Des élèves occupent des écoles dans toute la Grèce pour contester le retour dangereux dans les salles de classe

Par Robert Stevens
24 septembre 2020

Des lycéens de plusieurs villes de la Grèce continentale et des îles ont commencé à occuper des écoles la semaine dernière pour protester contre le retour dangereux dans les salles de classe.

Les premières écoles occupées sont situées entre autres dans les villes de Karditsa et Agrinio. Selon le directeur de l’enseignement secondaire de Karditsa, mercredi dernier, quatre des cinq lycées généraux de la ville ont été occupés, de même que les deux lycées professionnels (EPAL) de la ville.

Lundi, des dizaines d’autres écoles se sont jointes aux actions de protestations à l’échelle nationale; mardi, plus de 100 écoles étaient occupées dans le pays.

Malgré la résurgence du virus en Grèce cet été – alimentée par la décision meurtrière de laisser la saison touristique se dérouler – le gouvernement de droite de la Nouvelle Démocratie du premier ministre Kyriakos Mitsotakis a renvoyé enseignants et élèves dans leurs classes le 14 septembre. Plus de 557.516 lycéens et 64.000 enseignants permanents du secondaire, une bonne partie des 10 millions d’habitants que compte la Grèce, sont en danger. Le retour à l’école s’est déroulé sans opposition de la part des syndicats et du principal parti d’opposition, l’Alliance progressiste Syriza.

Une banderole sur la clôture d’une école avec quelques-unes des revendications des élèves occupants. On peut y lire «Pas plus de 15 élèves par classe, donnez de l’argent à l’éducation, nous ne sommes pas jetables!» (Crédit: Pantelis Paspals/Facebook)

En une semaine, cette politique désastreuse a laissé COVID-19 infester le système scolaire, entraînant la fermeture d’au moins 59 écoles. Pour suspendre le fonctionnement d’une école, il faut que soient identifiés au moins trois cas de coronavirus – de personnes qui ne sont pas directement liées entre elles.

Cela contribue à une augmentation des cas de coronavirus au niveau national, avec 453 nouveaux cas de coronavirus annoncés lundi et six décès. Mardi, 346 nouveaux cas ont été enregistrés (dont 210 dans la région la plus peuplée, l’Attique) et 8 décès. Soixante-dix-sept patients sont intubés. Cela porte le nombre total de cas à 15.928 et le nombre de décès à 352.

Les revendications des étudiants occupant les lycées comprennent la limitation des groupes de classe à 15 étudiants au maximum; l’embauche immédiate de plus d’enseignants pour combler les lacunes; l’embauche de personnel de nettoyage permanent; et la non-installation de caméras dans les écoles pour l’apprentissage en ligne, comme le propose le gouvernement.

Le gouvernement laisse l’enseignement se dérouler avec un nombre maximum de 25 élèves par classe pour les écoles primaires et la dernière classe du secondaire. Pour les autres classes du secondaire, la taille maximale est de 27 élèves. Des chiffres régulièrement dépassés. Le quotidien Efimerida Ton Syntakton a rapporté au début du mois que les propres chiffres du ministère de l’Éducation montraient que 52 pour cent de tous les élèves des écoles primaires et secondaires étaient dans des classes de plus de 21 élèves. On a également signalé des classes de 30 et 31 élèves.

Il a ajouté que 74 pour cent de tous les élèves (1 million sur 1,35 million) sont dans des classes de plus de 18 élèves; 52 pour cent (700.000 élèves) sont dans des classes de plus de 21 élèves.

Cette semaine, les élèves de plus de 40 écoles de Thessalonique, la deuxième ville de Grèce, ont occupé leurs salles de classe. Les élèves des écoles de Serrès et de Sidirokastro, ceux des gymnases de N. Petritsi et Lefkonas les ont rejoints après un appel en ligne. La chaîne de télévision ERT a rapporté que des élèves du premier cycle du secondaire avaient rejoint leurs camarades plus âgés au lycée de Sidirokastro. Les élèves de N. Petritsi et Lefkonas ont également rejoint les manifestations, a rapporté Protothema.

Des écoles sont occupées à Volos, Nea Ionia, Agrinio, Kavala et Achaia. Dans la région d’Achaia, 39 écoles étaient occupées lundi, alors que les élèves défilaient dans la capitale régionale Patras.

Dans la région de l’Élide, en Grèce occidentale, trois écoles qui se trouvaient occupées lundi ont été rejointes rapidement par d’autres écoles, dont 13 étaient occupées mardi matin dans la ville de Pyrgos et dans au moins quatre autres zones.

Des occupations ont éclaté dans des dizaines d’écoles en Crète, la plus grande île de la Grèce. Des occupations sont en cours dans des écoles de la capitale, Héraklion ; 14 écoles étaient touchées mardi, ainsi que des écoles à Chania et Rethymno. À La Canée, les occupations ont touché au moins neuf écoles, dont chaque groupe d’âge dans deux écoles, le lycée général et le collège.

Le site d’information indépendant Press Project a rapporté que la situation désastreuse de l’éducation à Thessalonique a intensifié les actions de protestations. Des centaines d’étudiants doivent étudier dans les sous-sols des écoles, dans des salles non ventilées.

Au lycée de Kordelio, situé à côté d’une école primaire, les élèves sont obligés d’étudier dans la cour de l’école, car deux pièces du sous-sol de l’école sont jugées inadaptées. Dans l’ensemble du système EPAL et dans la plupart des gymnases et lycées de l’ouest de Thessalonique, les classes sont composées de 25 à 27 élèves.

Les élèves sont non seulement entassés dans les salles de classe à leur arrivée, mais ils doivent également parcourir de longues distances, parfois en bus, ce qui donne au virus davantage de possibilités de se propager. Les enfants qui n’ont pas pu s’inscrire à l’école EPAL Evosmos se font envoyer quotidiennement à Kordelio en bus. À EPAL Stavroupolis, 1.200 élèves dans des classes surpeuplées doivent s’asseoir ensemble dans la cour.

Selon Press Project, «à Diavata, que les élèves aillent dans un lycée professionnel (EPAL) ou un lycée général (GEL), ils doivent se réveiller deux heures à l’avance et s’entasser comme des sardines dans le bus aux côtés des travailleurs qui, à ce moment-là, se rendent au travail dans les usines locales. En effet, les écoles les plus proches se trouvent à un ou deux villages» de Diviata.

Dans une autre école, EPAL Ampelokipi, un seul nettoyeur est employé pour toute l'école en pleine pandémie.

Certains protestent également contre l’utilisation obligatoire de masques. Si, en Grèce comme ailleurs, une petite partie désorientée de la population s’est opposée aux masques, les élèves s’y opposent principalement parce que le port d’un masque – en soi et en tant que tel – ne suffit pas à les protéger dans les écoles surpeuplées, délabrées et non ventilées.

Le journal Tovima a cité un lycéen de deuxième année qui exerce une profession et qui a déclaré: «Nous pensons que l’utilisation de masques n’a pas l’effet souhaité si les infrastructures et les mesures appropriées ne sont pas en place».

De plus, les masques gratuits fournis par l’État sont de mauvaise qualité, ce qui oblige les parents à acheter des masques pour leurs enfants. Pour porter ce que l’on a appelé des «masques de parachute», les enfants doivent percer des trous pour les yeux dans le masque. Le vice-ministre grec de la Santé, Vassilis Kontozamanis, a déclaré que la fourniture de 500.000 masques inutilisables achetés par l’État aux frais des contribuables provenait d’un «malentendu entre le gouvernement et l’entrepreneur».

Le gouvernement répond aux occupations par la répression. Lundi, le procureur des mineurs, Dimitra Tsiardakli, a déposé une ordonnance pour que la police empêche la perturbation des services publics en ciblant les écoles occupées dans la préfecture de Thessalonique.

Le gouvernement a envoyé l’ordre à la Direction générale de la police de Thessalonique et aux commissariats de police locaux. Afin d’empêcher les enseignants et les parents de soutenir les protestations, Le gouvernement a également autorisé la police à leur appliquer les mêmes sanctions qu’aux élèves.

Tôt mardi, une unité de police à moto a arrêté 12 élèves d’une école de Karatsini, dans les environs du Pirée, près d’Athènes. L’ordre d’arrestation serait venu du siège central de la police. La police a libéré les enfants seulement après qu’on a fait venir leurs parents au poste de police.

Hier, Efimerida Ton Syntakton a rapporté que les arrestations au Pirée avaient provoqué «de fortes réactions, car un événement similaire a eu lieu en Crète: des plaintes ont été déposées selon lesquelles des officiers en uniforme ont exigé des directeurs d’école à Héraklion qu’ils leur remettent les noms des élèves participant aux occupations scolaires».

Ces actions de protestation nationales en Grèce se déroulent dans un contexte de colère croissante à l’international parmi les jeunes et les travailleurs contre la campagne de rentrée scolaire organisée par les gouvernements capitalistes. Il y a une opposition explosive dans chaque pays qui attend d’éclater. L’étape nécessaire pour les étudiants, les enseignants et les parents en Grèce et au-delà est d’établir des organisations de lutte indépendantes, en rejoignant le réseau international des comités de sécurité des enseignants ayant vu le jour aux États-Unis, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Australie.

(Article paru d’abord en anglais le 23 septembre 2020)

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