Trump soutient la violence d’extrême droite à Kenosha et Portland

Par Patrick Martin
2 septembre 2020

Lors d’une conférence de presse en fin d’après-midi lundi, le président Donald Trump a défendu le tireur d’extrême droite qui a abattu deux manifestants contre les violences policières à Kenosha, dans le Wisconsin, la semaine dernière. Trump s’est exprimé la veille d’une visite prévue mardi dans la ville appauvrie de la «ceinture de rouille» — une intervention qui a le caractère d’une provocation politique. Cette visite a lieu à peine une semaine après que la police ait tiré sur Jacob Blake, alors même que des responsables de l’État et des municipalités lui ont demandé de rester à l’écart.

Un journaliste a demandé à Trump s’il condamnerait les actes de Kyle Rittenhouse, l’ancien cadet de la police de 17 ans qui mardi dernier a ouvert le feu avec un fusil d’assaut, tuant deux hommes non armés qui protestaient contre la violence policière.

Trump a affirmé que le justicier d’extrême droite avait agi en état de légitime défense, disant: «Il essayait de s’éloigner d’eux et il est tombé, puis ils l’ont attaqué très violemment… Je suppose qu’il avait de gros problèmes. Il aurait probablement été tué.»

Ce récit est un camouflage délibéré. Rittenhouse était un pro-policier enthousiaste qui s’était rendu à un rassemblement de la campagne Trump dans l’Iowa en janvier dernier, où des vidéos le montrent assis au premier rang. Il a essayé de s’engager dans le corps des Marines, mais on l’a refusé. Le 25 août, il a quitté sa maison dans le nord de l’Illinois et a traversé la frontière d’État avec son AR-15 pour se rendre à Kenosha, où il a rejoint des dizaines d’autres tireurs droitier dont la police coordonnait et tolérait les activités.

Rittenhouse a abattu deux hommes qui protestaient pacifiquement contre l’attaque par la police de Jacob Blake qui a reçu sept balles dans le dos et est resté paralysé. Il a également tiré sur un troisième manifestant et l’a blessé.

Après les meurtres, le tireur a été autorisé à traverser les lignes de police avec un fusil d’assaut, sans être arrêté ou même stoppé pour être interrogé. Il a ensuite été arrêté à son domicile dans l’Illinois et accusé d’homicide volontaire.

Trump a également fait l’éloge de ses partisans à Portland, dans l’Oregon. Ces derniers ont envahi la ville dans un convoi de voitures et de camionnettes. Ils ont attaqué les manifestants anti-violence policière en tirant avec des armes de paint-ball, du gaz poivré et d’autres produits. Une mêlée a éclaté au cours de laquelle l’un des provocateurs d’extrême droite a été abattu, dans des circonstances qui restent obscures. Mais Trump a déclaré que les provocateurs de Portland «étaient des partisans [à lui] mais qu’il s’agissait d’une manifestation pacifique. La peinture, ce n’est pas des balles».

Cette défense de la violence de droite est intervenue à la fin d’une diatribe fasciste de 30 minutes. Dans son discours il a fait référence des dizaines de fois à «l’extrême gauche», aux «radicaux de gauche» et à «Antifa» (un groupe qui n’existe pas réellement en tant que groupe organisé, mais est devenu le principal croque-mitaine de la droite fasciste.

À plusieurs reprises, Trump a fait un amalgame entre «radicaux de gauche», maires du Parti démocrate et le candidat Démocrate à la présidence Joe Biden. Il a affirmé comme il l’avait fait la semaine dernière à la Convention nationale républicaine, qu’une victoire de Biden aux élections du 3 novembre signifierait l’effondrement de la société américaine.

Comme il le fait habituellement, Trump a commencé le point de presse en faisant l’éloge de la performance du marché boursier, la seule mesure du progrès humain à ses yeux. Il a salué «le meilleur résultat de la bourse et de l’indice Dow depuis 36 ans».

Il a ensuite affirmé que le nombre de nouveaux cas de coronavirus avait diminué de 38 pour cent. Un chiffre qui — s’il n’est pas simplement inventé pour les besoins du point de presse — reflète surtout une baisse substantielle des tests. En réalité, le coronavirus se propage presque sans contrôle dans les usines, les abattoirs, les campus universitaires et les écoles publiques et le nombre des infections et des décès devrait augmenter de façon exponentielle dans les mois à venir.

Il est ensuite passé à son objectif principal, «actualiser les nouvelles sur la violence dans les villes gérées par les démocrates». Trump a affirmé que les autorités fédérales avaient arrêté plus de 200 personnes pour divers délits et annoncé une enquête conjointe du ministère de la Sécurité intérieure et du ministère de la Justice sur ce qu’il a appelé «les violents troubles civils de gauche qui ont commencé à Portland».

Le reste de sa déclaration consistait en un mélange largement incohérent de louanges à la police («il y a une guerre contre l’application de la loi dans ce pays. Sans application de la loi, c’est le chaos») et de diffamaton de Biden et des Démocrates en tant que facilitateurs et partisans de terroristes de gauche.

Il a affirmé que pour «enseigner à nos enfants que l’Amérique est une nation libre et juste», il fallait «emprisonner les contrevenants à la loi et vaincre leur idéologie haineuse». Il semblait faire écho à l’extraordinaire déclaration faite par Newt Gingrich plus tôt dans la journée dans l’émission de télévision câblée préférée de Trump, «Fox and Friends», où l’ancien président de la Chambre a déclaré que la seule façon de «briser la fièvre» de la violence dans les rues était de «continuer à arrêter les gens jusqu’à ce qu’il ne reste plus personne».

Trump a combiné les louanges à la police et les dénonciations des Démocrates à une invocation du nationalisme qui aurait eu sa place dans un discours de Mussolini. «La seule voie vers l’unité est de reconstruire une identité nationale partagée et de se concentrer sur les valeurs et les vertus américaines communes, dont nous disposons en abondance», a-t-il déclaré. «Cela inclut les écoles de notre nation».

Trump a semblé particulièrement troublé par un incident survenu jeudi soir après la dernière session de la Convention nationale républicaine où le sénateur Rand Paul et d’autres personnes se sont fait accoster par des manifestants anti-Trump devant la Maison-Blanche. Les médias de droite et le Parti républicain ont présenté cet incident comme un exemple de «violence collective» de gauche. C’était une indication de la peur extrême de l’opposition populaire qui a caractérisé toute la convention.

La cause des dénonciations de plus en plus dérangées et incohérentes de Trump est le début de résistance de la classe ouvrière aux politiques de son gouvernement, en particulier sa tentative meurtrière pour forcer les travailleurs à reprendre le travail et les enseignants et les élèves à retourner à l’école, indépendamment du danger venant du coronavirus.

Le Parti démocrate partage la crainte de Trump que se développe un mouvement de dizaines de millions de travailleurs qui menacera le système de profit défendu par les deux partis capitalistes. Les Démocrates avertissent que Trump, par sa négligence criminelle face à la pandémie et son indifférence évidente à tout, sauf à la fortune de milliardaires comme lui, provoque un bouleversement d’en bas, incontrôlable.

Tel était le sens du discours prononcé par Biden lundi dernier à Pittsburgh, sa première intervention publique depuis la Convention nationale démocrate et son premier grand discours exposant les thèmes des deux derniers mois de sa campagne électorale.

Il était évident que l’objectif premier de ce discours, annoncé au pied levé, était de contrer la démagogie anti-communiste, de « loi et d’ordre » de Trump grâce à une déclaration nette de l’équipe démocrate en faveur de « la loi et de l’ordre » et pour la répression de la « violence ». La nervosité grandit au Parti démocrate devant les signes que l’avance de Biden dans les sondages diminue à la suite de la convention républicaine.

Déclarant que «nous devons nous opposer à la violence sous toutes ses formes», Biden a établi une équivalence entre la violence des flics tueurs et des justiciers fascistes et celle des «extrémistes et opportunistes» parmi les manifestants. Il a déclaré: «Je tiens à ce que ce soit absolument clair… Piller n’est pas protester. Mettre le feu n’est pas protester. Rien de tout cela n’est une protestation. C’est de l’anarchie, purement et simplement. Et ceux qui font cela devraient être poursuivis.»

Sa ligne d’attaque fondamentale contre Trump était que c’était lui, et non les Démocrates, qui était responsable de la «violence» et du «chaos» dans «nos villes». Les habitants des quartiers résidentiels de la classe moyenne qui ne se sentaient pas en sécurité dans «l’Amérique de Trump» seraient plus en sécurité dans celle de Biden. Car il travaillerait plus efficacement avec la police et ceux qui la critiquent pour contenir l’opposition sociale.

Bien entendu, cela fut accompagné d’une démonstration bien huilée de sympathie pour les familles de Jacob Blake, George Floyd, Brionna Taylor et d’autres Afro-Américains victimes de la violence policière et d’allusions au lourd bilan du coronavirus et à la réponse incompétente de Trump à la pandémie. Il a fait quelques remarques superficielles sur l’effondrement économique déclenché par la COVID-19, puis termina par une mise en garde contre le projet de Trump de mettre la sécurité sociale en faillite. Mais il n’a proposé aucune mesure pratique pour faire face à ces fléaux sociaux, si ce n’est de remplacer Donald Trump par Joe Biden.

Il a directement désavoué toute sympathie pour le socialisme, en déclarant «Demandez-vous si j’ai l’air d’un socialiste radical avec un faible pour les émeutiers?» Et il a souligné le bilan du gouvernement Obama-Biden en matière de protection de la propriété nationale, déclarant : «Quand le président Obama et moi étions à la Maison-Blanche, nous devions défendre la propriété nationale. Nous l’avons fait… Vous ne nous avez pas vus attiser les craintes autour du déploiement de troupes fédérales secrètes. Nous avons juste fait notre travail…»

Plus dangereux encore, il a adopté la démagogie anti-russe qui est le fond de commerce du Parti démocrate depuis que Trump est entré à la Maison-Blanche. Il a répété la fausse histoire des «primes afghanes» inventée par le New York Times, qui prétend sans la moindre preuve que le Kremlin payait les talibans pour tuer des soldats américains. Et il a dénoncé Trump pour avoir prétendument joué «un rôle servile pour un dirigeant russe», le président Vladimir Poutine, affirmant que cela était «non seulement dangereux — mais humiliant à voir pour le reste du monde».

Voici donc le choix offert au peuple américain par le système capitaliste bipartite: les divagations d’extrême droite du Républicain Trump qui cherche à créer un État policier ; ou l’alternative «raisonnable» offerte par le Démocrate Biden qui exige des préparatifs plus agressifs de guerre contre la Russie, une puissance nucléaire.

(Article paru d’abord en anglais le 1er septembre 2020)

 

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