Trois mois après le meurtre de George Floyd, les violences policières continuent sans relâche

Par Niles Niemuth
27 août 2020

Le meurtre de George Floyd avait déclenché des manifestations multiraciales et multiethniques massives exigeant la fin de la violence policière et du racisme. Trois mois après, la police poursuit son règne de terreur à travers les États-Unis sans aucun signe de vouloir s’arrêter.

Le 25 mai était le jour où un policier de Minneapolis a tué Floyd, lui enfonçant son genou dans le cou pendant plus de 8 minutes. Depuis, la police a encore tué au moins 235 personnes aux États-Unis. Le rythme des meurtres est en passe de dépasser le millier cette année, avec près de 3 personnes abattues par la police chaque jour.

Le dernier incident en date à avoir provoqué des manifestations de colère est la tentative de meurtre de Jacob Blake, un Afro-Américain de 29 ans, père de six enfants, abattu de sept balles dans le dos par un policier de Kenosha, dans le Wisconsin. Si Blake a, de façon surprenante, survécu à la fusillade, son père a déclaré au Chicago Sun-Times mardi que son fils était maintenant paralysé à partir de la taille et que les médecins ne savent pas s’il se remettra complètement de ses blessures.

Une vidéo de téléphone portable prise par un spectateur et publiée sur les médias sociaux montre que Blake s’éloignait des policiers et tentait de monter dans son 4x4 lorsqu’un officier blanc, arme au poing, l’a tiré par la chemise et lui a tiré sept coups de feu dans le dos à bout portant. Trois des fils de Blake se trouvaient à l’arrière du véhicule lorsqu’il fut abattu.

«Ces policiers qui ont tiré sur mon fils comme sur un chien dans la rue sont responsables de tout ce qui s’est passé dans la ville de Kenosha», a déclaré le père de Blake, en référence aux incidents d’incendie criminel et de pillage, après que la police ait attaqué des manifestants. «Mon fils n’est pas responsable de tout cela. Mon fils n’avait pas d’arme. Il n’avait pas d’arme.»

Les manifestants, noirs et blancs, sont descendus dans la rue dimanche et lundi soir à Kenosha pour demander que le policier responsable soit inculpé et arrêté. La police les a accueillis avec des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des balles au poivre. Des habitants tentant d’assister à une conférence de presse avec le maire Démocrate de la ville lundi après-midi, furent accueillis par la police en tenue antiémeute qui les a aspergés de gaz poivré lorsqu’ils ont formulé des revendications, faisant monter la tension.

Les manifestations de ces derniers jours dans tout le pays, contre ce massacre incessant — de Portland (Oregon) à Chicago (Illinois) en passant par Detroit, Michigan — ont été réprimées brutalement et systématiquement par la police. Celle-ci a arrêté des centaines de personnes, dont des journalistes, et beaucoup d’autres ont subi des attaques au gaz poivré, des balles de poivre, des balles en caoutchouc et d’autres munitions jugées «moins que mortelles» par la police.

Le mois dernier, le président Donald Trump a ordonné à des agents fédéraux de s’en prendre aux manifestants de Portland, notamment en menant des opérations de séquestration à l’aide de fourgonnettes banalisées dans des scènes rappelant les dictatures d’Amérique latine.

On a largement relégué ces forces au second plan — y compris l’unité paramilitaire BORTAC du Département de la sécurité intérieure (DHS) — suite à l’indignation générale suscitée par leur utilisation directe contre les manifestants. Toutefois, la police a suivi l’exemple de Trump, en menant ses propres opérations d’enlèvement par des agents non identifiés à New York et à Pittsburgh. Entre-temps, des centaines d’agents fédéraux ont été déployés pour travailler aux côtés de la police dans plusieurs grandes villes, dont Detroit et Chicago, avec le consentement des maires démocrates.

Trump et les Républicains incitent ouvertement à la violence policière et aux attaques contre les manifestants. On a invoqué le terme «police» 25 fois le premier jour de la Convention nationale républicaine et on a applaudi celle-ci comme la gardienne de la société contre un « règne de la plèbe» par «l’extrême gauche». Le président a passé une grande partie de son temps à renforcer la police au niveau local et fédéral pour défendre son pouvoir personnaliste.

Cependant, il est important de noter que c’est le Parti démocrate du Wisconsin qui supervise le règne de terreur policière contre les manifestants à Kenosha.

Après la première nuit de manifestations, le gouverneur Démocrate du Wisconsin, Tony Evers, a déployé 125 soldats de la Garde nationale pour aider la police à faire respecter le couvre-feu de 20 heures. On a utilisé des Humvees militaires pour patrouiller dans les rues et on a déployé des camions à benne pour bloquer les rampes de sortie de l’autoroute principale vers la ville. Evers a déclaré l’état d’urgence mardi après-midi pour permettre la mobilisation de ressources encore plus importantes contre les manifestations anti-violence policière.

Bien que les politiciens démocrates aient beaucoup parlé de leur soutien à Black Lives Matter — en répétant à tout bout de champ ce slogan et en le faisant peindre en gros caractères dans les rues de la ville tout en promettant d’affronter la «suprématie blanche» et le «racisme systémique» — rien n’a changé. On n’a rien fait, même pour ralentir le rythme des assassinats policiers.

En fait, les Démocrates se sont dissociés des demandes de réduction du financement de la Police, un slogan populaire parmi les manifestants dès le début. Le conseil municipal de Minneapolis, contrôlé par le Parti démocrate, a passé sous silence une proposition, très attendue, qui visait à «dissoudre» les forces de police de la ville, faite immédiatement après le meurtre de Floyd, dans le cadre des efforts déployés pour contenir et disperser la colère populaire.

Dans une interview accordée à ABC News vendredi, l’ancien vice-président Joe Biden, aujourd’hui candidat Démocrate à la présidence, ainsi que son colistier, la sénatrice Kamala Harris, a clairement indiqué que leur gouvernement s’efforcerait de fournir davantage de fonds à la police. Ils ont affirmé que c’était, en fait, Trump qui allait définancer la police. «Je ne veux pas supprimer le financement des services de police», a déclaré Biden, «je pense qu’ils ont besoin de plus d’aide, ils ont besoin de plus d’assistance…»

Lors d’un événement de campagne en juin, Biden a suggéré que la solution aux meurtres policiers serait de former les agents à « tirer dans la jambe plutôt que dans le cœur». Pendant ce temps, l’ancien principal opposant de Biden, maintenant son principal substitut, le sénateur Bernie Sanders, a demandé que les policiers reçoivent des salaires plus élevés comme solution possible aux meurtres policiers!

Les États-Unis sont une véritable poudrière, la crise sociale de masse s’intensifie devant la réponse meurtrière de l’élite au pouvoir à la pandémie de COVID-19, qui a entraîné le déclenchement de protestations explosives. Des millions de personnes se trouvent jetés au chômage. De surcroît, il y a un mois, le Congrès et la Maison-Blanche ont autorisé l’expiration de la prolongation des 600 dollars d’allocations chômage complémentaire. Des dizaines de millions de personnes risquent l’expulsion et la saisie dans les prochains mois, à l’expiration des moratoires.

La police, en tant que corps spécial d'hommes armés, est essentielle à la protection de l'État et à l'imposition de la domination de classe ; elle défend la propriété des riches et garde l'immense fossé social qui les sépare des 90 pour cent du reste de la population. Peu importe qui siégera à la Maison-Blanche en janvier, la violence policière va se poursuivre et, en fait, s'intensifier. Plus les tensions sociales augmenteront, plus la campagne de terreur policière supervisée par les deux partis sera violente.

La lutte contre la violence policière et le racisme exige la mobilisation de la classe ouvrière en tant que force sociale unie et indépendante contre le système capitaliste, et le rejet de tous les efforts visant à mettre les travailleurs les uns contre les autres suivant des critères raciaux et identitaires. C’est ce pour quoi le Parti de l’égalité socialiste se bat dans la campagne électorale de Joseph Kishore et Norissa Santa Cruz pour les postes de président et de vice-président. Nous encourageons tous ceux qui sont d’accord avec cette perspective à soutenir notre campagne et à rejoindre le SEP dès aujourd’hui!

(Article paru d’abord en anglais le 26 août 2020)

 

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