La Chine lance des missiles en mer de Chine méridionale en réponse aux provocations américaines

Par Ben McGrath
31 août 2020

Mercredi, la Chine a lancé au moins deux missiles balistiques qu’elle a qualifiés de «tueurs de porte-avions» lors d’exercices navals en mer de Chine méridionale. L’essai de ces missiles est une réponse aux mesures militaires et autres mesures de provocation prises dans la région par les États-Unis et leurs alliés.

La militarisation croissante de la région augmente considérablement le danger d’une conflagration mondiale, qui est en fin de compte menée par l’impérialisme américain.

L’armée chinoise a tiré ses missiles DF-21D et DF-26B depuis la province du Zhejiang au sud-est et la province de Qinghai au nord-ouest respectivement. Les deux missiles ont atterri dans la mer de Chine méridionale, entre Hainan et les îles Paracel, qui font l’objet d’un conflit. L’armée américaine a déclaré que la Chine avait tiré au moins quatre missiles.

Le DF-21D a une portée de 1.800 kilomètres et est le premier missile balistique antinavire au monde, selon Pékin. Le DF-26B a une portée plus longue de 4.000 kilomètres et peut transporter une charge nucléaire. La Chine a déclaré qu’il est également capable de frapper des navires de guerre, et pourrait atteindre la base militaire américaine de Guam. Il a été dévoilé officiellement au début de ce mois et c’est une variante actualisée d’un missile présenté pour la première fois lors du défilé chinois du jour de la Victoire en 2015, marquant la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Les lancements ont eu lieu un jour après que Pékin a accusé l’armée américaine de faire voler un avion-espion U-2 au-dessus des exercices navals chinois dans la mer de Bohai. L’avion a pénétré délibérément une zone d’exclusion aérienne. La Chine a commencé à organiser des exercices de tir réel dans la mer, située près de Pékin, lundi dernier et prévoit de continuer jusqu’au 30 septembre.

Le ministère chinois de la Défense a demandé aux États-Unis de «mettre fin à ce genre de comportement provocateur et de prendre des mesures concrètes pour protéger la paix et la stabilité dans la région». Il a également averti que de tels vols pourraient déclencher des malentendus ou un «incident inattendu», à savoir un échange militaire.

En réponse, Washington a admis qu’il avait effectué un vol U-2 dans la région indopacifique, mais il a balayé du revers de la main les préoccupations de Pékin, en disant «Le personnel des forces aériennes du Pacifique continuera à voler et à opérer partout où le droit international le permet, au moment et au rythme de notre choix.»

Une source proche de l’armée chinoise a déclaré au South China Morning Post: «Ceci [les tirs de missiles] est la réponse de la Chine aux risques apportés par les avions de guerre et les navires militaires américains qui sont déployés de plus en plus fréquemment dans la mer de Chine méridionale.»

En plus des exercices dans la mer de Chine méridionale et la mer de Bohai, la Chine mène des exercices dans la mer Jaune et près du détroit de Taïwan. Les exercices en mer de Chine méridionale ont eu lieu de lundi à samedi. Ceux en mer Jaune et près de Taïwan ont eu lieu de samedi à mercredi.

Le ministère américain de la Défense a hypocritement réprimandé Pékin dans une déclaration jeudi: «Mener des exercices militaires sur des territoires contestés en mer de Chine méridionale est contre-productif pour apaiser les tensions et maintenir la stabilité».

Ces dernières semaines, les États-Unis ont organisé leurs propres jeux de guerre qui impliquaient deux porte-avions dans la mer de Chine méridionale. Aussi, ils ont lancé des exercices dans les eaux voisinent avec l’Inde près du détroit de Malacca et avec le Japon et l’Australie dans la mer des Philippines.

En outre, les États-Unis mènent actuellement leur exercice bisannuel «En bordure du Pacifique» (RIMPAC) près d’Hawaï, aux côtés de neuf autres pays, le plus grand exercice naval au monde. Il se déroule du 17 au 30 août. La Chine, qui avait été invitée à participer en 2014 et 2016, a vu son invitation révoquée en 2018 et est à nouveau absente cette année.

Un navire de guerre chinois effectuant un exercice de tir réel en 2015 [Source: la marine chinoise]

Washington exerce également une pression économique supplémentaire sur Pékin. Mercredi, le gouvernement Trump a imposé des sanctions à 24 entreprises chinoises, supposément pour leur rôle dans la construction d’îlots artificiels dans la mer de Chine méridionale. Washington leur a interdit d’acheter des produits américains. C’est la première fois que des entreprises chinoises se trouvent sanctionnées pour leur implication dans le conflit territorial.

Malgré toutes ses dénonciations de la prétendue agression chinoise, Washington cherche depuis des décennies à imposer son hégémonie dans la région Asie-Pacifique. Cela a inclus le largage de deux bombes atomiques sur le Japon, des guerres brutales contre la Corée et le Vietnam, et le soutien à des dictateurs de droite. Au cours de la dernière décennie, les États-Unis ont enflammé des conflits territoriaux de longue date, mais mineurs, et ont intensifié les tensions sous le «pivot vers l’Asie» de l’administration Obama. Sous le gouvernement Trump, ils s’efforcent maintenant de poursuivre la confrontation militaire et économique avec la Chine.

Ce programme s’accélère alors que la classe dirigeante américaine tente de détourner la colère croissante des Américains face à sa gestion de la pandémie COVID-19 et à la crise économique qui touche des millions de travailleurs et de jeunes. Le gouvernement Trump a accusé Pékin d’être responsable de la pandémie, sans aucune preuve, tout en faisant pression sur la Chine pour qu’elle s’attaque à des points chauds dangereux comme Taïwan.

Dans une interview accordée le 23 août, Trump a lancé une menace à peine voilée selon laquelle si Pékin tentait d’affirmer son contrôle sur Taïwan, Washington lancerait une attaque contre la Chine. «Je pense que c’est un endroit inapproprié pour en parler, mais la Chine sait ce que je vais faire. La Chine le sait», a-t-il déclaré.

Pékin considère Taïwan comme une province renégate et les États-Unis adhèrent toujours formellement à la politique de la «Chine unique» qui ne reconnaît pas Taïwan comme un pays indépendant.

Pour ne pas être en reste, le candidat présidentiel du Parti démocrate, Joe Biden, s’offre comme une option plus belligérante à Wall Street dans ses relations avec la Chine.

La Chambre des représentants et le Sénat au Congrès viennent de voter le dernier projet de loi sur les dépenses militaires américaines qui contient une clause qui demande à la marine de faire des escales à Taïwan avec deux navires-hôpitaux, le USNS Comfort et le USNS Mercy.

La Chine a clairement indiqué que si un navire militaire américain s’arrêtait à Taïwan, cela déclencherait une réponse militaire. En tant que telle, la décision d’utiliser des navires sanitaires est un flirt dangereux et calculé avec cette ligne rouge.

Les provocations de Washington dans toute la région risquent de déclencher une guerre désastreuse avec la Chine qui pourrait rapidement dégénérer en conflit nucléaire. Les États-Unis cherchent à éliminer un concurrent économique et à faire de la Chine un État semi-colonial.

(Article paru en anglais le 29 août 2020)

 

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