Les personnels soignants mexicains, qui paient le plus lourd tribut en vies du monde, manifestent contre les licenciements et le manque d'équipement de protection

Par Andrea Lobo
9 septembre 2020

Amnesty International a rapporté la semaine dernière que le Mexique a le plus grand nombre de décès confirmés liés au COVID-19 parmi le personnel soignant de tous les pays du monde. Au 4 septembre, 1410 agents de santé au total étaient décédés du virus et 104.590 avaient été testés positifs. Ces chiffres sont une condamnation accablante de la réponse criminelle à la pandémie du gouvernement d'Andrés Manuel López Obrador.

Les États-Unis, la Grande-Bretagne et le Brésil suivent dans la liste des décès dus au COVID-19 parmi les personnels soignants, avec respectivement 1077, 649 et 634 décès.

Au Mexique, le secteur des soins de santé représente environ 2 pour cent du total des décès dus au COVID-19 et 17 pour cent des cas, ce qui démontre en partie un écart massif dans les tests de dépistage du COVID-19 entre les professionnels de la santé et la population en général. Le gouvernement affirme toutefois n'avoir testé que 283.000 soignants, soit un tiers du total, tout au long de la pandémie.

Des personnels soignants mexicains manifestent contre les décès dus au COVID-19 (source: Facebook)

De nombreuses grèves, barrages routiers et manifestations parmi les infirmières, médecins et autres personnels des hôpitaux ont eu lieu depuis mars, exigeant avant tout des équipements de protection individuelle. La réponse des autorités, comme le démontre le nombre effroyable de morts et d'infectés, a été totalement inadéquate.

Les administrateurs d'hôpitaux ont été enregistrés en train de dire aux travailleurs qu'il n'y avait tout simplement pas d'équipement disponible, tandis que le gouvernement fédéral a expressément rejeté leurs demandes en affirmant que les travailleurs de la santé publique qui se sont mis en congé étaient infectés à des taux similaires. Beaucoup, cependant, ont continué à travailler dans le secteur privé, où ils ont également été infectés en grand nombre.

Lors d'une conférence de presse jeudi dernier, José Luis Alomía, directeur général de l'épidémiologie, n'a pas répondu au rapport d'Amnesty International, affirmant que le gouvernement avait pris toutes les mesures nécessaires pour protéger le personnel de santé et ajoutant de manière évasive: «La comparaison entre les pays en la matière n’est pas fiable puisque chacun a son propre modèle.»

Sur fond de l'indignation généralisée, le gouvernement s'est plutôt tourné vers le licenciement des travailleurs qui expriment leur opposition. Dans l'un des nombreux incidents de licenciements, Expansión arapporté le cas de Cristian Javier Erosa, un livreur de nourriture dans un hôpital de Quintana Roo. Il a été licencié après avoir «exigé un ordre écrit que je devais entrer dans la zone COVID parce qu'ils ne me fournissaient pas l'équipement de protection adéquat.»

Les syndicats ont non seulement refusé de mener toute lutte pour protéger la vie du personnel soignant, mais ont joué un rôle crucial dans la répression du mécontentement.

Un médecin de la capitale du Mexique a écrit le 5 septembre: «À l'hôpital général de la capitale du Mexique, le syndicat a encouragé [le personnel en congé] à ne pas revenir tout au long du mois d'août, et n'a rien fait pour fournir un équipement de protection ou pour remplacer temporairement le personnel en congé.»

Plusieurs groupes avec des milliers de personnels soignants mexicains ont été formés sur les réseaux sociaux pour s'organiser en dehors de la bureaucratie syndicale corrompue. L'un d'eux, United Health Care Workers (UNTS), a organisé une manifestation le 1er septembre à Mexico, impliquant des centaines d'employés d'hôpitaux, ainsi que des travailleurs du métro, de la société d'État Liconsa, des pompiers et de la Poste.

Lors de la manifestation, Rafael Soto Cruz, infirmier et porte-parole de l'UNTS, a révélé qu'il avait été licencié pour avoir réclamé des EPI sous prétexte qu'il «avait usurpé les fonctions du syndicat». Il a dénoncé les responsables syndicaux pour «avoir identifié les dissidents syndicaux et commencé à les harceler, les sanctionner et les licencier», d'après Infobae.

L'UNTS a publié une déclaration le 5 septembre déclarant: «Les syndicats qui auraient dû se prononcer pour défendre les travailleurs ont fait le travail abominable de cacher les morts, faisant taire les voix qui sonnaient l’alerte; il n’y a personne de plus responsable que ces parasites pour le plus grand nombre de décès du monde.»

Tout en se voyant refuser un équipement de protection adéquat, le personnel soignant est confronté au débordement des hôpitaux par la pandémie qui fait rage. L'Organisation mondiale de la santé a averti spécifiquement le Mexique le 10 juillet que sa réouverture «accélérerait les infections et ferait s'effondrer peut-être les systèmes de santé.» Les décès dus au COVID-19 ont doublé depuis, à plus de 68.000.

Néanmoins, le gouvernement López Obrador a poursuivi sa réouverture meurtrière d'usines dans des secteurs majeurs mais non essentiels tels que l'automobile, les pièces automobiles et l'électronique, cédant aux pressions du gouvernement Trump et des sociétés transnationales nord-américaines. L'autre facteur exacerbant la pandémie est le refus de la classe dirigeante de fournir toute aide aux chômeurs et à ceux qui dépendent du secteur informel de l’économie pour leur subsistance.

Cela a obligé la majorité de la main-d'œuvre pauvre du Mexique, qui dépend de la vente ambulante informelle des marchandises et services, à risquer une infection pour gagner sa vie. À Mexico, les trois municipalités les plus infectées comptent parmi les plus nombreuses personnes vivant dans la pauvreté. En dehors de Mexico, les cinq États suivants avec le nombre de cas le plus élevé de COVID-19 possèdent des secteurs économiques informels plus importants que la moyenne nationale, de 54 pour cent à Guanajuato à 71 pour cent à Puebla.

Pendant ce temps, Forbes Mexique arapporté le mois dernier que le pays compte 33 oligarques avec des fortunes de plus de 500 millions de dollars. L'année dernière, il y avait 3790 personnes au Mexique avec plus de 30 millions de dollars de fortune personnelle, sur 8040 au total que compte l’Amérique latine et les Caraïbes, selon le rapport Wealth X.

Encore plus de richesse, qui est entièrement générée par la classe ouvrière, a fini dans les poches des oligarchies financières aux États-Unis et en Europe grâce à l'exploitation impérialiste de la main-d'œuvre bon marché et des ressources naturelles du pays.

Les experts ont clairement indiqué que pour contenir la pandémie, il fallait fermer les secteurs non essentiels, fournir un revenu aux personnes au chômage technique ou licenciées, disposer d'un personnel et d'un équipement de protection appropriés pour les personnels soignants et autres travailleurs essentiels, et étendre les tests et le suivi des contacts.

La réponse du gouvernement López Obrador, cependant, n'a pas été motivée par l'envie de protéger la population, mais par les impératifs capitalistes de relancer le flux de profits pour les grandes entreprises et de ne pas empiéter sur la richesse des super-riches.

Il a réduit de 75 pour cent les budgets de fonctionnement ministériels pendant la pandémie, affectant même les soins de santé. L'Institut mexicain de la sécurité sociale (IMSS), qui gère la plupart des hôpitaux et cliniques, a vu ses dépenses chuter de 22 pour cent au cours des six premiers mois de cette année par rapport à 2019.

Cela a entraîné des licenciements de médecins pendant la pandémie. Le 31 août, 50 médecins des hôpitaux ruraux du Chiapas ont été informés qu'ils avaient été licenciés par le gouvernement de l'État contrôlé par le parti Morena d'AMLO.

Toute «surtaxe de richesse» en Amérique latine, écrivait récemment le Financial Times, entraînerait une «fuite des capitaux» des investisseurs étrangers. Viridiana Ríos du Wilson Center a indiqué au journal que, concernant le Mexique, «la discussion a été étouffée par le président de gauche Andrés Manuel López Obrador. […] Les élites politiques sont arrivées au pouvoir sous l'égide des élites économiques et n'ont donc pas été en mesure de leur attribuer un niveau d'impôts suffisant.»

Lors de sa conférence de presse du matin mercredi dernier, López Obrador a de nouveau rejeté toute augmentation des impôts sur les riches en réponse à la crise.

Comme dans tous les autres pays, la réponse du gouvernement à la pandémie a souligné l'incompatibilité entre le capitalisme et les besoins sociaux de la classe ouvrière, y compris des soins de santé gratuits et de qualité.

L'indifférence du gouvernement Morena à l'égard du nombre massif de morts du COVID-19 parmi les personnels soignants et autres travailleurs démontre que la seule réponse progressiste à la pandémie est le renversement du capitalisme et la prise du pouvoir par la classe ouvrière pour réorganiser la société sur une base socialiste au Mexique et au plan international.

(Article paru en anglais le 8 septembre 2020)

 

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