.

L’ambassade américaine à Bagdad est la plus grande et la plus chère des installations américaines de ce type dans le monde, s’étendant sur plus de 42 hectares, occupant presque autant d’espace que la Cité du Vatican. Elle a ouvert ses portes en 2009, six ans après le lancement de la guerre d’agression américaine qui a coûté la vie à environ un million d’Irakiens et dévasté le pays. Les États-Unis l’ont construite pour abriter un appareil qui allait poursuivre la domination néocoloniale du pays riche en pétrole dans l’intérêt de l’impérialisme américain. Ce qui a contrecarré ces plans était, dans une large mesure, les relations étroites de l’Iran avec Bagdad et son influence sur cette ville.

Aujourd’hui, l’ambassade est défendue par un système avancé de roquettes et mortiers C-RAM installé au début de l’année. À ce système s’est ajouté le déploiement de batteries de missiles Patriot pour protéger les installations militaires américaines, où quelque 5.000 soldats américains sont encore présents. Le gouvernement irakien s’est opposé à ces déploiements, craignant qu’on utilise les Patriots pour faciliter une guerre américaine contre l’Iran en retardant les représailles iraniennes.

Les attaques de missiles et de mortiers ont eu lieu à la suite de l’assassinat criminel par un drone américain à l’aéroport international de Bagdad en janvier, qui a coûté la vie à Qassem Soleimani, l’un des hauts fonctionnaires du gouvernement iranien, et à Abu Mahdi al-Muhandis, l’un des principaux dirigeants des Forces de mobilisation populaire (FMP). Les milices à prédominance chiite qui composent les FMP ont joué un rôle prépondérant dans les combats terrestres contre l’ISIS. Ce dernier a envahi l’ouest de l’Irak en 2014, mettant en déroute les forces de sécurité formées par les États-Unis. Par un vote du Parlement irakien, on a incorporé les FMP dans les forces armées du pays comme une sorte de garde nationale.

Après la frappe d’assassinat de janvier, le Parlement irakien a voté une résolution qui exige le retrait de toutes les troupes américaines et étrangères du pays. Washington a défié cette motion, menaçant l’Irak de sanctions économiques draconiennes s’il tentait d’expulser les forces américaines.

L’Iran ainsi que les principaux partis et milices chiites ont appelé à l’arrêt des attaques à la roquette sur la zone verte. Toutefois, les attaques continues seraient le fait de groupes qui cherchent à se venger du meurtre de Soleimani et al-Muhandis. L’Iran avait promis des représailles, mais il a réduit son action à une série de tirs de missiles sur les bases militaires américaines en Irak qui n’ont pas fait de victimes.

Iraqi24, un site d’information de Bagdad a rapporté que le secrétaire d’État américain Pompeo avait menacé le président irakien Barham Salih lors d’une conversation téléphonique, déclarant que la fermeture par Washington de son ambassade à Bagdad serait suivie d’une action militaire américaine. «La décision de fermer l’ambassade à Bagdad est entre les mains du président Trump et est prête», citant Pompeo. «Si nos forces se retirent et que l’ambassade est fermée de cette manière, nous liquiderons tous ceux dont l’implication dans ces attaques aura été démontrée».

Pompeo aurait spécifiquement nommé Kata’ib Hezbollah, que Al-Muhandis dirigeait avant son assassinat, et Asa'ib Ahl al-Haq. Tous deux sont parmi les plus grandes composantes du FMP et ont été actifs dans la lutte contre l’ISIS ainsi que contre les forces liées à Al-Qaïda soutenues par la CIA dans sa tentative d’évincer le gouvernement de Bachar al-Assad en Syrie.

Selon le site web Kurdistan 24, Pompeo a spécifiquement lié ses menaces d’action militaire en Irak aux préoccupations de Trump concernant les élections américaines de novembre.

Cette menace souligne le danger que le gouvernement Trump prépare une «surprise d’octobre» sous la forme d’une action militaire qui vise à choquer l’électorat et à créer potentiellement les conditions pour l’imposition du type d’élection de coup d’État et de loi martiale que le président américain a brandis comme menace.

L’action militaire contre les milices chiites irakiennes pourrait rapidement dégénérer en un conflit à l’échelle régionale, voire mondiale. Alors qu’elle intensifie ses menaces en Irak, l’administration Trump revendique avec arrogance le droit d’invoquer le «retour en arrière» des sanctions qui ont été suspendues aux termes de l’accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et les grandes puissances que Washington a lui-même répudié unilatéralement en 2018. Ces sanctions comprennent l’interdiction d’exporter des armes conventionnelles vers l’Iran, qui doit expirer à la mi-octobre.

La Chine et la Russie ont, toutes deux, établi des liens étroits avec l’Iran et s’intéressent à la vente d’armes à ce pays. La tentative de Washington de faire appliquer l’interdiction expirée pourrait impliquer des tentatives de saisie de navires russes ou chinois en haute mer, ce qui fait peser la menace d’un conflit direct entre les grandes puissances nucléaires.

Un tel recours à la force militaire dans la poursuite des intérêts stratégiques mondiaux de l’impérialisme américain, ainsi que les propres intérêts politiques de Donald Trump, recevrait probablement non pas le seul consentement, mais le soutien sans réserve de ses prétendus opposants du Parti démocrate. À maintes reprises, ces derniers ont critiqué son gouvernement de la droite, affirmant qu’il était «laxiste» à l’égard de la Russie et de la Chine.

(Article paru en anglais le 30 septembre 2020)

Trump prépare-t-il une «surprise d’octobre»?

[29 septembre 2020]

 

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