Le Royaume-Uni en récession record à l’approche d’une catastrophe sociale

Par Thomas Scripps
14 août 2020

Le Royaume-Uni est officiellement en proie à la pire récession jamais enregistrée. Après avoir connu deux trimestres consécutifs de baisse du PIB, l’économie britannique est de la même taille qu’en 2003, plus petite que le point le plus bas atteint lors de la crise financière de 2008-2009. La réponse du gouvernement Johnson et des employeurs sera une attaque brutale contre le niveau de vie de la classe ouvrière.

Au cours des trois premiers mois de cette année l’économie britannique s’est contractée de 2,2 pour cent. Mais, au cours des trois mois suivants, jusqu’à la fin juin, l’économie a plongé de plus d’un cinquième (20,4 pour cent). Il s’agit de la plus forte baisse trimestrielle depuis que des statistiques similaires ont commencé à être enregistrées en 1955. C’est la pire expérience de tous les pays du G7, soit environ le double de celle de l’Allemagne et des États-Unis.

La Grande-Bretagne a été particulièrement touchée, en partie à cause de la structure de son économie, fortement axée sur le secteur des services qui représente 80 pour cent de la production. Largement orienté vers les consommateurs, ce secteur a été particulièrement touché par les mesures de distanciation sociale et du confinement, et par la prudence dont a fait preuve la population face au virus COVID-19.

Le premier ministre britannique Boris Johnson (Source: AP Photo/Alberto Pezzali)

Les dépenses de consommation ont diminué de 27,7 pour cent en mai et elles demeuraient toujours inférieures de 14,5 pour cent à celles de juin de l’année précédente. Les visites de magasins ont diminué de 39,4 pour cent le mois dernier au niveau national et de 69 pour cent dans le centre de Londres, qui dépend plus fortement des touristes et des employés de bureau.

Les services ont chuté de 19,9 pour cent au cours du dernier trimestre – ce qui représente les trois quarts de la baisse du PIB total – et ont enregistré une hausse relativement faible de 7,7 pour cent en juin par rapport au mois précédent. Le secteur manufacturier a chuté de 16,9 pour cent, suivi d’une hausse de 11 pour cent. La construction s’est effondrée de 35 pour cent, mais a depuis fait un bond de 23,5 pour cent.

En tenant compte de la croissance enregistrée dans l’ensemble de l’économie en mai (2,4 pour cent) et en juin (8,7 pour cent) à cause de la levée imprudente des mesures de santé publique, le PIB est désormais inférieur de 17,2 pour cent à son niveau de février. La Banque d’Angleterre (BoE) prévoit une chute annuelle de 9,5 pour cent pour 2020. Il s’agit de la plus forte chute depuis 1921 au lendemain de la Première Guerre mondiale, dans un contexte d’effondrement de la position dominante de l’impérialisme britannique dans le monde.

La BoE prévoit un ralentissement significatif de la reprise du PIB après le rebond initial, la production n'atteignant les niveaux pré-pandémie qu'à la fin de 2021.

Les choses pourraient être encore pires. En mai, la BoE prévoyait un effondrement du PIB de 14 pour cent, la pire récession depuis 300 ans. L’amélioration des perspectives est due à l’assouplissement plus précoce que prévu de la politique du confinement et par une reprise plus rapide dans certains domaines des dépenses de consommation. Toutefois, la BoE met en garde contre les «risques de baisse», notamment une résurgence de COVID-19 qui est garantie par la levée téméraire du confinement.

L’Office des statistiques nationales (ONS) a souligné les risques liés à un retard durable des investissements des entreprises, qui sont en baisse de 31,4 pour cent depuis le premier trimestre, du fait de la réduction ou du report de dépenses non essentielles, surtout dans les secteurs orientés vers les consommateurs. Tom Stevenson, directeur des investissements chez «Fidelity International» a déclaré au Guardian: «Personne ne sait exactement à quoi ressemblera la reprise de la lutte contre le coronavirus. En particulier, avec la possibilité d’une deuxième vague d’infections et de nouveaux confinements locaux. Mais, il est probable qu’il s’agisse d’un retour extrêmement lent aux niveaux d’avant la crise».

La BoE s’inquiète également du chômage et de l’impact de la précarité de l’emploi sur les dépenses. Selon l’ONS, le nombre de salariés britanniques a chuté de 730.000 emplois entre mars et juillet, et les postes à pouvoir ont baissé de 45 pour cent par rapport à ceux de l’année précédente. Le nombre de demandeurs d’allocations de chômage a atteint 2,7 millions en juillet, soit le double du niveau d’avant la pandémie.

Cette situation va s’aggraver considérablement après la fin du régime de congés payés du gouvernement en octobre. Selon l’ONS, environ cinq millions de personnes bénéficiaient encore de ce régime en juin. Le Financial Times cite Gerwyn Davies, de l’Institut agréé du personnel et du développement (Chartered Institute of Personnel and Development – CIPD), qui déclare: «Une réelle inquiétude est que ce n’est que la première vague de mauvaises nouvelles pour le marché de l’emploi», et l’avertissement de Ruth Gregory, du cabinet de conseil «Capital Economics»: «C’est juste l’accalmie avant la tempête».

Une étude menée par le CIPD et le recruteur Adecco, publiée lundi, a révélé qu’un tiers des employeurs avaient l’intention de procéder à des licenciements entre juillet et septembre. La BBC a obtenu des chiffres qui montrent que le nombre d’entreprises qui ont averti le gouvernement en juin de leur intention de supprimer 20 emplois ou plus était cinq fois plus élevé qu’au même mois l’année dernière.

On cite le Brexit et la perspective de tarifs d’exportations plus élevés en Europe comme un autre facteur de risque.

Même prises ensemble, ces mises en garde et ces annonces ne sont qu’un aperçu d’une crise du capitalisme britannique qui s’intensifie. Et cette crise n’est qu’une manifestation spécifique d’un effondrement mondial centré sur l’échec du système capitaliste à faire face à la pandémie de COVID-19. Le virus est hors de contrôle dans les Amériques et connaît une résurgence dans le monde entier. Le chancelier Rishi Sunak envisagerait de reporter son budget d’automne au printemps en cas de nouvelle série de confinements locaux et d’une recrudescence des cas de coronavirus.

Cependant, le contenu des plans économiques du gouvernement est déjà clair. Sunak a déclaré à la BBC après l’annonce des chiffres officiels sur la récession: «J’ai déjà dit que des temps difficiles étaient à venir, et les chiffres d’aujourd’hui confirment que les temps difficiles sont là. Des centaines de milliers de personnes ont déjà perdu leur emploi et, malheureusement, dans les mois à venir, beaucoup d’autres vont le perdre. Mais même si des choix difficiles doivent se faire, nous allons nous en sortir et je peux assurer que personne ne sera laissé sans espoir ni opportunité».

Les travailleurs ont déjà entendu tout cela. Après, des appels à «se serrer la ceinture» et à «faire des sacrifices» dans l’intérêt national vont suivre. On va utiliser le chômage de masse, d’une ampleur jamais vue depuis des décennies, pour imposer des réductions brutales des salaires et des conditions de travail. Comme lors du krach de 2008-2009, on va utiliser la dette publique énorme pour justifier le saccage des services sociaux essentiels.

La classe ouvrière doit rejeter toutes ces demandes. Elle seule est appelée à faire des sacrifices. On a déjà donné des milliers de milliards aux super-riches du monde entier, sous prétexte de faire face à une catastrophe sanitaire et économique – une crise créée par le capitalisme lui-même –, après des années d’aggravation des inégalités sociales, de parasitisme financier et d’assauts sur les conditions sociales de la classe ouvrière. Aujourd’hui, la pandémie fait rage et un nouvel effondrement historique du niveau de vie est en préparation.

L’argent et les biens pillés par les super-riches doivent être récupérés par la classe ouvrière, et les entreprises doivent devenir propriété publique, orientées vers une production socialement utile et placées sous contrôle démocratique.

En ce qui concerne le Parti travailliste et les syndicats, les travailleurs font face à une force hostile qui a travaillé main dans la main avec le gouvernement conservateur tout au long de la pandémie et qui continuera de le faire à mesure que la crise économique s’aggravera. Pour les combattre, il faut former des comités de travailleurs de la base et construire le parti révolutionnaire, le Parti de l’égalité socialiste, pour mener la lutte pour le socialisme.

(Article paru en anglais le 13 août 2020)

 

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