Les cas de COVID-19 repartent à la hausse au Québec

Par Louis Girard
21 septembre 2020

La province de Québec, qui a été durement frappée par la pandémie de COVID-19 et a enregistré l’un des plus hauts taux de mortalité par habitant dans le monde, est en train de connaître une brusque remontée des cas positifs.

Alors que les nouveaux cas quotidiens oscillaient entre 50 et 150 pendant l’été, ils ont quasiment triplé pour se situer dans les derniers jours à près de 450 en moyenne. Un pic depuis le mois de mai a été atteint jeudi dernier avec 499 nouveaux cas déclarés. Ce nombre a baissé vendredi à 297 pour vite remonter samedi et dimanche à 427 et 462 respectivement. Cette remontée des cas de contamination est le prélude à une deuxième vague de la pandémie, qui a été anticipée depuis longtemps et sera potentiellement plus meurtrière que la première.

La tendance à la hausse se manifeste partout au pays. Elle coïncide avec la rentrée scolaire de millions d’élèves partout au Canada, qui s’inscrit dans le cadre de la campagne de l’élite dirigeante pour un retour prématuré au travail afin de continuer à amasser les profits au détriment de la santé publique et des vies des travailleurs. Au Québec seulement, au moins 223 écoles, réparties dans toutes les régions, ont connu au moins un cas de COVID-19 et 154 classes ont dû fermer.

Le retour en force du coronavirus est le résultat de la politique implicite d’«immunité collective» poursuivie par tous les paliers de gouvernement au Canada – des gouvernements provinciaux de droite de Doug Ford en Ontario, Jason Kenney en Alberta et François Legault au Québec jusqu’au gouvernement fédéral libéral de Justin Trudeau.

Une priorité absolue a été accordée à «l’économie», c’est-à-dire le maintien d’un flot continuel de profits vers l’aristocratie financière et la grande entreprise. Les recommandations de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) et de la communauté scientifique – dépistage de masse, traçage des contacts, stricte distanciation sociale, renforcement des infrastructures de santé, prudence extrême en matière de déconfinement – ont été largement ignorées. Au Canada comme partout dans le monde, les autorités ont plutôt adopté l’approche du laissez-faire, acceptant et même souhaitant une libre circulation du virus dans la population, au coût de dizaines et centaines de milliers de victimes.

Le gouvernement Legault, tout comme son homologue fédéral, n’a rien fait avant la mi-mars pour contrer le virus, alors que les avertissements de l’OMS et de nombreux scientifiques sur la gravité de la situation ont été lancés dès le mois de janvier. Ensuite, dès la mi-avril, Legault et les premiers ministres des autres provinces, soutenus par Trudeau, ont commencé à implanter un déconfinement précipité alors que la pandémie, particulièrement au Québec, faisait toujours rage. À la fin avril, Legault a réclamé la réouverture des écoles primaires dans toute la province en prônant la théorie sans fondement scientifique de «l’immunité collective», un discours qu’il a dû abandonner après un tollé général mais sans changer de politique. La ligne officielle, répétée tout au long de l’été, était que la pandémie était «sous contrôle», du moins en dehors des CHSLD (centres de soins de longue durée pour aînés) où des milliers de personnes âgées sont mortes.

La rentrée scolaire n’est que la dernière étape de la politique meurtrière, soutenue par Ottawa, du gouvernement Legault et de ses homologues provinciaux. Elle est vue par la classe dirigeante comme un élément clé pour forcer un retour prématuré au travail et reprendre au plus vite le processus d’extraction de plus-value par une exploitation accrue des travailleurs.

Pendant que le gouvernement Legault continue de soutenir que les enfants sont à faible risque et peu contagieux – affirmations démenties par de nombreuses études scientifiques et par l’expérience pratique mondiale – pour justifier le retour à l’école, le virus est en train de se répandre comme une traînée de poudre dans des écoles bondées, mal équipées et mal préparées où seules des mesures sanitaires minimales ont été prises. Au même moment, le dépistage et le traçage des contacts demeurent bien en dessous de ce qui est nécessaire pour contrer la pandémie.

Sentant monter une vive opposition à sa politique de négligence criminelle, le gouvernement de la CAQ (Coalition Avenir Québec) intensifie les efforts pour rejeter sur la population la responsabilité de son propre manque de préparation et de sa propre inaction face à la pandémie.

Le premier ministre Legault a pointé du doigt les réunions de famille et les «partys» dans les résidences privées comme les responsables de la contamination accrue à la COVID-19. Il flirte maintenant avec l’idée d’imposer des amendes aux rassemblements de plus de 10 personnes dans les maisons. Le caractère grossier de la propagande gouvernementale a été mis à nu lorsque le ministre de la Santé, Christian Dubé, a dû s’excuser publiquement pour avoir faussement accusé une coiffeuse de la ville de Thetford Mines d’avoir visité des résidences pour aînés alors qu’elle se savait porteuse du virus.

Le gouvernement Legault bénéficie toutefois d’un large appui au sein des grands médias, des syndicats et des partis d’opposition, et en particulier de Québec Solidaire (QS) supposément «de gauche». Tous portent une grande part de responsabilité dans la catastrophe qui est en train de s’abattre sur la population, et dans la campagne de l’élite dirigeante pour cacher l’étendue de la crise sanitaire, économique et sociale qui a été accélérée par la pandémie.

Relayant les mensonges de la CAQ, les médias établis ont largement repris la ligne officielle que la remontée des cas de COVID est la faute de la «population». Ils ne soulèvent même pas le lien évident entre cette remontée et la réouverture des écoles.

Quant à la bureaucratie syndicale, elle a donné son plein appui à Legault depuis le début de la pandémie, intensifiant le rôle qu’elle joue depuis des décennies pour étouffer toute lutte des membres de la base contre les conditions désastreuses causées par l’austérité capitaliste.

QS a, de son côté, utilisé la pandémie pour se tourner encore plus à droite et montrer à la classe dirigeante qu’il est un parti «responsable». Alors que le gouvernement Legault faisait passer les profits avant la santé de la population (laissez-faire avant le confinement en mars, réouverture précipitée de l’économie en avril-mai, réouverture des écoles en septembre), QS lui donnait son plein appui sous le prétexte nationaliste qu’il faut «se serrer les coudes» face à une catastrophe naturelle dite «imprévisible» (voir: Québec solidaire défend la gestion désastreuse de la pandémie par les autorités).

QS a été tellement proche du gouvernement que sa direction a même été critiquée par les membres lors de son dernier conseil national tenu en ligne le 12 septembre dernier. «La première personne que j'ai entendue se ranger complètement derrière Legault», disait l’un des critiques, «c'est Mme Massé et ça m'a profondément choqué».

Alors que la deuxième vague a déjà commencé, les autorités ne sont pas mieux préparées qu’au printemps dernier.

Depuis le mois de mars, 800 infirmières ont démissionné à Montréal à cause de l’épuisement extrême occasionné par la hausse du temps supplémentaire obligatoire et des ratios insoutenables de patients par employé.

Au même moment, on voit des infirmières et autres personnels soignants se dresser contre ces conditions aussi détériorées, et chercher à briser le carcan que leur imposent leurs syndicats pro-capitalistes en organisant des sit-in et autres actions de contestation.

C’est ce qui a récemment forcé les gestionnaires de l’urgence de l’hôpital de Gatineau à la fermer temporairement. De façon inquiétante, même si le nombre d’hospitalisations liées à la COVID-19 demeure plus bas que les sommets atteints en avril et mai derniers, des reportages font maintenant état de nombreuses urgences à travers la province qui débordent.

Pour éviter une hécatombe encore pire que celle enregistrée depuis le printemps dernier, avec plus de 5800 décès de COVID-19 rien qu’au Québec, les enseignants et les travailleurs de la santé doivent prendre les choses en main et former des comités de sécurité de la base, indépendants et opposés aux syndicats pro-capitalistes.

Ces comités doivent mobiliser les diverses sections de la classe ouvrière, non seulement au Québec mais partout au Canada et en Amérique du Nord, autour des revendications suivantes: fermeture immédiate des écoles devenues des vecteurs de transmission du virus mortel; enseignement à distance pour tous les élèves avec plein soutien logistique aux familles qui en ont besoin; embauche de dizaines de milliers de travailleurs de la santé et d’enseignants; arrêt de toute activité économique non essentielle; pleine compensation financière aux travailleurs touchés par des mises à pied, atteints du coronavirus ou en retrait préventif.

L’élite dirigeante dira qu’il n’y a «pas d’argent». En réalité, les ressources existent en abondance mais sont monopolisées par les super-riches. D’après une étude publiée la semaine dernière par le Centre canadien de politiques alternatives, au cours des six derniers mois de catastrophe économique sans précédent, les 20 milliardaires les plus riches du pays ont accru leur fortune de près de 2 milliards de dollars chacun en moyenne. La lutte contre la pandémie est indissociable d’une lutte politique de la classe ouvrière pour une réorganisation socialiste de la société basée sur la satisfaction des besoins sociaux de tous, et non les profits d’une petite minorité.

 

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