Pourquoi les démocrates ne luttent pas contre Trump?

Par Andre Damon
26 septembre 2020

Un jour après que le président américain Donald Trump ait déclaré qu’il n’accepterait pas un transfert pacifique du pouvoir s’il perdait la prochaine élection présidentielle, le président a doublé la mise sur ses tentatives de transformer l’élection en coup d’État.

Jeudi, Trump a réaffirmé sa menace antérieure d’ignorer les résultats de l’élection, déclarant: «Nous voulons nous assurer que l’élection est honnête, et je ne suis pas sûr qu’elle puisse l’être».

Trump considère la Cour suprême comme une arène centrale de lutte politique, et c’est ce qui motive avant tout ses efforts pour faire adopter à toute vapeur un remplaçant de Ruth Bader Ginsberg avant le 3 novembre. Il devrait annoncer son choix au cours du week-end.

Les efforts de Trump pour préparer un coup d’État électoral sont une déclaration d’intention claire sur ce qu’il ferait s’il parvenait à s’accrocher au pouvoir. S’il se maintient, il verra cela comme un mandat pour transformer les États-Unis en une dictature présidentielle.

Mais la réponse des supposés adversaires politiques de Trump est une combinaison d'ineptie et de prostration. Loin de demander la destitution immédiate de Trump ou la convocation d'une enquête du Congrès sur les complots de Trump, les démocrates n'ont fait que lancer des appels moraux pathétiques à Trump et aux républicains, tout en abandonnant toute opposition à ses efforts pour remplir la Cour Suprême de ses partisans avant les élections.

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, a pratiquement supplié Trump: «Pourquoi n’essayez-vous pas un instant d’honorer votre serment d’office à la Constitution des États-Unis». Le leader de la minorité au Sénat, Charles Schumer, a pour sa part adressé son appel au Parti républicain: «En ce moment périlleux, chaque républicain de cette chambre devrait se lever.»

Pelosi et Schumer savent parfaitement que ni Trump ni ses co-conspirateurs républicains ne changeront d’avis à la suite de leurs exhortations morales. De telles déclarations constituent un abandon de toute tentative de s’opposer aux préparatifs de Trump pour lancer un putsch le jour des élections.

La seule réponse élaborée d’un démocrate, hier, est venue du sénateur Bernie Sanders, dont le souci premier était de s’assurer qu’aucun de ses partisans ne conclurait que les tentatives de coup d’État de Trump nécessitent une lutte politique en dehors du cadre du Parti démocrate.

«Hier soir, Donald Trump est allé encore plus loin sur la voie de l’autoritarisme en étant le premier président de l’histoire de ce pays à refuser de s’engager dans une transition pacifique du pouvoir s’il perd les élections», a déclaré Sanders.

Mais en réponse à ce qui est clairement un effondrement de tout le système électoral, le seul recours de Sanders a été d’exhorter ses partisans à subordonner toute revendication sociale à l’élection de Biden.

«Premièrement, il est absolument impératif que nous ayons, de loin, la plus grande participation électorale de l’histoire américaine et que les gens votent le plus tôt possible», a déclaré Sanders. «En tant que partisan convaincu de Joe Biden, soyons clairs: une victoire écrasante de Biden rendra pratiquement impossible à Trump de nier les résultats et constitue notre meilleur moyen de défendre la démocratie».

Poser la question de cette manière, c’est déjà concéder la victoire à Trump. Le président légitime n’a pas besoin de gagner par «un vote écrasant», il lui suffit de gagner par une voix au Collège électoral. Dans le cadre étroit et parlementaire défini par Sanders, Trump est libre d’interpréter tout ce qui n’est pas une majorité écrasante comme une excuse pour arrêter le décompte des voix et se déclarer vainqueur.

Le discours de Sanders s’inscrit dans la continuité de sa stratégie centrale qui consiste à séparer l’élection de toutes les questions sociales. Comme Sanders l’a clairement indiqué, la lutte pour «un programme qui fonctionne pour tous, et pas seulement pour quelques-uns» doit attendre le «jour après que nous ayons élu Joe Biden comme président».

Sanders a ouvert son discours en notant la réponse désastreuse de Trump à la pandémie de COVID-19, ainsi que le «niveau grotesque de l’inégalité des revenus et des richesses». Cependant, il a déclaré: «Aujourd’hui, je ne vais parler d’aucunes» de ces questions, comme si la lutte contre la dictature pouvait d’une manière ou d’une autre être séparée de la lutte contre les politiques soutenues par le futur dictateur.

Cette ligne est développée sous diverses formes par les publications et les organisations qui opèrent au sein et autour du Parti démocratique. Le magazine Jacobin, affilié aux Socialistes démocrates d’Amérique (DSA), écrit: «Pour lutter contre l’autoritarisme croissant de Trump, les démocrates doivent laisser tomber leur impuissance acquise», comme si les démocrates ne s’opposaient pas à Trump simplement parce qu’ils suivent une politique erronée.

Non, l’échec des démocrates à s’opposer à Trump est dicté par les intérêts de classe qu’il représente. Le Parti démocrate est un parti de Wall Street, en alliance avec des sections de la classe moyenne supérieure fortunée et des sections de l’appareil militaire et de renseignement.

Les démocrates sont avant tout déterminés à empêcher l’intervention des grandes masses de la population en opposition à Trump, qui remettrait en cause les intérêts de l’oligarchie financière et les impératifs géopolitiques de l’impérialisme américain.

Lorsqu’il s’agit de mobiliser la police et la Garde nationale pour matraquer et arrêter les manifestants, les gouverneurs et les maires démocrates sont féroces. Mais lorsqu’il s’agit de s’opposer à Trump, les démocrates sont soudainement impuissants.

L’oligarchie financière ne craint pas Trump. Mais elle craint qu’en s’opposant à lui, elle ne mette en branle des forces sociales et politiques qu’elle ne peut pas contrôler. Depuis le début, l’objectif central du parti démocrate a été d’étouffer et de démobiliser l’opposition populaire de masse à Trump et de la canaliser vers le soutien au militarisme et aux agences de renseignement.

En juin 2017, le comité politique du Parti de l’égalité socialiste a publié la déclaration «Révolution de palais ou lutte des classes: la crise politique à Washington et la stratégie de la classe ouvrière», qui contenait cet avertissement:

«La classe ouvrière doit s’opposer à ce gouvernement et demander son départ. Mais cette tâche ne doit pas être confiée aux opposants factionnels de Trump dans la classe dirigeante. La classe ouvrière ne peut rester spectatrice dans le conflit entre Trump et les démocrates. Au contraire, elle doit développer sa lutte contre Trump sous sa propre bannière et avec son propre programme.»

La période qui a suivi n’a fait que confirmer cette analyse. L’année dernière, à la suite de l’effondrement du récit des démocrates sur la Russie, le World Socialist Web Site a écrit:

«Trump se trouve maintenu au pouvoir en grande partie par le Parti démocrate. Dès le début, les efforts des démocrates pour fomenter une révolution de palais ont visé à démobiliser et à désarmer l’opposition de masse qui existe au gouvernement Trump.»

Si Trump semble fort, c’est uniquement à cause de l’ineptie et de la lâcheté de ses opposants. Mais Trump reste largement détesté par la classe ouvrière, qui le considère à juste titre comme responsable d’une politique meurtrière qui a entraîné la mort de plus de 200.000 personnes.

Bien qu’il soit encore peu développé politiquement, le niveau des conflits de classe aux États-Unis a énormément augmenté au cours des deux dernières années. Les grèves industrielles de 2019 ont marqué une rupture dans la longue période pendant laquelle la lutte des classes a été entièrement étouffée.

Cette année a vu les plus grandes manifestations de masse de l’histoire américaine, dans des milliers de villes et de villages, en réponse à une vague de meurtres par la police dans tout le pays. Ces manifestations ont été accompagnées de grèves et de luttes sociales par des travailleurs déterminés à résister à la campagne meurtrière de retour au travail de la classe dirigeante.

Le virage de l’élite dirigeante vers l’autoritarisme est sa réponse à la résistance de la classe ouvrière. Les actions de Trump constituent un tournant décisif. Quel que soit le résultat des élections, la tendance à la dictature se poursuivra.

Personne ne devrait sous-estimer le danger que représentent les efforts de Trump pour préparer un coup d’État. Il cherche rapidement à consolider tous les leviers du pouvoir d’État entre ses propres mains afin d’imposer une dictature aux États-Unis. Cela aurait des conséquences dévastatrices sur la capacité de la classe ouvrière à organiser la résistance.

C’est pourquoi il est d’autant plus urgent pour les travailleurs et les jeunes d’agir maintenant! Il faut préparer une grève générale politique de toute la classe ouvrière américaine, en solidarité avec tous les travailleurs du monde, et basée sur la demande d’une transformation socialiste de la société.

 

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