A l’université d’été de LFI, Mélenchon évoque ses discussions avec le Medef

Par Anthony Torres
2 septembre 2020

L’aveu de Mélenchon qu’il s’est entretenu au téléphone avec le patron du Medef pour discuter de la compétitivité de l’économie française durant le confinement souligne l’orientation de classe de La France Insoumise (LFI) et des partis «populistes de gauche» européens. Hostile au marxisme et à la classe ouvrière, leur politique est discutée et coordonnée avec l’aristocratie financière et patronale.

Dans un contexte de pandémie, où les classes dirigeantes exposent des millions de personnes à un risque mortel en parallèle d’une destruction sans précédent des acquis sociaux, les dirigeants de LFI et leurs alliés politiques européens assument ouvertement leur collaboration avec la bourgeoisie. C’est notamment le cas en Espagne ou en Grèce où ils sont ou ont été au pouvoir, pour mener une politique d’austérité qui a produit un désastre sanitaire lors de la pandémie. C’est aussi ce que ferait Mélenchon s’il était au pouvoir ou s’il devenait premier ministre, ce qu’il a proposé de faire sous le PS.

Lors de son discours à l’université d’été de LFI, Jean Luc Mélenchon s’est targué d’avoir passé un coup de fil pendant le confinement au président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux: «J’ai appelé Roux de Bézieux au Medef. Il a de l’humour! Il a accepté naturellement cet entretien et je dois dire que j’en ai été agréablement surpris.»

Le leader de LFI voulait connaître la position du représentant des patrons sur les nationalisations et les réquisitions pour faire face à la crise. Selon Mélenchon le chef du Medef «m’a dit: ‘La nationalisation, ce n’est pas un gros mot’. Tout va bien (...) Je lui ai dit: ‘Puisque l’autre ne veut rien faire (Emmanuel Macron), autoréquisitionnez vous!’ Et il me dit: ‘Mais M. Mélenchon, on ne vous a pas attendus’. En effet, un certain nombre de lignes de production du textile ont été réorganisées pour produire des masques.»

Mélenchon s’est ensuite félicité du fait que la ligne de LFI aurait été la bonne dans la gestion de la pandémie, car envisagée par le Medef: «Ce qui signifie que nous avions raison de demander [la réquisition] pour tout le pays. Si nous avions gouverné, la réquisition générale aurait été ordonnée, vérifiée avec au moins autant de férocité qu’aujourd’hui on traque quelqu’un pour vérifier qu’il n’a pas oublié de mettre son masque.»

Interrogé sur la station radio France Inter, le patron du Medef a donné «sa version des faits»: «Il m’a appelé pour savoir pourquoi on ne fabriquait pas assez de masques, pas assez de respirateurs, pourquoi tout ça était parti à l’étranger... On a discuté compétitivité de la production française.» Et d’ajouter: «Sur la nationalisation, on a parlé d’Air France. Je lui ai dit simplement que quand il n’y a pas d’argent privé pour aller dans une entreprise, l’argent public devait venir. Mais je vous assure on n’est pas d’accord sur tout.»

En fait, les commentaires de Mélenchon démontre qu’il est complice de la politique mortifère menée par Macron et le Medef pendant la pandémie. Mélenchon veut semer l’illusion que la politique de nationalisation qu’il propose aboutira à une politique plus favorable aux travailleurs. Mais en fait, c’est un réactionnaire prêt à appliquer une politique d’austérité qu’il discute avec le patron du Medef, et qui est hostile à une nationalisation des entreprises menée par un soulèvement ouvrier visant la prise du pouvoir.

En 2013 Mélenchon avait fait la proposition de devenir le premier ministre du très impopulaire François Hollande pour mener la politique d’austérité du PS. A présent Mélenchon fait de nouveau un appel du pied à Macron et cherche à rassurer le patron du Medef qu’il est capable de mener la politique de Macron et de Merkel.

Une nationalisation non pas par la classe ouvrière, mais par des injections de capitaux de l’État dans une entreprise privée, n’est pas du tout incompatible avec la politique de Macron. C’est d’ailleurs Roux de Bézieux qui dit qu’en cas d’urgence, « l’argent public devait venir». Mais cette politique de plans de relance et de cadeaux fiscaux aux riches ne fait qu’augmenter les inégalités sociales et l’exploitation de la classe ouvrière.

C’est le gouvernement Macron lui-même qui flirte avec les mots de nationalisation et de planification afin d’essayer de mieux berner les travailleurs. Le nouveau premier ministre Jean Castex a annoncé mi-juillet de la possibilité de ressusciter le haut-commissariat au plan. Celui-ci avait été mis en place à la sortie de la seconde guerre mondiale, en 1946 pour reconstruire l’économie avec la soutien financier qu’accordait l’impérialisme américain à l’époque.

Une planification limitée de l’économie capitaliste, à l’aide des subventions américaines avait permis la modernisation de l’industrie en France et des concessions aux travailleurs dans un contexte insurrectionnel marqué par les luttes ouvrières de la résistance. Le contexte est aujourd’hui tout à fait différent.

Les plans de relance financés par l’Union européenne visent à renflouer les banques et à assurer par une surexploitation des travailleurs les profits aux classes capitalistes par l’intervention directe de l’Etat dans un contexte de crise économique et sanitaire mondiale. Quant à la compétitivité française sur les marchés mondiaux dont parlaient le Medef et Mélenchon, elle exige la baisse du coût du travail (les salaires), et la destruction des acquis sociaux.

La politique que mèneraient LFI et Jean Luc Mélenchon, les travailleurs en Europe en font les frais. Les partis «populistes de gauche» en Europe sont les représentants des classes capitalistes qui appliquent scrupuleusement le programme des banques et des grandes entreprises y compris en recourant à la répression policière contre les travailleurs.

En Espagne, pays où l’accélération de l’épidémie est la plus forte en Europe avec un peu moins de 10.000 cas pour la seule journée du 28 août, le gouvernement PSOE-Podemos mène la politique d’immunité collective de l’UE, forçant les travailleurs à reprendre le travail en envoyant la police dans les usines.

Syriza en Grèce a été élu sur un programme anti austérité qu’il a abandonné quelques semaines après avoir formé un gouvernement avec le parti d’extrême-droite Grecs indépendants. Face au mécontentement des travailleurs contre la politique pro austérité du chef du parti, Alexis Tsipras, ce dernier à organisé un référendum, espérant un vote en faveur de l’UE pour justifier sa démission. Après que le "non" l’ait emporté, Tsipras s’est entretenu avec Merkel pour le maintenir comme premier ministre et trahir le vote contre la Troika en appliquant scrupuleusement l’austérité.

Le mot d’ordre de nationalisation et d’expropriation ne peut être avancé que dans le cadre d’une lutte révolutionnaire internationale de la classe ouvrière qui pose directement la question de la prise du pouvoir, afin de réaliser une planification socialiste de l’économie mondiale. Les vastes ressources expropriés à l’aristocratie financière doivent servir à mettre à l’abri les travailleurs sans perte de leur emploi et de leur revenu ainsi qu’à permettre aux petites entreprises d’éviter les faillites.

L’organisation d’une grève générale internationale et la lutte pour le renversement d’un ordre social en faillite nécessite la rupture des travailleurs avec les partis populistes et la construction des sections du CIQI en France et à l’international, contre la politique populiste réactionnaire de LFI.

 

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