Le Congrès national du Parti de l’égalité socialiste (États-Unis) adopte une résolution sur la pandémie de coronavirus et la lutte pour le socialisme

Par Joseph Kishore et David North
3 août 2020

Le Parti de l'égalité socialiste des États-Unis (SEP) a tenu son sixième Congrès national du 19 au 24 juillet 2020. En raison de la pandémie de coronavirus en cours, ce congrès s'est tenu entièrement en ligne.

Plus de 30 pour cent des personnes présentes participaient à leur premier congrès du parti; celui-ci se tient tous les deux ans. Des membres dirigeants de toutes les sections et groupes sympathisants du Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) ont apporté des salutations au Congrès.

Pendant cinq jours, le Congrès a discuté puis adopté une résolution intitulée «La pandémie mondiale, la lutte des classes et les tâches du Parti de l’égalité socialiste», qui sera publiée plus tard en français sur le «World Socialist Web Site».

La résolution livre une analyse complète du contexte historique, économique, social et politique de la pandémie et de ses implications révolutionnaires. Définissant la pandémie comme un «événement déclencheur dans l’histoire du monde qui accélère la crise économique, sociale et politique déjà bien avancée du système capitaliste mondial», la résolution déclare:

La classe ouvrière fait face à une crise à laquelle il n’y a pas de solution progressiste, si ce n’est une lutte révolutionnaire contre le capitalisme. Celle-ci doit conduire à la conquête du pouvoir d’État, à l’établissement du contrôle démocratique de la classe ouvrière sur l’économie, au remplacement de l’anarchie du marché par la planification scientifique, à la fin du système de l’État-nation et à la construction d’une société socialiste mondiale vouée à l’égalité, à l’élimination de la pauvreté et de toutes les formes d’oppression et de discrimination; à l’élévation massive du niveau de vie et de culture sociale; et à la protection de l’environnement.

La résolution analyse la crise déclenchée par la pandémie dans un contexte historique, socio-économique et politique plus large :

Si les conditions spécifiques qui ont produit le coronavirus ont un caractère accidentel et contingent, la réponse à la pandémie elle, a été déterminée par les conditions préexistantes de crise capitaliste et les intérêts de la classe dominante. La classe capitaliste a poursuivi et intensifié les mêmes relations économiques parasitaires et les mêmes politiques sociales que celles employées durant la période précédente.

Un thème central du document est que la pandémie marque un tournant historique dont l’impact ne sera pas moins décisif pour déterminer le cours du XXIe siècle que celui de la Première Guerre mondiale le fut pour le XXe siècle. Rejetant l’idée que la lutte contre la pandémie est avant tout un problème médical, la résolution explique: «Tout comme le soulèvement de la classe ouvrière a été nécessaire pour mettre fin à la Première Guerre mondiale, l’intervention consciente de la classe ouvrière, dans une lutte contre le capitalisme, est nécessaire pour créer les conditions d’une réponse sociale efficace à la maladie».

La résolution examine la logique économique, sociale et politique qui sous-tend les événements du dernier semestre. «Pour comprendre la situation actuelle et tracer une voie pour l’avenir, il est nécessaire d’examiner comment la crise a évolué dans le pays qui est devenu le centre mondial de la pandémie, les États-Unis».

La résolution identifie trois étapes distinctes dans l'évolution de la crise.

La première étape s’est déroulée entre décembre 2019 et le 27 mars 2020, «le déclenchement de la pandémie, la suppression de l’information et le sauvetage de l’élite financière des entreprises». C’est au cours de cette période que le gouvernement Trump et les chefs de file parlementaires des deux partis capitalistes «ont pris les décisions socialement catastrophiques qui ont donné au renflouement des banques, des grandes sociétés et des puissants investisseurs de Wall Street la priorité sur empêcher la propagation de la pandémie et sauver les vies».

Au lieu de prendre des mesures pour arrêter la pandémie, la classe dirigeante a poursuivi une politique de «négligence maligne» – une «attitude d’indifférence de la part des gouvernements à l’égard du virus, [qui] a été conditionnée par les préoccupations concernant son impact sur les marchés». Elle s’est servi des mois de février et mars pour préparer et mettre en œuvre un plan de sauvetage de Wall Street de plusieurs billions de dollars, qui a culminé avec l’adoption de la loi dite CARES le 27 mars, adoptée à la quasi-unanimité par les démocrates et les républicains.

La résolution attire l’attention sur la réaction de la classe ouvrière alors que la classe dirigeante cherchait à supprimer toute réponse à la pandémie :

En opposition à la politique de «négligence maligne» de la classe dirigeante, la classe ouvrière a commencé à prendre des mesures pour se protéger contre la pandémie. Les travailleurs employés par Instacart, Amazon et Whole Foods ont organisé des débrayages et des actions de protestation. Les travailleurs de l’automobile aux États-Unis et au Canada ont mené une série d’actions sauvages qui ont coïncidé avec une vague de grèves et de protestations en Europe. Des dizaines de milliers de travailleurs ont lu les articles publiés sur le WSWS et les déclarations du SEP notamment la déclaration du 14 mars «Fermez l’industrie automobile pour arrêter la propagation du coronavirus !». Sous la pression croissante de la classe ouvrière, la législation du renflouement étant encore en préparation, le gouvernement fédéral, les États et les autorités locales se sont trouvés contraints d’accepter un confinement de l’économie.

La campagne irresponsable de «retour au travail» de la classe dirigeante et l’éruption de protestations contre les violences policières ont dominé, entre le 27 mars et le 31 mai 2020, la deuxième étape. La résolution fait le point sur la campagne bipartite menée au sein de l’establishment politique pour imposer un retour au travail qui débuta par une chronique prônant une politique d’«immunité collective», de Thomas Friedman du New York Times. La résolution cite les avertissements du SEP et du WSWS selon lesquels cette politique entraînerait une explosion des nouveaux cas et des décès.

La résolution analyse les protestations multiethniques et multiraciales massives contre les violences policières qui se sont répandues à travers les États-Unis et dans le monde entier à la fin du mois de mai suite au meurtre de George Floyd:

Si les protestations ont été déclenchées par la violence policière, leurs causes sous-jacentes étaient la colère devant la baisse sévère et prolongée du niveau de vie, le taux écrasant de l’endettement imposé aux jeunes et leurs perspectives d’avenir décourageantes; l’inégalité sociale omniprésente et ses conséquences; l’étranglement des droits démocratiques. S’ajoutait a cela l’impossibilité d’apporter des changements et des améliorations significatifs aux conditions sociales dans le cadre des structures politiques existantes du système bipartite.

La troisième étape a commencé avec la conférence de presse de Trump le 1er juin à la Maison-Blanche, durant laquelle il a déclaré son intention d’invoquer la loi sur l’insurrection pour déployer l’armée contre les manifestations. Cela débuta les tentatives continues de son gouvernement pour établir la dictature présidentielle. Le SEP a averti dans une déclaration du 4 juin, citée dans la résolution, que si cette première tentative de coup d’État n’avait pas réussi, «rien ne pou[vait] être plus dangereux que de croire que la crise [était] passée. Au contraire, elle ne [faisait] que commencer».

Cet avertissement fut confirmé au moment même où le Congrès se réunissait, par le déploiement à Portland, Oregon, de forces paramilitaires fédérales opérant sous le commandement de Trump. Anticipant les menaces proférées la semaine dernière par Trump de retarder ou d’annuler les prochaines élections, la résolution met en garde que «quel que soit le parti qui remportera les élections – et cela nécessite l’hypothèse discutable que les élections aient lieu – les tendances qui ont trouvé une expression aussi nocive sous le gouvernement Trump persisteront et s’aggraveront.»

Les démocrates ont réagi en cédant toute l'opposition à Trump aux militaires tout en intensifiant leur propre campagne pour faire dévier l'opposition sociale. « Les sections de la classe capitaliste et de la classe moyenne aisée alignées sur le Parti démocrate », indique la résolution, « toujours extrêmement sensibles à tout signe de militantisme de la classe ouvrière et d'influence socialiste, sont intervenues pour détourner les manifestations et les désorienter vers une perspective explicitement raciale ».

Les délégués du Congrès ont participé à une discussion approfondie sur l’arrière-plan de la campagne raciale des démocrates, légitimée par le projet 1619 du New York Times visant à réécrire l’histoire américaine:

Déterminé à désorienter le mouvement de protestation et à réprimer le développement de la lutte des classes, le New York Times a intensifié sa campagne – qu’il avait fait débuter en août 2019 en lançant le Projet 1619 – pour discréditer la Révolution américaine, la guerre de Sécession et leurs principaux dirigeants. Ce qui avait commencé comme la demande légitime de retirer les statues des dirigeants de la Confédération est devenu l’occasion de dégrader et d’enlever les statues commémorant la vie de Washington, Lincoln, Grant et même celle d’un éminent abolitionniste.

Nonobstant les tentatives de placer la «race» au centre de la politique, la résolution insiste sur le fait que «la réalité sociale écrasante des États-Unis est l’inégalité économique, qui a ses racines dans la division de la société en classes».

La résolution met également en garde contre l’escalade des préparatifs de guerre des États-Unis. Trump et le Parti démocrate sont tous deux engagés dans une expansion de la guerre à l’étranger. La résolution déclare:

La politique belliqueuse des États-Unis n’a connu aucun répit tout au long de la pandémie. Le secrétaire d’État américain Michael Pompeo a maintenu un programme de voyages chargé, exigeant qu’on soutienne les menaces américaines à l’encontre de la Russie et du principal rival géopolitique, la Chine. Le gouvernement Trump a cherché à provoquer l’hostilité en faisant régulièrement référence au «virus de Wuhan», au point de prétendre sans aucune preuve que la Chine avait entrepris d’infecter le public américain.

La résolution met en garde:

Le danger de guerre ne doit pas être sous-estimé. Les exemples abondent de régimes en crise au XXe siècle – celui d’Hitler étant l’exemple le plus notoire – ayant eu recours à la guerre pour résoudre ce qu’il ont perçu comme une crise désespérée à l’intérieur de leurs propres frontières.

Sur la base de son analyse des sept derniers mois, la résolution avance une perspective et un programme d'action pour les semaines et mois à venir:

La première moitié de l’année a été dominée par la réponse de la classe dirigeante à la pandémie. La réponse de la classe ouvrière sera au premier plan dans la seconde moitié. Les conséquences désastreuses des politiques de la classe dirigeante ont porté un coup d’assommoir à la légitimité du système capitaliste. La réponse patronale à l’effondrement économique – licenciements massifs; réduction des salaires; demandes de réduction supplémentaire des dépenses pour le Medicare, le Medicaid, la sécurité sociale et d’autres programmes sociaux vitaux déjà sous-financés – rencontrera une résistance croissante de la classe ouvrière. L’opposition s’intensifiera à l’idée de travailler dans des conditions dangereuses et de rouvrir des écoles qui facilitent la propagation du COVID-19. Il y aura une opposition aux expulsions et aux saisies. Le Parti de l’égalité socialiste prévoit par conséquent une énorme croissance des luttes de la classe ouvrière, qui, à travers l’intervention du parti, prendront un caractère politiquement conscient et anticapitaliste.

En décrivant les tâches du Parti de l’égalité socialiste, la résolution explique la signification des «demandes de transition» qui

relient les problèmes et les besoins émanant d’une situation concrète à la stratégie de la révolution socialiste. En ce qui concerne la pandémie de coronavirus, le SEP demande, et luttera pour, la fin de la campagne irresponsable et criminelle de retour au travail; l’abrogation du plan de renflouement des grandes sociétés et de Wall Street; un programme d’urgence pour assurer la sécurité économique de tous les chômeurs et développer considérablement l’infrastructure des soins de santé; l’expropriation des richesses de l’élite patronale et financière pour faire face à la crise sociale urgente à laquelle sont confrontés des dizaines de millions de gens; et l’établissement d’un contrôle démocratique des travailleurs sur la grande banque et la grande entreprise.

Dans la discussion sur la résolution, les délégués du Congrès ont souligné la relation entre l’évolution de la situation objective et l’activité du Parti de l’égalité socialiste. L’expérience du SEP dans la mise en place de comités de sécurité dans les usines et les lieux de travail pour protéger les travailleurs du danger de transmission du virus a fait l’objet d’une discussion approfondie.

Les modifications et les ajouts proposés par les délégués au cours de la discussion ont été intégrés au projet final de résolution. Le vote sur la résolution s’est déroulé en ligne et celle-ci a été adoptée à l’unanimité.

Les délégués du Congrès ont élu un nouveau comité national. Les membres du nouveau comité national ont réélu Joseph Kishore au poste de secrétaire national, Lawrence Porter au poste de secrétaire national adjoint et Barry Grey au poste de rédacteur en chef du «World Socialist Web Site» pour les États-Unis. Les délégués du Congrès ont réélu David North en tant que président national.

La résolution fournit une analyse inégalée de la crise déclenchée par la pandémie, orientée vers le développement d’une conscience de classe socialiste et vers l’action indépendante de la classe ouvrière. Elle fournit une ligne directrice pour la politique révolutionnaire et le développement d’un mouvement socialiste de la classe ouvrière. Elle mérite l’étude la plus attentive de la part des travailleurs et des jeunes aux États-Unis et dans le monde entier.

Lisez la résolution, «La pandémie mondiale, la lutte des classes et les tâches du Parti de l’égalité socialiste» [en anglais] – bientôt en français. Pour contacter et rejoindre le SEP et le CIQI, cliquez ici.

(Article paru d’abord en anglais, le 1er août 2020)

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