Le SLPP gagne les élections au Sri Lanka, ouvrant la voie à une éruption de luttes ouvrières

Par K. Ratnayake
8 août 2020

Le Sri Lanka Podujana Peramuna (SLPP) du président Gotabhaya Rajapakse a remporté les élections nationales mercredi et devrait former le prochain gouvernement avec une majorité substantielle. Le parti a obtenu 128 sièges au sein du parlement de 225 membres, soit une augmentation de 53 députés.

L’opposition, Samagi Jana Balavegaya (SJB), qui a été créée au début de l’année après une scission au sein du Parti national uni (UNP), un parti conservateur de droite, a remporté 47 sièges. L’UNP lui-même, totalement discrédité et dirigé par l’ancien Premier ministre Ranil Wickremesinghe, a perdu 58 sièges et n’aura pas un seul député dans le prochain parlement.

Le Janatha Vimukthi Peramuna (JVP), un parti de chauvinisme cinghalais qui s’est présenté aux élections sous le nom de Jathika Jana Balavegaya – une nouvelle alliance électorale créée avec le soutien de nombreux universitaires et professionnels – n’a remporté que deux sièges, soit quatre de moins que lors de la précédente législature. L’Alliance nationale tamoule (TNA), basée dans le nord et l’est du pays ravagés par la guerre, n’a obtenu que neuf sièges, contre 16 députés dans le parlement précédent.

Gotabhaya Rajapakse [Credit: AP Photo]

Selon les premières estimations de la Commission électorale, seulement 71 pour cent des électeurs ont voté. Cela représente une baisse de 12 pour cent du nombre de participants à l’élection présidentielle d’il y a dix mois et de 6 pour cent par rapport à l’élection nationale d’août 2015.

Mercredi, le président Rajapakse a publié une déclaration qui insiste sur le fait qu’il avait remporté 70 pour cent des voix et qui affirme à tort que c’était une «expression de confiance» dans la manière dont le gouvernement gérait la pandémie de coronavirus.

La forte baisse du nombre d’électeurs indique toutefois une opposition aux méthodes de plus en plus autoritaires de Rajapakse et à sa promotion d’une offensive patronale contre l’emploi, les salaires et les conditions de travail. C’est seulement parce que son gouvernement a refusé de procéder à des tests de masse que Rajapakse peut affirmer que les taux d’infection par le COVID-19 sont plus faibles au Sri Lanka.

Le SLPP a fait campagne pendant les élections pour obtenir une majorité parlementaire des deux tiers, afin de pouvoir réécrire la constitution et supprimer toutes les limites actuelles des pouvoirs exécutifs du président. On estime que la campagne électorale du parti a coûté environ 1202 millions de roupies (6,5 millions de dollars US), bien plus que ce que les autres partis capitalistes ont dépensé pour leur propagande.

Le président Rajapakse s’est adressé à des dizaines de rassemblements, mobilisant les gens en violation des règlements sanitaires officiels en matière de pandémie. Selon un groupe de surveillance des élections, chacune des apparitions de Rajapakse a coûté 27 millions de roupies à l’État.

Après avoir voté mercredi, le Premier ministre Mahinda Rajapakse, frère du président, a déclaré aux médias que si le SLPP ne parvenait pas à obtenir une majorité parlementaire des deux tiers lors des élections, il «prendrait des dispositions» pour obtenir les nombres nécessaires. En d’autres termes, il va acheter des votes de députés.

Le président sri-lankais et son frère, ainsi que la hiérarchie militaire, veulent une dictature. Comme tous les gouvernements du monde, le président Rajapakse va imposer aux masses coute que coute le fardeau de la crise économique, qui s’accélère à cause de la pandémie de coronavirus. Cela préparera le terrain pour l’éruption d’intenses luttes de classe et de bouleversements révolutionnaires.

À l’approche des élections, le SLPP a intensifié son chauvinisme antimusulman et anti-tamoul afin de détourner les tensions sociales et de polariser les électeurs cinghalais. Le parti a utilisé les conclusions d’une enquête officielle sur les attentats à la bombe perpétrés le dimanche de Pâques de l’année dernière par un groupe terroriste islamique soutenu par l’ISIS pour déclencher une vague de propagande antimusulmane.

En même temps, il a insisté sur le fait que les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), un groupe séparatiste, étaient en train de se rétablir. La police a alimenté ces affirmations sans fondement en affirmant soudainement avoir trouvé des armes en plusieurs endroits au nord du pays.

Au cours des six derniers mois, les partis d’opposition, dont le SJB, l’UNP, le JVP, la TNA, les partis musulmans et les syndicats basés dans les plantations ont soutenu publiquement le président Rajapakse et l’administration minoritaire du SLPP. Ces formations ont participé à deux réunions multipartites convoquées par l’administration SLPP alors minoritaire du Premier ministre Mahinda Rajapakse et ont soutenu les mesures du président pour «combattre la pandémie».

Le 27 avril, ces mêmes organisations ont promis un «soutien inconditionnel» au président s’il convoquait à nouveau le parlement dissous. Le SJB et l’UNP l’ont rencontré séparément à deux reprises pour lui offrir leur soutien, tandis que la TNA a tenu une réunion privée avec le Premier ministre au cours de laquelle ils ont garanti leur soutien.

Le 4 mai, le leader de l’UNP, Ranil Wickremesinghe, a déclaré au Daily Mirror que son parti était «prêt à aider le gouvernement» parce que ce n’est pas «le moment de faire de la politique de confrontation».

Aucun de ces partis n’a contesté la militarisation rapide et continue de l’administration gouvernementale du Sri Lanka. Tous soutiennent la «réouverture de l’économie» dangereuse du gouvernement et les attaques massives contre l’emploi, les salaires et les droits sociaux. Comme Rajapakse, ces partis craignent tous des manifestations et des grèves par les travailleurs, les jeunes et les masses rurales.

La pseudo-gauche a joué un rôle clé en empêchant la classe ouvrière de défier le gouvernement. Le Parti Nava Sama Samaja (NSSP), le Parti socialiste de première ligne (FSP) et le Parti socialiste unifié (USP) ont fait dérailler les luttes des travailleurs contre les mesures d’austérité de l’ancien gouvernement Sirisena-Wickremesinghe. Cela a permis à Gotabhaya Rajapakse de se présenter comme l’unique opposition lors de l’élection présidentielle de l’année dernière.

Le leader du NSSP, Wickremabahu Karunaratne, s’est même présenté aux élections de ce mois-ci à un district sous la bannière de l’UNP. Le FSP a écrit deux fois au Premier ministre pour soutenir la réponse du gouvernement à la pandémie, malgré ses «divergences».

La dirigeante du syndicat FSP, Duminda Nagamuva, après avoir rencontré le ministre sri-lankais du Travail, Dinesh Gunawardena, a déclaré que le ministre avait promis de résoudre les problèmes des travailleurs. L’USP et ses syndicats ont également rencontré Gunawardena et les dirigeants des grandes entreprises, soutenant leurs plans de réduction des salaires et des emplois et bloquant l’éruption des luttes des travailleurs.

Arrivé au pouvoir en exploitant ces trahisons, le nouveau gouvernement du président Rajapakse se prépare maintenant à la guerre de classe.

Mercredi, le Premier ministre Mahinda Rajapakse a fait une déclaration inquiétante: «Nous sommes prêts à relever les défis économiques. Nous avons déjà fait face à des défis plus graves que ceux-ci».

Il s’agit d’une référence à la forte baisse de la croissance économique du Sri Lanka, qui devrait être négative de 1,3 pour cent cette année. La pandémie de COVID-19 a eu de graves répercussions sur les exportations sri-lankaises, les envois de fonds étrangers ont fortement diminué et le tourisme s’est effondré. Colombo doit également payer 4 milliards de dollars US pour des prêts étrangers au cours des trois prochaines années.

La déclaration de Rajapakse selon laquelle les gouvernements précédents ont «fait face à des défis plus graves que celui-ci» fait référence à la guerre communautariste de Colombo contre les LTTE, qui s’est terminée en mai 2009.

À cette époque, Mahinda Rajapakse était le président et son frère Gotabhaya Rajapakse le secrétaire d’État à la Défense. L’armée a tué quarante mille civils tamouls et des centaines de combattants qui se sont rendus ont «disparu» dans les dernières semaines de la guerre, selon les estimations des Nations Unies. Pendant et après la guerre, le gouvernement Rajapakse a impitoyablement réprimé les luttes des travailleurs et des pauvres.

Lors d’un rassemblement électoral la semaine dernière, le président Rajapakse a dénoncé une grève de protestation de 10.000 travailleurs du port de Colombo contre la vente d’un terminal portuaire à une entreprise indienne.

«On a fermé les ports sans autre raison que de laisser notre économie en ruine. On ne m’intimide pas avec cela», a-t-il déclaré. «C’est temps qu’un leader qui se soucie du pays arrive au pouvoir. Les groupes extrémistes travaillent à le saboter.»

Alors que Rajapakse espère qu’une majorité parlementaire absolue et de nouvelles mesures dictatoriales lui permettront de s’attaquer à la classe ouvrière, l’éclatement de luttes militantes prendra des proportions révolutionnaires. La colère croissante des travailleurs et des jeunes contre cet ordre social politique corrompu et ses attaques contre l’emploi, les conditions de vie et les droits démocratiques, y compris pendant la guerre de 30 ans, atteint un point de rupture.

Le Parti de l’égalité socialiste (SEP) était la seule organisation aux élections à expliquer l’aggravation de la crise et la nécessité pour les travailleurs et les jeunes de se détacher de toutes les fractions de la bourgeoisie et de se préparer politiquement aux défis révolutionnaires à venir.

Il a appelé les travailleurs à former des comités d’action dans chaque lieu de travail et dans les quartiers populaires pour faire face à la catastrophe de la pandémie et aux attaques du gouvernement sur les salaires, l’emploi et les droits démocratiques, ainsi qu’au danger de guerre impérialiste. Le SEP a expliqué que la lutte pour un gouvernement ouvrier et paysan afin de mettre en place des mesures socialistes est la seule voie possible pour la classe ouvrière.

Le SEP a remporté un total de 780 voix dans les trois districts qu’il a contestés: Jaffna 146, Colombo 303 et Nuwara Eliya 331. Bien que ces chiffres soient encore faibles, il s’agit d’un vote de classe en faveur du socialisme et d’un signe de soutien croissant au SEP.

Dans la période à venir, le SEP va intensifier sa lutte politique pour gagner de larges couches de travailleurs et de jeunes à l’internationalisme socialiste et, sur une telle base, bâtir le SEP comme parti de masse pour mener la classe ouvrière au pouvoir.

(Article paru en anglais le 7 août 2020)

 

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